‹ Poètes du siècle de Louis XIVChapitre 13 sur 93 · FABIAN · texte numérisé non relu

FABIAN

Mariée !

Cette suspension ferait un assez joli vers de comédie.

Où Polyeucte est bien écrit, il surpasse tout. Où il est mal écrit, il descend au-dessous des autres bonnes pièces de Corneille.

Polyeucte est toujours cité comme la pièce chrétienne par excellence; niais je ne puis dire, pour ma part, que l'impression que j'en reçois se trouve toujours chrétienne. Uantique fable de Phèdre, maniée par Racine, ne descend-^elle pas plus avant dans le sol de la conscience chrétienne? Certainement Venceilas est une pièce bien autrement chrétienne. Mais ce qu'on peut dire, c'est que le christianisme a semé Polyeucte de rares beautés. Les plus beaux

(1) ActêI,tddiiêlV.

vers de Touvrage appartiennent à cette inspiration. La religion peut devenir une passion, et alors il n'en est pas de plus poétique. M. de Chateaubriand, dans le Génie du Christianismey amène Polyeucte en exemple, et après avoir cité à Tappui les plus beaux et les plus célèbres endroits de cette tragédie, il ajoute :

a Corneille, qui se connaissait si bien en sublime, a a senti que l'amour pour la religion pouvait s'éle- <c ver au dernier degré d'enthousiasme, puisque le ce chrétien aime Dieu comme la souveraine beauté, et

« le ciel conune sa patrie Il ne peut, en outre, y

« avoir d'amour durable que pour la vertu : la pas- « sion dominante de l'homme sera toujours la vé* a rite; quand il aime Terreur, c'est que cette erreur, a au moment qu'il y croit, est pour lui comme une a chose vraie. Nous ne chérissons pas le mensonge, a bien que nous y tombions sans cesse; cette faitf blesse ne nous vient que de notre dégradation once ginelle ; nous avons perdu la puissance en conser* « vaut le désir; et notre cœur cherche encore la a lumière que nos yeux n'ont plus la force de sup- « porter. La religion chrétienne, en nous rouvrant, a par les mérites du Fils de l'Homme, les routes « éclatantes que la mort avait couvertes de ses oma bres, nous a rappelés à nos primitives amours. « Héritier des bénédictions de Jacob, le chrétien ce brûle d'entrer dans cette Sion céleste, vers qui ce montent tous ses soupirs. Et c'est cette, passion <c que nos poëtes peuvent chanter, à l'exemple de

PIERHE CORNEILLE. 109

« Corneille ; source nouvelle de beautés, que les ance ciens temps n'ont point connue, et que n'auraient a pas négligée les Sophocle et les Euripide (1). »

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