‹ Poètes de siècle de Louis XIVChapitre 21 sur 80 · GRIMOALD · texte numérisé non relu

GRIMOALD

Ah! c'en est trop, madame; Ne vous abaissez point à des remercîments . C'est moi qui vous dois tout; et si mes senlimeiits...

RODELI.NDE.

Souffre les miens, de grâce, et permets que je mette Cet eiïorl merveilleux en sa gloire parfaite, Et que ma propre main tàclie d'en arraclier Tout ce mélange impur dont tu le veux taclier. Car enfin cet effort est de telle nature, Que la source en doit être à nos yeux toute pure : La venu doit régner dans un si grand projet, Eu être seule cause, et l'iiouneur seul oljet; Et depuis qu'on le souille ou rt'esi)oir de salaire, Ou de chagrin d'amour, ou de souci de plaire. Il pari indignement d'un courage abattu Où la passion régne, et non pas la vertu. Comte, penses-y bien, et, pour m'avoir aimée, {N'imprime point de tache à tant de renouimée; Ne crois que ta veriu, laisse-la seule agir. De peur qu'un tel effort ne te donne à rougir. On publierait de toi que les yeux d'une femme. Plus que ta propre gloire, auraient touché ton âme ; On dirait qu'un héros si grand, si renommé, Ne serait qu'un tyran, s'il n'avait point aimé ^1).

Voici maintenant Andromaque :

Seigneur, que faites-vous? et que dira la Grèce? Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse? Voulez-vous qu'un dessein si beau, si généreux, Passe pour le transport d'un esprit amoureux?... Non, non : d'un ennemi respecter la misère, Sauver des malheureux, rendre un (ils à sa mère, De cent peuples pour lui combattre la rigueur, Sans me faire payer son salut de mon cœur, Malgré moi, s'il le faut, lui donner un asile, Seigneur, voilà des soins dignes du fils d'Achille (2).

On voit ici ce que peuvent le charme et la propriété

i) Acle II, scène V. (2; Racine. Andromaque, acte I, scène IV

1(34 PIERUE COUNKILLK.

de l'expression, lorsqu'il s'agit d'idées et de situations analogues. Et quel contraste entre la fureur de Rodelinde et ce rôle d'Andromaque, type achevé de pathétique, de fidélité, de naturel et de grâce ! On ne remarque pas tout ce que Racine a tiré d'ailleurs et enchâssé avec tant de bonheur dans le tissu de ses ouvrages, à l'aide de la merveilleuse souplesse de son talent et de l'exquise propriété de son langage.

Plus on avance dans l'examen des pièces de Corneille et surtout de celles d'un ordre inférieur, plus on est frappé de la place disproportionnée qu'il y accorde à l'amour. Et quel amour! Ce n'est guère celui duquel Boileau a dit :

De cette passion la sensible peinture

Est pour aller au cœur la roule la plus sûre(l).

On aurait parfois, pas toujours pourtant, envie de dire à ce bon Corneille :

Mais, croyez-moi, l'amour est une autre science (2).

De plus, chez lui, ce sont les hommes qui aiment, les femmes n'aiment pas. Il a donné de continuels exemples de cette interversion des rôles. Hormis le Cid, Nicomède est presque le seul de ses héros dont l'amour ne soit pas affadissant.

L'intérêt manque partout, malgré la complication énorme et souvent gratuite de l'intrigue. Les passions réelles ou prétendues, jetées au travers les unes des autres, sont en général un défaut de cette série

(0 L'An poétique, chant III. (2) R.vcine. Britannicus, acte III, scène I.

IMKl'.ni; COI'.NKILLE. îOr>

de drames. Il est remarquablement sensible dans OEdipe et dans Tite et Bérénice.

Les pensées, très souvent hantes et fortes, sont plus fréquemment encore froides et subtiles ; les détails deviennent quelquefois puérils, et Corneille tombe dans le comique sans s'en clouter. Thésée, dans OEdipe, se persuade que Jocaste est sa mère, et vient apprendre à cette princesse, que son fils, cru mort, est enfin retrouvé. Jocaste lui répond :

Vous le connaissez donc?

THESEE.

A l'égal de moi-même.

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