‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 197 sur 202 · THRÈNE POUR STÉPHANE MALLARMÉ · texte numérisé non relu

THRÈNE POUR STÉPHANE MALLARMÉ

Si l'on te disait : Maître!

Le jour se lève ;

Voici une aube encore, la môme pâle;

Maître, j'ai ouvert la fenêtre,

L'aurore s'en vient encor du seuil oriental,

Un jour va naître !

— Je croirais t'enlendre dire : Je rêve.

Si l'on te disait : Maître, nous sommes là,

Vivants et forts,

Comme ce soir d'hier, devant ta porte;

Nous sommes venus en riant, nous sommes là,

Guettant le sourire et l'étreinte forte.

On nous répondait : Le Maître est mort.

Des fleurs de ma terrasse,

Des fleurs comme au feuillet d'un livre.

Des fleurs, pourquoi ?

Voici un peu de nous, la chanson basse

Qui tourne et tombe,

— Comme ces feuilles-ci tombent et tournoient — Voici la honte et la colère de vivre

Et de parler des mots — contre ta tombe.

OcUbve iSjS.

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« Ennemie de l'enseig^nement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symboliste cherche à Tètir ridée d'une forme sensible qui néanmoins ne serait pas son but à elle-même, mais tout en servant à exprimer l'idée demeurerait sujet. L'idée à son toiu* ne doit point se labser voir privée des analogies extérieures : car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'idée en soi. Quant aux phénomènes, ils ne sont que les apparences sensibles destinées à représenter leurs affinités ésolériques avec les Idées primordiales. . .

«... Le rythme : l'ancienne métrique avivée, un désordre, savamment ordonné, la rime illucescente et martelée comme un bouclier d'or et d'airain, auprès de la rime aux fluidités abscondes ; l'alexandrin à arrêts multiples et mobiles ; l'emploi de certains nombres impairs...» JbànMoràas: Manifeste, Figaro, i8 septembre 1886.

«c Le Symbole dégage des signes mystiques de la nature, c'est une âme cachée qui ressemble fort à la nôtre, c'est pourquoi le symbole est possible.

<c U s'agit de forcer la nature à livrer son secret, les apparences des choses à révéler ce qui se dissimule sous la diversité de leurs aspects et la vie universelle à venir se confondre avec l'existence de celui qui l'interroge, j» E. Vigiê-Legocq : La Poésie contemporaine, i884''iSg6.

SUR LE VERS LIBRE « Le vers est libre; — ce qui ne veut nullement dire que le vieil alexandrin... soit aboli ou instauré; mais — plus largement — que nulle forme fixe n'est plus considérée comme le moule nécessaire à l'expression de toute pensée poétique ; que désormais comme toujours,, mais consciemment libre cette fois, le poète obéira au rythme personnel, auquel il doit être, sans que M. de Banville ou tout autre « législateur du Parnasse » aient à intervenir... » FiiANas Vielé-Griffin : Joies, préface, i88g.

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