PROMENADE D'AUTOMNE
J'ai marché longuement à travers la campagne,
Sous le soleil, rêveur que son ombre accompagne
Comme la forme pâle, à terre, de son rêve.
L'étang brillait; je suis descendu sur la grève.
De beaux cygnes nageaient sous les derniers feuillages ;
Us traînaient derrière eux, calmes, de blancs sillages
Qui ridaient en s'élargissant l'eau solitaire
Et semblaient des liens d'argent avec la terre.
J'ai regardé longtemps, assis sous les vieux charmes.
Près du pont, me sentant monter aux yeux les larmes
Que fait venir l'aspect de la beauté parfaite.
OG POÈTES d'aujourd'hui
Parfois passait, dans Tor du bel automne en fête,
Odeur de la Toussaint funèbre, attristant Theure
Du tendre souvenir lointain des morts qu'on pleure,
Un monotone et doux parfum de chrysanthème.
— Et soudain j'ai song^é que je mourrais moi-même...
Et j'ai dit à l'automne, aux longs rayons obliques,
Au vent, au ciel, aux eaux, aux fleurs mélancoliques :
« Je ne vous verrai plus, un jour, beauté du monde !
Tu ne couleras plus en moi, douceur profonde
Qui, tous les soirs, des bois pleins d*ombres colossales
Que le couchant allonge aux prés lointains, t'exhales
Et coules lentement dans ma jeune poitrine !
Un jour, tu ne viendras plus enfler ma narine,
Je ne sentirai plus à mon front ta caresse.
Vent odorant, léger, qui cour.^ avec paresse
Sur les fleurs que le soir n'a pas encor fermées ;
Et vous, fleurs tristes, fleurs paiement parfumées,
Un jour, vous couvrirez ma tombe, chrysanthèmes !
Mais j'accueille ton nom, ô mort, sans anathèmes
Parmi la vaste paix de ce couchant d'automne ;
Rien, ce soir, dans ma chair ne tremble et ne s'étonne.
Et la grande pensée en moi n'est pas amère ;
Et je m'endormirais comme aux bras de ma mère,
S'il fallait m'endormir par ce soir pacifique.
Remerciant la vie étrange et magnifique
D'avoir mêlé ses maux de délices sans nombre.
Souriant au soleil, n'ayant point peur de l'ombre.
Espérant dans la mort d'un espoir invincible :
Car tout ne trompe pas, car il n'est pas possible
Que mes pleurs devant ce beau soir n'aient pas de cause
Et ne répondent pas ailleurs à quoique chose.
Que cette ample beauté si douce et si sereine
FBRNAND GIIEOH 67
Ne couvre pas un peu de bonté souterraine ; Et que mon âme enfin, douloureuse ou joyeuse, Mais qui reste pour moi toujours mystérieuse. Ne cache pas, peut-être au plus secret en elle. Un mystère de plus qui la fasse éternelle I ]»
[La Beauté de vivre.)