SOLITUDE
Et voilà que tes yeux profonds se sont fermés 1 Mais ton âme, où vivaient les Sag'es d'Hellénie, Garde toujours, dans une éternelle harmonie, Les poètes pareils à des dieux bien-aimés.
Vision immobile et pourtant si rapide
De cette chambre au bord du fleuve. .. souvenir
Du soleil éclatant dans le matin limpide I
Je sens la peur de ces heures qui vont venir...
Nous sommes entourés pendant les nuits tremblantes De silences aigus et de blancheurs d effrois, Toi, les yeux ag^randis et Jes prunelles lentes,. Moi, tressaillant au rêve éloigné de ta voix.
L'angoisse de la mort prochaine est comme un son^e Où le délire a mis de subites clartés; Tu vois venir sur la lumière qui s'allonge Tant d'autres jours muets, obscurs, épouvantés.
Toute la vie expire à travers ma pensée.
Devant les longs regards de tes grandes douleurs ; La révélation du mystère des pleurs Retient une douceur d'espérance effacée.
Le silence des yeux s'anime alors de jour Et de la peur de voir les formes disparaître; Tu sentis tout cela soudain, et que, peutétre. Tu mourais pour avoir ressuscité l'Amour.
Mais au cri de mon nom sur tes lèvres puissantes, Quel effroi prophétique a rempli de terreur Ton esprit agité par des choses vivantes, Et combien de regrets s'arrêtent dans ton cœuri
Pleure, toi qui connais la tristesse infinie! Dans la gloire du rêve à jamais disparu, Je suis venu vers toi comme tu Tas voulu.
Je me suis étendu sur ton lit d'agonie.
Et je comprends auprès de toi, sur tes linceuls, Qu'autour de nous la vie humaine se recule.
Et que tous deux, mort et vivant, nous sommes seuls Dans ce dernier isolement du crépuscule. . .
(Tombeau de Jules Tellier.)