POUR LE MOROSE APRÈS-MIDI
Tout le plaisir des jours est en leurs matinées.
(Malherbe)
Je veux m 'en fuir sous les branches pucelles Où du Printemps ardent les clairs midis, Ëphèbe-dieu, Soleil, quand tu ruisselles Dans les rameaux de parfums alourdis f Je veux m 'enfuir loin des temples maudits.
Loin de la plèbe immonde et forcenée !
Voici finir la chaste matinée :
Avril, au bois, montre ses jeunes flancs ; Vous, cependant, comme aux soirs d'hyménée De quelques fleurs parez mes cheveux blancs t
Les Archiluths, et les violoncelles,
Et les hautbois aux timbres assourdis,
Mystérieux, disent les noms de celles
Qui m'apportaient les roses de jadis.
Bleus souvenirs des lointains paradis,
Embellissez la fin de ma journée ;
Que soient par vous mes tempes couronnées.
Et, dans l'accord des rhythmes nonchalants,
Pour me conduire à l'Ile Fortunée,
De quelques fleurs parez mes cheveux blancs I
Vers l'occident fusent des étincelles.
LAURENT TAILHADE
Ce dernier jour des jours que tu perdis, Mon cœur, décline, hélas ! et tu chancelles.
Meure l'orgueil de tes songes hardis.
Cesse tes chants, églogues ou bardits ; Au loin s'en vont Eros et Phyonée !
Plus d'arc-en-ciel pour ta vigne égrenée !
Le vent s'épeure et pleure en cris dolents.
— Ah I si la fleur suprême n'est fanée, De quelques fleurs parez mes cheveux blancs !
Amour, qu'aima Celle de Mantinée I Amour, Seigneur de nos désirs tremblants I Sur les remous glauques des Cyanées, En plein azur, montent les goëlands :
Telle, vers vous, notre âme abandonnée.
De quelques fleurs parez mes cheveux blancs.