‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 77 sur 202 · HAMADRYADE ET SATYRE · texte numérisé non relu

HAMADRYADE ET SATYRE

Des sylvaîns et des pans se souvient-elle encore

Qui troublaient les bois bleus de leurs bonds turbulents?

Un soir, avec le thyrse et les tambourins blancs,

La danse des pieds nus a suivi Terpsichore.

Solitaire, et mirant la lune dans ses yeux, L'hamadryade au vent livre ses mains rameuses. Les fleurs ne meurent plus du repos des dormeuses. Le chêne se verdit d'un lierre injurieux.

Parfois, sautant l'eau vive au gué des pierres plates, Le Chèvre-pieds lascif qui tremble sur ses pattes Etreint le corps flexible, arborescent et frais.

Il combat, et la nymphe hostile se révulse.

Mais rien n'arrachera de ses flancs satisfaits La corne qui la cloue à Taegipan bisulce.

MAURICE MAETERLINCK

M. Maurice Maelerlinck (Polydore-Marie-Bernard) est né le 29 août 1862 à Gaod. Il y fit ses études au collège Sainfc- Barbe, son droit à TUniversité, et, eu 1886, y fut inscrit au barreau. C'est à cette époque qu'il vint à Paris, où il connut Villiersde risle-Adam, Ephraïm Mikhaël, MM. Catulle Mendès, Pierre Quillard, SaintrPol-Roux, Rodolphe Darzens, etc., et qu'il fit ses débuts littéraires à La Pléiade^ avec un conte en proserLe Massacre des InnocentSyti quelques-uns des poèmes qui formèrent, en 1889, son premier livre: Serres chaudes. Mais ce séjour à Paris fut court, et M. Maurice Maeterlinck, qui était encore fort ignoré du public, au bout de sept mois retourna vivre en Flandre, l'hiver à Gand, et Tété dans sa campagne d'Oostacker, parmi ses rosiers et ses abeilles. A la fin de 1 889, il pahliaiLa Princesse Maleine^ drame en cinq actes, où plusieurs voulurent voir une imitation de Shakespeare, et que suivit une nouvelle édition de Serres chaudes. C'est de ce moment que date la grande réputation de M. Maurice Maeterlinck. A propos de cette même Princesse Maleine, M. Octave Mirbeau, dans \e Figaro, écrivit un article courageux autant qu'enthousiaste, si Ton songe à toute la routine d'esprit à rencontre de laquelle il allait, et qui d'un coup rendit célèbre le jeune écrivain. « Je ne sais rien de M. Maurice Maeterlinck, écrivait-il. Je ne sais d'où il est et comment il

MAURICE MAETEIVLINCK ISq

est. S*il est vieux ou jeune, riche ou pauvre, je ne le sais. Je sais seulement qu'aucun homme n'est plus inconnu que lui . et je sais aussi qu'il a fait un chef-d'œuvre, non pas un chefd'œuvre étiqueté chef-d'œuvre à l'avance, comme en publient tous les jours nos jeunes maîtres, chantés sur tous les tons de la glapissante lyre — ou plutôt de la glapissante flûte con temporaine ; mais un admirable et pur et éternel chef-d'œuvre, un chef-d'œuvre qui suffit à immortaliser un nom et à faire bénir ce nom par tous les afifamés du beau et du grand ; un chef-d'œuvre comme les artistes honnêtes et tourmentés, parfois, aux heures d'enthousiasme, ont rêvé d'en écrire un et comme ils n'en ont écrit aucun jusqu'ici. Enfin, M. Maurice Maeterlinck nous a donné l'œuvre la plus géniale de ce temps, et la plus extraordinaire et la plus naïve aussi, comparable — et oserai-je le dire ? — supérieure en beauté à ce qu'il y a de plus beau dans Shakespeare. Cette œuvre s'appelle Z^a Princesse Maleine. Existe-t-il dans le monde vingt personnes qui la connaissent ? J'en doute... » Mais rien de celte éclatante révélation de son nom, ni de Paris ensuite disputant sur ses œuvres et du monde enfiévré à le lire, ne réussit à troubler M. Maurice Maeterlinck parmi sa vie paisible et tout intérieure. Simplement, il continua de travailler. D'autres drames suivirent, et ce furent V Intruse, représenté au Théâtre (Tari en juin 1891, lors d'une soirée au bénéfice de Paul Verlaine et du peintre Gauguin, Les Aveugles, représenté au même théâtre quatre mois après, puis Les Sept Princesses. Entre temps, M. Maurice Maeterlinck avait publié sa traduction de L'Ornement des Noces spirituelles, traité de mystique du moine flamand Ruysbroeck l'Admirable, et dont l'introduction fut son début comme prosateur et la première de ces très remarquables méditations métaphysiques (jui composent ces deux livres aujourd'hui universellement connus : Le Trésor des Humbles et La Sagesse et la Destinée, En 1893, parles soins de MM. Lugné-Poe et Camille Mauclair, fut représenté aux Bouffes Parisiens Pelléas et Mélisande, qui

