‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 28 sur 202 · RENÉ 6HIL · texte numérisé non relu

RENÉ 6HIL

et son amante ne ment-elle

et qu'il en meure dans Tormeau.

En m'en venant au tard de nuit se sont éteintes les ételles :

vous lui direz, ma tendre mère, que Toîseau aime à tout printemps...

Mais vous mettrez le tout en terre, mon seul amour et mes vingt ans.

{Dire du Mieux : Le Vœu de vivre»)

FRAGMENT

. • • • • . Dites, qu'on ne sort de la guerre que par la guerre I — et l'heure des trompettes, dure au-dessus des étreintes de qui vont mourir !

De sang, de gorges singultuant de rupture — dure...

Elles éplorent le soir des Banqueroutes d'Etats, les trésors vides par la paix-armée et la terreur des Uns à grand geste alarmée et l'angoisse des détenteurs mauvais de l'Or sentaDt hideusement aussi que vient la mort — car n'entendez-vous pas ?

il passe des Bruits sourds il passe des Bruits d'hommes dans les alentours : ils passent en marquant le pas^ ils passent en hurlant par toute route et en des heurts tintant :

. . . allons (la terre, la terre ronde) allons légèrement, hardiment — la terre vaste^ la terre ronde

6Ô POàTSI d*aujoi7iid'rui

est une mère de tout le monde 1 allons la terre, légèrement !...

ils passent en marquant le pas, ils passent en hurlant par toute route et en des heurts tintant vers ailleurs qui s'en aillent pour pouvoir vivre, ou pour mourir : et leurs poings puissants maîtrisent d'armes la nuit venante aux plis de hauts drapeaux d'alarmes t..»

Elles sonnent les Révoltes et Banqueroutes...

et les hommes des Banques du sang et de l'or

à tous Etats, de rois et parlements ! ont dit :,

— « Votre Empire ne tient qu'autant que nous tenons

ventripotents et vos maîtres^ et tous nos noms

se mêlent dans l'histoire énorme de la Faim

des peuples I Nos trésors meurent dans vos trésors

et quoiqu'ils n'aient mangé, les peuples aux poings tors

de toute part partis viennent vers notre Fin :

qu'ils aillent vers la leur !

Ils gardent la hantise cruante des mots qui mentent ! patrie, en eux retentira au sens de meurtres, et haineux le vent haut-soulevant des trompettes attise le sang des Races! — Ils ont le goût du sang, et de leur ventre vide plus déments, tas muet ils entreront dans les poitrails les uns des autres ainsi qu'ils entreraient tragiques, dans les nôtres: ô rois et pseudo-rois ! l'heure des Banqueroutes de tout, sonne I et d'aller entreprendre les routes... i>

Aux armes l Cités du Monde —

le soir de deuil

RENÉ OHIL ^7

est arrivé!.

Haine immortelle de nos Aïeux

tressaille dans nos artères, et

sonne i

contre nous, teint de tous lieux

l'étendard sanglant se lèvel — aux armes !

et sonne dans l'horizon muet

du heurt en nos poitrines d'alarmes

tlu heurt ardent de notre sang, et

batsi...

Faisant notre entraille pleuvoir nous sommes l'hérédité vivante des ventres qui hurlent l'Épopée du sanijif large, ou se meurtrit le soir qui rutilait au long de Tépée :

au vent des trompettes d'épouvante

qui s'empourprent de notre souffle! — en

val et mont qui ne sont pas patrie

et peuplant de nos morts d'autres sols

6 toi ! que nos veines ont nourrie !

ouîj mène aux meurtres et mène aux viols

ta géniture où hurle l'élan

et sur les peuples d'âme tarie

tient notre étendard teint de tous lieux I

Haine immortelle de nos Aïeux!...

••• et les peuples entrèrent au guet-apens...

{Dire du Mieux: L'Ordre altruiste, vol. I.)

58 PoÂTES d'aujourd'hui

FRAGMENT

Il ne veut pas dormir, mon enfant...

mon enfant ne veut dormir, et rit! et tend à la lumière le hasard agrippant et l'unité première de son geste ingénu qui ne se sait porteur des soirs d'Hérédités^ — et tend à la lumière ronde du haut soleil son geste triomphant d'être du monde I...

Ta mère va, mon enfant qui te donnes à la vie 1 clore les rideaux, lourds d'une nuit en lenteur . d'atomes, en lenteur de sang!... Ah ! la nuit tendre ainsi qu'une eau, tu ne sais pas — où se détendre la douleur de nos yeux et de l'inassouvie Vie, l'âpre efifort I...

... Il est un seul navire (et, haut monte au haut mât d'où l'on voit tôt I) il est un seul navire à l'eau où mon Amant est matelot. ••

Des tropiques du temps (et, haut monte au haut mât d'où l'on voit tôt 1) des tropiques tant loin de nous que m'apporte mon Ami doux..»

Du soleil de la Vie (et, haut monte au haut mât d'où l'on voit tôt I) du soleil ton Amant t'apporte à en dorer toute ta porte :

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et tu le trouveras (aidants aidés d'étoiles na^e au port !) et tu le trouveras, emmi des transes sur mon lointain sort

et même, au demain de ma mort :

dessous le nom d'Amour^ dedans mon sein

tant loin qui s*est g'émi ! . • .

