STÉ.^HANE MALLARMÉ I7I
De vos pieds froids, accueille une horrible naissance :
Et ta voix rappelant viole et clavecin,
Avec le doigt fané presseras-tu le sein
Par qui coule en blancheur sibylline la femme
Pour des lèvreà que Tair du vierge azur affame?
HÉRODIADB
FRAGMENT HÉRODIADB
Oui, c'est pour moi, pour moi, que je fleuris, déserte
Vous le savez, jardins d'améthyste, enfouis
Sans fin dai^s.de savants abîmes éblouis,
Ors ignorés, gardant votre antique lumière
Sous le sombre sommeil d'une terre première,
Vous, pierres où mes yeux comme de purs bijoux
Empruntent leur clarté mélodieuse, et vous
Métaux qui donnez à ma jeune chevelure
Une splendeur fatale et sa massive allure !
Quant à toi, femme née en des siècles malins
Pour la méchanceté des autres sibyllins,
Qui parles d'un mortel I selon qui, des calices
De mes robes, arôme aux farouches délices,
Sortirait le frisson blanc de ma nudité,
Prophétise que si le tiède azur d'été.
Vers lui nativement la femme se dévoile.
Me voit dans ma pudeur grelottante d'étoile,
Je meurs I
J'aime l'horreur d'être vierge et je veux Vivre parmi l'effroi que me font mes cheveux Pour, le soir, retirée en ma couche^ reptile
Inviolé, sentir en la chair inutile -]
Le froid scintillement de ta pâle clarté, i
Toi qui te meurs, toi qui brûles de chasteté, F
Nuit blanche de glaçons et de neige cruelle! '
Et ta sœur solitaire, ô ma sœur éternelle, 1
Mon rêve montera vers toi : telle déjà, ^
Rare limpidité d*un cœur qui le songea, I
Je me crois seule en ma monotone patrie,
Et tout, autour de moi, vit dans Tidolâtrie
D'un miroir qui reflète en son calme dormant
Hérodiade au clair regard de diamant . . .
charme dernier, oui Ije le sens, je suis seule.