‹ Poètes du siècle de Louis XIVChapitre 27 sur 93 · VIRIATE · texte numérisé non relu

VIRIATE

Seigneur, que faut-il que je sache Et quel est le secret que ce soupir me cache ?

SBRTOBniS.

Ce soupir redoublé...

YIRIATB.

N'achevez point; allez : Je vous obéirai plus que vous ne voulez (1).

Je parle pour un autre. En effet, Sertorius, avec une générosité inexplicable, cède à Perpenna, son rival d'amour et de pouvoir, la main de la reine Viriate. Mais comme Viriate ne prétend pas être ainsi cédée, Sertorius est obligé de dire à Perpenna : « On me « veut absolument pour mari, cherchez ailleurs. » Et alors, pour se venger et pour gagner les boniies grâces de Pompée, Perpenna tue Sertorius ; sur que» Pompée, justement indigné, fait mettre à mort Perpenna. Ici et ailleurs, Corneille exprime ses vertueuses indignations avec une simplicité qui fait ressortir la bonhomie de sa propre nature.

(^elques beaux morceaux, plusieurs tirades éloquentes, voilà ce qui a fait vivre cette pièce. La scène première de Tacte III entre Pompée et Sertorius est admirable ; c'est un dialogue héroïque tel que Corneille les savait faire. Sertorius ne s'y montre point orgueilleux, comme on l'a reproché à tort à Corneille;

(1) Act« II, scène IT.

PnRRK CORIfBiLLB* IST

il n'a que la dignité d'un citoyen de Rome. Quel dommage que le rôle de ce vieux guerrier soit gâté par la ridicule expression de son amour! Pon]|>ée vient de lui parler du plaisir qu'il éprouve à s'entretenir avec lui

Sans lui voir à la main piques oi javelots.

CTest dans la réponse de Sertorius que se trouvent

€es vers, qui, avec d'autres sur le même ton, Font

fait accuser d'arrogance :

Quant à i'beureux Sylla, je n'ai rien à vous dira. Je vous ai montré Tart d'affaiblir son empire; Et si Je puis jamais y joindre des leçons Dignes de vous apprendre à repasser les monts, Je suivrai d'assez près votre illustre retraite Pour traiter avec lui sans besoin d'interprète. Et sur les bords du Tibre, une pique à la main, Lui demander raison pour le peuple romain.

Et un peu plus loin ceux-ci, qui ont un tout autre

^ractère :

Si je commande ici, le sénat me Tordonne. Mes ordres n'ont encore assassiné personne! Je n'ai po«r ennemis que ceux du bien commun; Je leur fais bonne guerre, et n'en proscris pas un. C'est un asile ouvert que mon pouvoir suprême ; Et si Ton m'obéit, ce n'est qu'autant qu'on m'aime.

<]!itons encore ces vers si connus :

Je nVippelle plus Rome un enclos de murailles Que ses proscripUons comblent de funérailles; Ces murs, dont le destin fut autrefois si beau, N'en sont que la prison, ou plutôt le tombeau. Hais, pour revivre ailleurs dans sa première force. Avec les faux Romains elle a fait plein divorce ; Et, comme autour de moi j'ai tous ses vrais appuis, Ronie n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis (4)

<i)Actem,8cètteI.

158 piniaB gorbbille.

Il y a de beaux vers aussi dans le rôle de Viriate, et entre autres la tirade qui commence ainsi :

Et que m'importe à moi si Rome souffre ou non? Quand j'aurai de ses maux effacé Finfamie, J'en obtiendrai pour fruit le nom de son amie ! Je vous verrai consul m'en apporter les lois. Et m'abaisser vous-même au rang des autres rois! Si vous m'aimez, seigneur, nos mers et nos montagnes Doivent borner nos vœux ainsi que nos Espagnes : Nous pouvons nous y Étire un assez beau destin. Sans chercber d'autre gloire au pied de l'Aventin. Affranchissons le Tage, et laissons faire au Tibre ^4}.

Page 1