Mais il ne veut dormir» mon enfant...

mon enfant ne veut dormir, et pleure I et tend à la lumière qu'il sait trop — l'implorant §:este de son exil aux ondes du néant où se désole-t-il d'errer. . . — Or, ouvre les rideaux de nuit ! ô Mère de silence : que luise entre les doigts en vœu de Joie,

le soleil vaste f le premier dieu...

(Dire da Mieux : L* Ordre altruiste , vol» JII, )

-Kft-

FERNAND GREGH

Fils de réditeur de musique^ M. Fernand Gregh est né à Paris le i4 octobre 1878, d'une vieille famille de Parisiens. L'histoire de sa presque soudaine notoriété^ en août 1896, est assez amusante. Paul Verlaine venait de mourir (8 janvier 1896) et les articles dans les journaux et dans les revues étaient nombreux à son sujet. Un des premiers, M. Gaston Deschamps écrivit sur Fauteur de Sagesse (Temps y 12 janvier 1896) un article contenant d'excellentes citations. Déjà collaborateur à la Revue de Paris ^ M. Fernand Gregh, de son côté, y publia (no du le' février 1896) et sous le titre : Paul Verlaine quelques pages au cours desquelles il reproduisait, en indiquant bien qu'il en était l'auteur, le court poème intitulé Menuet et qu'on trouvera après ces lignes. Et du temps passa. Et le jour vint pour M. Gaston Deschamps de réunir en volume, avec d'autres écrits, son article sur Paul Verlaine. Voulant sans doute l'augmenter de citations nouvelles, le critique du Temps, hâtivemeot, et peut-être même parmi la correction de ses épreuves, parcourut alors quelques-unes des études publiées sur le poète qu^il connaissait si mal. Et lisant les pages de la Revue de Paris, et prenant comme étant de Paul Verlaine le Menuet de M. Fernand Gregh, en le qualifiant de menu chef-d'œuvre il l'inséra dans son article. {La Vie et les livres, 3^ série). Erreur charmante, qui ne

FSRNÀND OKEGH fiî

nuisait en rien au mort — tant le Menuet estlepasticjie de la pièce : Chanson cTaaiomne dans les Poèmes Saturniens — et qui devait être si bienfaisante pour le jeune écriyain un moment frustré. Car, cette erreur, M. Fernand Gregh ne voulut point la permettre. Par une lettre rectificative adressée à VEcho de Paris et parue dans ce journal au numéro du 3o août 1896, honnêtement il la révéla. Et tout de suite des gens connurent son nom qui l'ignoraient la veille. Tout de suite aussi, M. Fernand Gregh rassembla ses vers, lesuos épars dans des revues, les autres encore en cartons, et il nous ofiPrit cette Maison de l'en/ance, d'un ton à la lois juvénile et grave, et qui, en révélant chez son auteur une grande habileté, donnait beaucoup d'espoir. Après plusieurs éditions et les honneurs, au début, d'un article élogieux de M. François Goppée, ce volume mérita à M. Fernand Gregh le prix Archon-Despérouses, d'une valeur de 3. 000 francs, que l'Académie lui décerna etl 1897. Depuis, M. Fernand Gregh a travaillé. Il semble aussi qu'il ait souffert dans sa chair. Et son nouveau livre, La Beauté de vivre, récemment paru, et qui dégage une sincérité et une humanité souvent absentes de La Maison de Venfance, nous est un gage des poèmes excellents où il atteindra.

Outre l'article sur Paul Verlaine et mentionné plus haut, M. Fernand Gregh a publié dans La Revue de Paris, n® du icr janvier 1899, une autre étude littéraire intitulée : Georges Rodenbach. Et en même temps qu'à La Revue de Paris, il a collaboré à La Revue Blanche et k La Vogue (nouvelle série, 1899). — P. L.

Bibliographie :

Les œuvres. — La Maison de l'Enfance,^oès\es, Paris, Calmann LéYy,iBQ'j."^La Beauté de y/yr^^poésies, Paris, Calmann Lévy, 1900,

En préparation. — Le Hailième glaive, tragédie en 3 actes et en vers. — La Belle au Bois dormant, féerie en 5 actes et en vers, reçue au théâtre Sarah Bernhardt.

A CONSULTER,— G. Deschamps :La Vie et les Livres, 3* série (article Verlaine), Paris, A. Colin, 1896.

L. Blum : Les livres. Revue Blanche, 1 5 janvier 1897, — P. de Bouchaud : Etude, Express de Lyon,' 21 janvier 1897. — F. Coppéc : Littératare, Journal, 3 décembre 1896. — G. Deschamps: La Maison de rEnfance, par M. Fernand Gregh, Temps, 8 novembre 1896. — G. Deschamps : Le Coin des Poètes, Temps, 7 août 1898,

— Ph. Gille : Les Livres, Figaro, 26 novembre 1896. — F. Gregh : Lettre, Echo de Paris, 3o août 1896. — G. Lanson : Etude- Revue universilaire, i5 décembre 1896. — Ch. Maurras : Littérature, Revue encyclopédique, 2 3 janvier 1897. — Ch. Maurras : Revue Littéraire ^Ktvnt Encyclopédique, 19 juin 1900. — Ed. Rod : A propos de poésie y Gaulois, i" janvier 1897. — A. Silvestrc : Critique litttéraire. Journal, 16 novembre 1896. — F. Weil : Fernand Gregh, L'Art et la Vie, décembre, 1 896.

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