‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 31 sur 202 · MENUET · texte numérisé non relu

MENUET

La tristesse des menuets

Fait chanter mes désirs muets.

Et je pleure D'entendre frémir cette voix Qui vient de si loin, d'autrefois,

Et qui pleure.

Chansons frêles du clavecin.

Notes grêles, fuyant essaim

Qui s'efface.

Vous êtes un pastel d'antan

Qui s'anime, rît un iostant.

Et s'efiFace.

O chants troubles de pleurs sécréta.

Chagrins qui s'ignorent, les vrais,

Pudeur tendre, Sanglots que Ton cache au départ^ Et qui n'osent s'avouer, par

Orgueil tendre,

Ah I comme vous broyez les cœurs De vos airs charmants et moqueurs

Et si tristes I Menuets à peine entendus, Sanglots légers, rires fondus,

Baisers tristes!...

Mar8 i8ga, (La Maison de l'enfance.)

LE RETOUR

Je te revois, Maison de ma Tristesse ! — O joie ! L'an qui passa, rapide, entre nous deux, Maison, M'apporta dans son vol, du fond de l'horizon, Des lauriers, et ces fleurs dont la gerbe rougeoie :

Roses du bel Amour dont la bouche éclatante Rit le rire odorant, humide, du plaisir ; Lauriers tant espérés qui lassaient mon désir. Et qui semblent encor plus beaux, après l'attente !

J'ai couronné mon front des feuilles toujours vertes Dont la caresse m'est plus douce èncor cent fois Que le frémissement des roses sous mes doigts, Et des boutons, pareils aux gorges découvertes*

FBRNAND ORKOR 65

Je reviens aujourd'hui, pensif comme naguère. Rêveur toujours, penchant mon front même rieur, Mais le cœur plein d'un grand soleil intérieur, Comme nn héros qu'exalte un souvenir de guerre.

Car, 6 Maison^ pendant qu'ici tu dormais close, J'ai livré la bataille au destin, j'ai vaincu ; Tout le rêve qui me hantait, je l'ai vécu ; Je vais dans la lumière et dans l'apothéose.

Car toutes les fiertés et toutes les ivresses Ont succédé, mon âme, à tes maux ; tour à tour J'ai connu tes baisers les plus fougueux. Amour, Et, Gloire ! la douceur de tes graves caresses.

Les heures de l'angoisse et des larmes sont mortes I Salut, Maison f Je suis plein de joie et d'orgueil . Vous que sur mon enuui, jadis, plus lourd qu'un deuil Je fermais, — je vous rouvre en chantant, vieilles portes I

{La Beauté de vivre.)

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