‹ Poètes de siècle de Louis XIVChapitre 64 sur 80 · CLÉONTE · texte numérisé non relu

CLÉONTE

Comment?

M. JOURDAIN

Vous n'êtes point gentilhomme, vous n'aurez point ma flile.

MADAME JOURDAIN

Que voulez-vous donc dire avec votre gentilhomme ? Est-ce que nous sommes, nous autres, de la côte de saint Louis?

M. JOURDAIN

Taisez-vous, ma femme j je vous vois venir.

MADAME JOURDAIN

Descendons-nous tous deux que de bonne bourgeoisie?

M. JOURDAIN

Voilà pas le coup de langue ?

MADAME JOURDAIN

Et votre père n'était-il pas marchand aussi bien que le mien ?

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M. JOURDAIN

Peste soit de la femme ! elle n'y a jamais manqué. Si votre père a été marchand, tant pis pour lui; mais pour le mien, ce sont des malavisés qui disent cela. Tout ce que j'ai à vous dire, moi, c'est que je veux avoir un gendre gentilhomme (1).

Remarquons que le dénoùment ne nous montre pas, comme d'ordinaire, le principal personnage désabusé. La manie de 31. Jourdain ne se guérit point; en mariant sa fille à Cléonte, il croit la donner au fils du Grand Turc.

Tout cela est plaisant, tout cela abonde en excellent comique; mais le fond de tout cela est sérieux. La passion de la vanité, qui semble, au premier coup d'œil, ridicule seulement, qui parfois ne va guère plus loin, aboutit chez M. Jourdain, comme chez bien des hommes, à des torts graves, et elle est peut-être une des plus inextinguibles du cœur humain. C'est ce que Molière a rendu avec un art consommé, et ce qui place le Bourgeois gentilhomme au nombre de ses chefs-d'œuvre. Il s'y trouve d'ailleurs des scènes épisodiques charmantes, à partir de la première, où l'auteur a fait de l'amour de la gloire le partage du maître à danser. Toute la pièce est riche en traits admirables, qui ont passé en proverbes dans la conversation, tels que la prose faite sans le savoir, la morale dont M. Jourdain ne veut pas, parce qu'elle empêche de se mettre en colère, etc., traits qui font songer à ceux du même genre qui abondent dans la comédie suivante.

(0 AclelU, «cène Xll.

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