MÉTAPHRASTE
Soit.
3K aouku.
ALBBBT.
A mon fils, l'hymen me parait faire peur ; Et sur quelque parti que je sonde son cœur, Pour un pareil lien il est froui, et recule.
METAPHRASTE.
Peut-être a-l-il l'humeur du frère de Marc-Tulle ,
Dont avec Âtticus le même fait sermon^
Et comme aussi les Grecs disent, Jihanaton,.,
ALBEBT.
Mon I^ieu! maître éternel, laissez là, je vous prie^ Les Grecs, les Albanais, avec l'Esclavonie, Et tous ces autres gens dont vous voulez parler ; Eux et mon fils n'ont rien ensemble à démêler.
METAPHRASTE.
Eh bien donc, votre fils f
ALBERT
Je ne sais si dans l'âme Il ne sentirait point une secrète flamme ; Quelque chose le trouble, on je suis fort déçu ; Et je l'aperçus hier, sans en être aperçu, Dans un recoin du bois où nul ne se retire.
METAPHRASTE.
Dans un lieu reculé du bois, voulez-vous dire, Un endroit écarté, latine^ secessus; Virgile l'a dit : Est in secessu locus,,,
'ALBERT
Comment aurait-il pu l'avoir dit, ce Virgile, Puisque je suis certain que, dans ce lieu tranquille, Ame du monde enfin n'était lors que nous deux ?
METAPHRASTE.
Virgile est nommé là comme un auteur fameux D'un terme plus choisi que le mot que vous dites, Et non comme témoin de ce qu'hier vous vîtes. ,
MOLIBKB. 390
ALBSKT.
£t moi, je veasdis, moi, qae je n'ai pas besoin De terme plus choisi, d'auteur ni de témoin, Et qu*il suffit ici de mon seul témoignage.
METAPHRASTE.
Il faut choisir pourtant les mots mis en usage Par les meilleurs auteurs : Tu vivendo bonos, ComDUS OB dil^ scribendo sequare peritos.
ALBERT
Homme ou démon, Teux-tu m*entendre sans conteste?
UÉTAPHRASTE.
Quintîlien en fait le précepte (4)...
Les Précieuses ridicules (1 659) furent pour Molière ce qu.* Ândromcique allait être pour Racine. Parvenu à la véritable comédie, c'est ici qu'il attaque pour la première fois les travers de son siècle. Aujourd'hui Tépithète de ridicules ne nous est plus nécessaire ; le mot de précieuses dit tout ; alors il n'en était pas de même, et ce nom honorable se prenait dans la vraie acception du terme. Boileau dit encore :
C'est une précieuse, Reste de ces esprits jadis si renommés Que d'un coup de son art Molière a diffamés {%).
Sous le poids du ridicule on oublia, en efifet, les services rendus aux mœurs par ces femmes distinguées et ces sociétés choisies que résume le nom de l'hôtel Rambouillet. Les belles conversations et les romans à la Scudéri tombèrent du même coup. Leur temps
(0 Acte n, scène VII. (2) Satire X. •
400 MOLliRE.
était passé; on ne pouvait plus voir que l'abus et l'excès des recherches et des délicatesses qui avaient combattu l'ancienne grossièreté. Ceci est un fait dont l'appréciation n'est pas sans importance. On sait l'exclamation du vieillard qui s'écria du parterre : « Couce rage, Molière, voici la bonne comédie, » et le mot de Ménage qui, voyant jouer des ridicules dont il avait été complice, disait en sortant du théâtre : « Il « nous faudra brûler ce que nous avons adoré. »
Au fait, les Précieuses ridicules sont une farce pleine de verve et de gaieté, mais d'une jovialité un peu grossière. L'absurdité des précieuses éclaté par le contraste du gros bon sens et de la rude franchise de Gorgibus, en qui la bourgeoisie de cette époque est représentée. Il faut en convenir, la donnée de la pièce est violente; ces amants rebutés qui envoient leurs valets habillés en seigneurs pour jouer des filles honnêtes malgré leur ridicule outré, est une de ces invraisemblances que Molièrejette souvent dans les premières scènes qui font la base de l'action, et qu'il faut lui passer, grâce aux effets comiques qu'il en fait jaillir.
Sganarelle (1660) est une farce invraisemblable et grossière, écrite en vers, mais peu digne de cet honneur. L'intrigue en est mauvaise; ce sont quatre personnages, dont chacun se croit trompé par un autre, au profit d'un tiers. Ici Molière attaque pour la première fois une classe qu'on devrait plaindre, et dont il est reçu de rire : Sganarelle est une peinture des
MOLIÉRB. 401
tourments que fait subir à F amour-propre des maris l'infidélité réelle ou prétendue de leurs femmes. Sous l'apparence d'une intrigue bouffonne, se développe ainsi un trait du cœur humain , et c'est par là que cette farce touche à la vraie comédie. Elle est d'ailleurs semée de plaisanteries ignobles sur Tinfidélité conjugale; mais elle renferme quelques vers plaisants et bien tournés, notamment dans le monologue de Sganarelle :
Je hais de tout mon cœur les esprits colériques,
Et porte grand amour aux hommes pacifiques.
Je ne suis point battant de peur d'être battu,
Et rhumeur débonnaire est ma grande vertu.
Mais mon honneur me dit que d'une telle offense
Il faut absolument que je prenne vengeance;
Ma foil laissons le dire autant qu'il lui plaira !...
Quand j'aurai fait le brave, et qu'un fer, pour ma peine,
M'aura d'un vilain coup transpercé la bedaine.
Que par la ville ira le bruit de mon trépas,
Dites-moi, mon honneur, en serez-vous plus gras P