VENCESLAS
Levez-vous : une couronne, prince, Sous qui j'ai quarante ans régi cette province, Qui passera sans tache en un règne futur, El dont tous les brillants ont un éclat si pur, En qui la voix des grands et le commun suffrage M'ont d'un nombre d'aïeux conservé Théritage, Est Tunique moyen que J'ai pu concevoir Pour en votre faveur désarmer mon pouvoir. Je ne vous puis sauver tant qu'elle sera mienne: Il faut que votre tête ou tombe ou la soutienne ; Il vous en faut pourvoir s'il vous faut pardonner, Et punir votre crime ou bien le couronner. L'État vous la souhaite, et le peuple m'enseigne, Voulant que vous viviez, qu'il est las que je règne. La justice est aux rois la reine des vertus,
Et me vouloir injuste est ne me vouloir plus
Soyez roi, Ladislas, et moi je serai père* Roi, je n'ai pu des lois souffrir les ennemis; Père, je ne pourrai faire périr mon fils
(l)Àct«V, scène IV.
Sans peine je descends de ce degré suprême : J'aime mieux conserver un fils qu'un diadème.
Si Rotrou n'avait pas fait Yenceslas, il serait oublié. S'il avait fait plusieurs ouvrages tels que Venceslas^ à quel rang faudrait-il le mettre? quelle place serait trop haute pour lui ?
Ajoutons que Rotrou est mort jeune. Il n'avait pas encore quarante et un ans lorsqu'une maladie épidémique éclata à Dreux, où il remplissait les fonctions de lieutenant particulier au bailliage de cette ville, et y exerça d'affreux ravages. Les habitants les plus aisés se hâtaient de s'éloigner; on pressait Rotrou d'en faire autant. Il répond que sa vie est à ses concitoyens, que le devoir de sa charge l'oblige à leur en faire le sacrifice , et il succombe bientôt en effet, après avoir employé toutes ses forces au soulagement des malades. Ce dernier trait couronne dignement la carrière de l'auteur de Fence$las. Millevoie a composé sur cette action le poftme intitulé La mort de Rotrou,