‹ Poètes de siècle de Louis XIVChapitre 22 sur 80 · THÉSÉE · texte numérisé non relu

THÉSÉE

Je l'aime, Jusqu'à mourir du coup dont il sera percé (1).

Sosie ne dirait pas mieux.

En général, cependant, l'énormité chez Corneille n'est pas dans les détails ; elle découle du sujet : la fausseté de l'idée principale se répand sur tout le reste. Sophonisbe, par exemple, est le chef-d'œuvre du faux; c'est le patriotisme de la fille d'Asdrubal, qui, poussé au delà des bornes, la rend aussi absurde qu'odieuse.

(0 Acte Ul, scène V.

ICG ' l'ir.KUF. couNF.iLi.r.

Quant à la langue, il est nécessaire de la distinguer du style. Le style est à l'esprit ce que le caractère est à l'homme; le style est le caractère, la physionomie de la parole. Un auteur est responsable de son style; il ne l'est pas de la langue employée de son temps. Corneille, qui n'est pur que lorsqu'il est sublime, Corneille, dont le style est marqué à un cachet si individuel, s'est laissé aller à une foule de négligences et de tournures de plus en plus incorrectes. Il n'a pas gâté la langue de son époque ; mais ce que Pascal fit pour la prose, il n'a pas su le faire pour la langue poétique; il ne l'a pas améliorée. Ce mérite était réservé à Racine. Plus Corneille a avancé dans sa carrière, plus il a reculé dans son langage. Voici quelques exemples de ce style qu'on peut appeler harharescent.

Dans T'Ue et Bérénice (1670), Domilien dit en parlant du don que celle qu'il aime lui a fait de son cœur :

El ce (Ion fut l'effet d'une force imprévue, De cet ordre du ciel qui verse en nos esprits Les principes secrets de prendre et d'être prisfl).

Ci) Acte 11, sci'ne 11. — 11 est assez curieux de comparer Corneille avec luimême dans la Suite du Menteur, qui csl de 1653, et où l'on trouve déjà la mùrac idée :

Quand les ordres du ciel nous ont fiiils l'un pour l'autre,

Lyse, c'est un accord luenliM fait que le note;

S.i main, entre les coeurs, p.ir un sicrel pouvoir,

Sème rnilelligeiice av;inl q:ie de se voir;

Il prépiire si bien l'iiin int et la m.iilresse.

Que leur âme, au seul nom, s'cuieut et s'inlércssc

Ou s'estime, on se cherche, on s'aime en un niomen

Tout ce qu'on s'eutredil persuade aisément,

Et sans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles,

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