ÉTIRE-TOI, LA VIE
ExiRE-toi, la Vie est lasse à ton côté
— Qu'elle dorme de l'aube au soir, Belle, lasse.
Qu'elle dorme —
Toi, léve-toi : le rêve appelle et passe
Dans l'ombre énorme.
Et, si tu tardes à croire,
Je ne sais quel guide il te pourra rester
— Le rêve appelle et passe, Vers la divinité.
Laisse, ne prends qu'un viatique
Et de tout cet amour qui double chaque pas
■émm^V ^ l ^tm^^ 'S ^^ ^'^'à'-^^^'^^^'
FRANCIS VIELÂ-ORIFFIN ^ 397
Ne prends que le désir, et va,
Dépéche-toi :
Le rêve appelle et passe,
Passe — et n'appelle qu'une fois.
Marche dans Tombre, cours I Est-il un abîme que tu craignes ?
O hâte-toi !.. il est trop tard :
La belle Vie en son sommeil d'amour Etend ses doux bras qui t'étreignent — Trop tard : le rêve appelle et passe, Appelle en vain, Passe et dédaigne...
Alors,
Étreins la Vie, encore, de baisers lasse, Engendre d'elle un art; Si tu ne fus vers Dieu, à l'infini, Selon le rêve muet et qui prie, Retourne-toi, étreins la belle Vie ; Immortalise en elle ta seule heure :
De ta douleur de mort et de sa joie Procréant quelque Verbe harmonieux Qui te survive et rie et pïeure , Quand le printemps verdoie Au bois joyeux Du jeune leurre d'amour qu'il faut redire ;
Ft chante dans la clarté de son sourire
[La Clarté de Vie.)
SgS POÈTES d'aujourd'hui
LA MOISSON Uoe ombre bleue Traçait des cônes dentelés A l'Orient des meules^ Surl'éteule; La plaine rose pantelait D'un souffle maternel ; On tassait Tor réel De$ lourds blés fauves, Sous le soleil de Dieu.
Au halo violet des meules ,
On chantait en buvant :
Du levant au couchant
C'était des rires ;
Là-bas,
On marchait vers le Nord
Et, à l'avant,
La lig'ne des faux pâles faisait feu
— Comme étincellent des mitoirs virants -^
Les faucheurs marchaient vers le Nord,
Couchant les grands blés derrière eux
D*un même effort ;
Puis venaient ceux qui liaient les épis
Et ceux qui groupent en faisceaux les gerbes pâles
Et puis, courbant et redressant leur taille souple,
Les glaneuses méticuleuses vont par couples,
Ou Tune et Tune, d'un pas égal ;
Et tous les chariots avec leurs cris
Et leurs bœufs — lents comme le blé qui monte —
Et tout le faix d'orgueil des lourds épis...
Nous eûmes honte. . ,
Assis J'ai c Ceux Dep( Qui] Glan
Et yi
La fa Hont Dire Etqi D'av< — Lî ... T La fa
Je t'a Entre
Lâch< Bruta Loucl L'Aui Son l Ouvn
Ouvn Son 1 Ses p
400 POèTKS D*AUJOURD*HUI
Jette-lui des pierres, quoi qu'il te conto^ Ne crains pas ses paroles île haine :
C'est toujours un rôle qu'il joue.
Car je le connais bien, c'est lui Qui vint Tantan avec des phrases Avec des sourires et des grappes, Parlant da bon soleil qui luit.
Du vent d'été qui bruit et jase, Du bon repos après l'étape ;
n a soupe à notre table
•* Je le reconnais bien, te dis-J6 —
Il a goûté au vin nouveau.
Puis on l'a couché dans l'étable
Entre la jument et le veau :
Le lendemain l'eau était prise,
Les feuilles avaient plu sous la gelée.
— Ferme la porte et les volets.
Qu'il passe son chemin, au moins, Qu'il couche ailleurs que dans mon foiOf Qu'il aille mendier plus loin.
Avec des feuilles dans sa barbe Et ses yeux creux qui vous regardent Et sa voix rauque et doucereuse ; A d'autres I moi, je le reconnais, Qu'il s'attife d'or ou qu'il gueuse.
— Rentre la cloche : s'il sonnait î
Prépare une flambée; j'attends Le vieil hiver au regard franc.
{La Clarté de Vie.)
PRA.NCISVlELÉ-GI\IFFIN 40I