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rendit inopinémeot bien amusante la lecture des feuilletons dramatiques de Tépoque, tant les critiques que Ton sait, d'une même voix retrouvaient dans le drame nouveau de M. Maurice Maeterlinck toutes les situations théâtrales connues, depuis Shakespeare jusqu'à Gpurteline, en passant par Feuillet, Musset, Poe et Augier. Puis vinrent la traduction d'Annabel' la (Tis pity she's a whore) drame de John Ford, représenté au Théâtre de l'Œuvre en novembre 1894, les trois petits drames pour marionnettes Alladine et Palomides, Intérieurf et La mort de Tintagiles, dont le deuxième seul jusqu'ici a été représenté, au Théâtre de CŒuvre^ en mars 1895, la traduction de Les Disciples à Sais et les fragments de Novalis, la préface à la traduction, par une jeune fenmie belge, sous le pseudonyme de I. Will, de Sept Essais d* Emerson, et enfin, Le Trésor des Humbles^ et La Sagesse et la Destinée, déjà mentionnés. . . Toutes ces pages sont d'une voix si grave, elles dégagent une lumière si droite et si pure, il y a dans ces livres une beauté si profonde et si rare, qu'on s'arrête malgré soi au moment d'en écrire brièvement : « Tous les journaux cl toutes les revues du monde, a dit M . Camille Mauclair, ont commenté, critiqué» loué, exposé longuement l'esprit original de cette philosophie psychologique et mystique, le style pur de ces drames, leur composition puissamment tragique, la haute et curieuse aisance d'analogiesf qui s'y révèle, la maîtrise, le sens de perfection simple, l'expansion intérieure qui en vivifient la durable et particulière beauté. Un fait suffit : la voix des foules^ qui a obscurément raison, prononce couramment le nom de ce jeune homme avec celui de Fauguste vieillard Scandinave, Henrik Ibsen. Ce sont des gloires occidentalesy au-dessus de la mode, et il y a là un signe infaillible de grandeur. J'observerai seulement la dualité de cet esprit. Comme celui de Poe, il est également apte à la construction d'œuvres tangibles et saisissantes, et à la spéculation abstraite, conciliation naturelle chez lui et si dilficiieaux au* très esprits : c'est rintellectuel complet. \\ %i^aih\t pourlanl

MAURICE MAETERLINCK ï^l

préférer la dissertation métaphysique à là réalisation littéraire directe où il a trouvé la célébrité. Son évolution l'y entraîne, et cet homme^ qui a commencé par être un parfait artiste de légendes^ finira par renoncer aux drames et aux œuvres imaginatives pour se consacrer exclusivement aux sciences morales. Ce qu'il en a esquissé présage un métaphysicien peut-être inattendu de l'Europe intellectuelle, un surprenant continuateur de la philosophie imagée et artiste de Carlyle. Je répète que M. Maurice Maeterlinck est un homme de génie authentique, un très grand phénomène de puissance mentale à la fin du xix* siècle. L'enthousiaste Mirbeau l'approche à tort de Shakespeare, avec qui il n'a nulle affinité intellectuelle. La vraie figure à qui fait songer M. Maeterlinck, au-dessus de la vaine littérature, j'ose dire que c'est Marc- Aurèle. » (Camille Mauclair : Maurice Maeterlinck, Les Hommes d'aujourd'hui.)

M. Maurice Maeterlinck a collaboré à LaPlétade, ire série, 1886 ;— k La Wallonie, 1887 ; — àZa Conque, 1891 ; — k Floréal f 1892 ; — au Mercure de France, 1894, 1896 et 1896 ; — au Coq Rouge, 1896 ; — k La Société Nouvelle, au Fig aro,k La Nouvelle Revue, kLaVogue, nouvelle série, 1899, à V Indépendance Belge, à The Forum, etc.. — P. L.

Bibliographie :

Lis ŒovHES. — Serres chaudes^ poèmes, Paris, Vanier, 1889. — La Princesse Maleine, drame eu cinq actes, Gand, Imp. Louis Van Melle, 1%%^,^ Serres chaudes, poèmes, nouv. édition, Bruxelles, Lacomblez, 1890. — Les Aveugles (L'Intruse, les Aveugles), àiBmts, Bruxelles, Lacomblez, 1890. — L'Ornement des Noces spirituelles, de Raysbrœck l'Admirable, traduit du flamand et précédé d'une introduction, Bruxelles, Lacomblez, 1891. — Les Sept Princesses, drame, Bruxelles, Lacomblez, 1891. — Pélléas et Mélisande, drame, Bruxelles, Lacomblez, 1892. — Alladine et Palomides, Intérieur, La mort de Tintagiles, iroia petits drames pour marionnettes, Bruxelles, Deman, 1894. — Annahella {*Tis piiy she's a whore) drame, traduit de Tanglais de John Ford, avec une préface, Paris, OUendorff, 1895. — Les Disciples à Saïs et les Fragments; de NoTâlii, traduits de Tallemand et précédés d'une introduction

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