L'ALERTE
A M, G, Conrado,
Le soir tombe. Les faunes^ aux toisons fatiguées, ont laissé dans les sources, en remontant les rives, les naïades fluides couler sur le gravier, s'échapper de leurs bras les tailles fugitives.
Ils ouvrent, s'y plongeant, les roseau;^ en corbeilles, et dorment. Leurs bras velus s'étendent sur les sources. Nonchalamment pendantes, les mains fauvçs y baignent, caressant les échines des nymphes dans leur course.
Les doigts, où fuit Teau vive, peignent les crins dorés: Teau se ride entraînant, avec les chevelures, ce qui tombe d'étoiles à travers la feuillée ; et Ton entend les faunes ronfler sur le murmure.
C'est l'heure où Pan, rêveur, siffle dans la forêt. Le rossignol caché lui répond ; et leurs trilles montent, se poursuivant dans- les arbres qui brillent, tant, pour les écouter, la lune est venue près.
Le satyre s'est tu, et l'oiseau se lamente.. . Plus un bruit... Hors des sources, les naïades ont sauté, d'un saut si doux qu'un faune ne fut pas éveillé. Elles courent I Dans la plaine est-ce un berger qui chante ?
Pan hume, autour de lui, l'agréable vapeur qui se répand sous bois de tant d'épaules nues, et suit jusqu'à l'orée, le sillage d'odeur de Galatée furtive, et qu'il a reconnue.
Toutes, sur la lisière, sont couchées attentives à de grands bruits secrets^ ^ans Thorizon perdus, et le satyre,
PAUL FOIIT 4g
inquiet, se penche pour ravir un chant que n'entend pas son oreille poilue.
Il s'est précipité^ grimpant au plus haut chêne qui tord ses noirs rameaux sur le ciel étoile. Vif, il atteint la cime par les vents dépouillée, et ses regards phosphorescents fouillent la plaine.
Toute la terre est nue jusqu'à l'horizon courhe, où la plaine se fond aux regards ; et nul arbre, nul foyer, nul troupeau, nulles formes ne bougent : au clair de lune la plaine herbeuse luit comme un marbre.
Sur sa branche craquante, et sifflant, Pan trépigne, et la forêl profonde, feuille à feuille, frémit. Haussant leurs cornes d*or, qui trouent largent des cimes, mille têtes crépues émergent autour de lui.
Le dos de la forêt grouille de toisons fauves ; le grand chêne panique en est comme échevelé. Les feuilles sont des mains; chaque branche est un faune auquel des mains s'agrippent, qui veulent se hisser !
Emportée vers les cimes, la troupe des naïades semble nager dans l'air entre les bras velus. Alerte I ... A leur clameur douloureuse et sauvage, des trompettes de guerre, faunes, ont répondu !
Comme une vague se gonfle en parcourant la mer, tous voient se rapprocher, livide, l'horizon noir. Et des fleurs métalliques jettent de froids éclairs, sur le sombre cristal de l'air au fond du soir.
C'est la forêt en marche des javelots et des piques ; les crinières flottent, où bombe le haut fronton des chars ; c'est la houle bleuâtre des cimiers héroïques, et, dominant la hovile, la face de César.
(Idylles antiques.)