‹ Poètes du siècle de Louis XIVChapitre 61 sur 93 · XII. — Amphitryon · texte numérisé non relu

XII. — Amphitryon

Les anciens ont traité ce sujet, mais à leur point de vue, qui le rendait moins scandaleux, puisque ce scandale même, l'union, la confusion même, du divin et de l'humain, se rattachait à l^essence de leur religion. Tel qu'il nous est resté, ce sujet est presque incroyable sur la scène moderne ; pour nous, tout y est scandaleux. Nous ne pouvons nous empêcher d'y voir, volontaire ou non, un acte de complicité odieux; Fauteur ne l'a pas déguisé :

MOLIÈRV. 445

Mon nom, qu'incessamment toute la terre adore, Étouffe ici les bruits qui pouvaient éclater.

Un |)ar(age avec Jupiter

N*a rien du tout qui déshonore; Et, sans doute, il ne peut être que glorieux De se voir le rival du souverain des dieux (i).

Pour être juste cependant, il faut citer aussi les paroles de Sosie qui terminent la pièce :

Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule

Messieurs, voulez-vous bien suivre mon sentiment P

Ne vous embarquez nullement

Dans ces douceurs congratulantes:

C'est un mauvais embarquement ; Et d'une et d'autre part, pour un tel compliment,

Les phrases sont embarrassantes.

Le grand dieu Jupiter nous fait beaucoup d'honneur. Et sa bonté, sans doute, est pour nous sans seconde ; Il nous promet rinfaillible bonheur D'une fortune en mille biens féconde.

Et chez nous il doit naître un fils d'un très grand cœur :

Tout cela va le mieux du monde.

Mais enfin coupons aux discours, Et que chacun chez soi doucement se retire.

Snr telles affaires toujours

Le moillei^r est de ne rien dire (2).

Mais quoiqu*on puisse voir ici une sorte de compensation, elle est, certes, loin de suffire. Du reste, ces plaisanteries de paroles et de situation sur les maris infortunés n'amusent plus la bonne compagnie maintenant. Mais le gain est mince pour la morale; en ces sortes de choses, le sérieux dans la perversion est pire.

Nous avons déjà admiré la perfection du style A' Amphitryon, Ajoutons que le comique de la pièce

(t) Acte m, scène XI. (3) Jhid.

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est tout entier dans les scènes de Sosie. Le monologue est célèbre et mérite de Têtre. Toutefois le Sosie de Molière n'aurait pas dû faire oublier celui de Rotrou.

On ne saurait trop le dire : l'étude du théâtre de Molière est d'un intérêt immense, pourvu qu'on y cherche, non pas Molière homme, mais l'auteur, l'écrivain, l'art littéraire, l'esprit de l'époque, la marche et les procédés du génie. C'est dans ce sens que nous nous sommes dirigé et que nous nous dirigerons encore; c'est de ce point de vue surtout, que partiront nos observations sur le nouveau chefd'œuvre dont nous allons nous occuper.

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