‹ Poètes de siècle de Louis XIVChapitre 17 sur 80 · FLAMINIUS · texte numérisé non relu

FLAMINIUS

Ah ! c'en est trop; et vous vous emportez.

NICOMÎiDE.

Je m'emporte (2)?

Déjà au premier acte, Nicomède, inconnu de son frère Attale, qui a été élevé à Rome, lui avait dit devant cette même Laodice :

Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous écoute;

Et si Rome savait de quels feux vous brûlez,

Bien loin de vous prêter l'appui dont vous parlez,

Elle s'indignerait de voir sa créature

A l'éclat de son nom faire une (elle injure ,

(0 Acte II, sci'ne Hl. (2} Acte 111, scène 111.

Et VOUS dégraderait peut-être dès demain Du litre glorieux de citoyen romain.

Vous l'a-l-elle donné pour mériter sa haine, En le déshonorant par l'amour d'une reine (1)?

Ailleurs, lorsque Prusias donne audience à Flaminius, Nicomède dit à son père :

De quoi se mêle Rome, et d'où prend le sénat, Vous vivant, vous régnant, ce droit sur votre État.»* Vivez, régnez, seigneur, jusqu'à la sépulture, Et laissez faire après, ou Rome, ou la nature.

Sur quoi Prusias lui répond ce mot si souvent cité : Ah! ne me brouillez point avec la république!

Un moment après, à une menace de Flaminius, Nicomède réplique :

Vous pouvez cependant faire munir ces places. Préparer un obstacle à mes nouveaux desseins, Disposer de bonne heure un secours de Romains, Et si Flaminius en est le capitaine, Nous pourrons lui trouver un lac de Trasimène (2).

Quel dommage que Corneille ait gâté d'avance ce beau trait en faisant dire, quelques vers plus haut, à son héros parlant d'Annibal :

On me croit son disciple, et je le tiens à gloire; Et quand Flaminius attaque sa mémoire, 11 doit savoir qu'un jour il me fera raison D'avoir réduit mon maître au secours du poison, Et n'oublier jamais ((u'autrefois ce grand homme Commença par son père à triompher de Rome (3).

C'est ainsi que plusieurs fois Corneille a affaibli des mots sublimes, en prolongeant l'impression qu'il avait ailleurs si admirablement résumée. Ce qui suit

(0 Acte I, scvne H. (2) Acte 11, sc^iie 111. (3) Ibid.

PIERUE CORNEILLE. 155

le Qu'il mourût et le Moi de 3Iédée en sont des exemples connus. On pourrait croire que Corneille ne sentait pas toujours lui-même toute la beauté des traits qui lui échappaient. En voici un, célèbre encore, et qui mérite bien de l'être :

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