VI. — LES INXISES TONIQUES
On se rappelle ces 2}oi>ifs de couleur rouge du manuscrit de Saint-Pétersbourg, qui révélèrent au card. Pitra le véritable nthnie de riiymnograpliie. Ces pohits diacritiques se retrouvent dans la plupart des manuscrits, depuis les palimpsestes du vin» siècle, chargés d'une double et triple écriture, jusqu'aux élégantes copies qui se multiplièrent à l'époque de la Renaissance Quelquefois même les calligraphos byzantins ont remplacé les points rouges par des astérisques d'or ou par d'autres illustrations de ce genre (1). Ces signes de ponctuation, fort différents des virgules, des points niédiants et de toute la ponctuation ordinaire, ne s'appliquent pas aux divisions logiques des phrases, mais seulement i\ leur mélodie.
Baronius, à la fin du seizième siècle, cite inté"Talement, à l'année S42, deux canons tirés du Triodion et réservés au Dimanche de V Orthodoxie (2). L'un de ces canons est de Théophane, l'autre d'un Théodore de Studium, plus récent que le grand
<y)^^rA.V\i.v3.:lly„inogr.ûeVÈqHser,,-erquc p M (?) Z^ me .>e VO,-tko,lo.ne est célébrée le premier dimanche de Ca,-éme, pour perpétuer le souvenir du triom,,he dos saintes Images, après la persécution Iconoclaste. Cf. Baronius, A »i--> S 27 Ed Barri-Ducis, 1S68, t. XIV, p. 200. (Cf. Ed. Mogunti»,' ICOl', t! ix!
Studite (1). Le Triodion n'avait pas encore été édité (2), et rAuteur des A)inalcs devait communication de ces beaux cantiques à son ami Fred. Metius, qui s'était même chargé de les traduire en latin (3). L^éditeur, ou plutôt le traducteur, s'excuse de n'avoir pu reproduire dans sa version le rythme des deux poèmes: il ajoute que cest pour nuwqucr ce rytJuae^ que Von a maintenu une ponctuation^ qui semblait contrarier le sens (4).
Les premiers éditeurs des Menées, Georges Blastos, Grégoire Malaxes^ et les Pinelli reproduisirent exactement la ponctuation des manuscrits (5). Plus tard, on en perdit Tusage, et Barthélémy Cut-
(1) C'est ce que fait remar(iuor Baronius, ibid, n» 28,
(2) La première édition citée par AUatius est de ran 1020.
(3) « Inter divinas laudes sacra Victoria» cantica duo in Ecclesia publiée occinuntur, Theophanis oontessoris alterum, alterum vero Theodori Studitaî titulo prsenotatum. Quse ipsa hic tibi reddituri sumus, tum grœce, tum latine fideliter scripta. Noster enim Fridericus Metius, vir honestissimus et graecarum rerum peritissimus, a (juo acrcpihiHs, latinitate donavit accepta ips» Graecorum saero libro, Triodio nuncupato, quo utuiitur pro divinis olîiciis celebrandis a Scptuagesima usque ad octavam Pentecostes. » Le Triodion s'arrête au Samedi Saint et c'est dans le Pentecostarion que se trouvent les otllces du Temps Pascal.
(4) « In quo liynmo illud observandum, quod fieri minus potuit, ut in ejuaversione idem rythmua servaretur, (jui habctur in canone grîeco, qui etiam bac de causa ita est interpunctis distinctus pro servando rythmo, ut sententia) ipsa» ali»iuando pervcrtantur. »
(5) L'édition princcps des Meures fut préparée dès 1545 sous le patriarche Denys, et fut i>ubliée à Venise, en \t volumes, de 1586 à 1506 par les soins du prêtre Cretois Blastos, aux frais de Pierre Tzanétos. Cette édition est omise dans les catalogues. Cf. Pitra. Hymnogr. p. 12, note. Sur Tédition de Greg. Malaxes et les éditions successives des Pinelli, on peut voir la préface de Barth. Cutlumusi et la notice bibliograi)hique d'Allatius.
— 30T — lumiisi, dans les plus récentes éditions de Venise, en a laissé disparaître les dernières traces. Le card, Pitra s-en plaignit avec raison dans la préface de ses Analecta (1) ; eu éditant le Tropologion, il sépara les incises par des astérisques. La Propagande do Uonie suivit cet e.vomple et reprit l'ancienne tradition ; dans le Triodion, le Pentecostarion, rUorologion, VEuchologe sortis de ses presses, les incises toniques sont séparées par le point en haut.
D'ailleurs on a d'autres moyens que la ponctuation des manuscrits et des livres, pour distinguer les membres rythmiques de Thirmus : quand un repos, si léger qu'il soit, se rencontre dans une longue suite de tropaires au même rang syllabique, on peut conclure qu'il y a un point d'arrêt dans la mélodie. C'est par cette méthode qu'il faut procéder toujours, car les copistes ont souvent bouleversé la ponctuation (2), et les textes hymnographiques ont
(1) Anal. p. LXXIX : « <(uod nomo non mirabitur, horum librorum .ps. euratoros, q.u.m puncta plonis manibus et salis aute sem.navorint, nullam iHis inossc vim intellexere : in.le jaota pcr
ed tor Banl,olomaH.s, l.aud ignarus vir, ultima zr;^i mctrorum ex industna sustulerit. ut juxta .lualemcumque sententiœ tenorcm, naud semel inepte, interpungeret. »
(i) Le card. Pitra énumère tous les dangers courus par la i.onctuauon légitime : . Cctcrum ex solis codic.bus non nisi ancopg et periculo plénum judicium erit. .M,i enim, cum privati usus esscnt. .lomesucisque studiis potius resorvati quam publica> recitationi. aut melod,*, quales erant nostri tropologii codices, magis exarabantur, ut sententia staret, quam ut melodia sarta teota servaretur Alu vero, qui chômiez Hbri merito dicerentur, multas ac propemodum arcanas excoi.tiones in punctis patiuntur. Ssej.e enim supplevit interpunctis omissis, modo porfecta cantus quies, modo lineœ extremitas et margo vacuus, modo spaliolum injra lineas cousulto
besoin, plus que tous les autres, d'une révision attentive et délicate.
BRIÈVETÉ DE CERTAINES INCISES. — L'isOSVllabie
observée par Tancien lyrisme, mais devenue, par l'oblitération des lois métriques, la n'^gle la plus importante du rythme pour les mélodes, cherche •à se rendre de plus en plus sensible et palpable. Dans Pin- iare, les membres ou incises delà période comptent souvent vini>"t-six et vin«rt-sept syllabes (1) ; l'hymnoiiTaphie, déchargée de toutes les épithètes sonores, de toutes les terminaisons dialectiques, peut multiplier les repos et donner aux incises un mouvement i)lus rapide. Le tropaire est vif et alerte; le membre dodécasyllabi((ue est presque devenu un maxuminu riieptasyllabe une moyenne. La sia^ièhie Néméenne oiïvo cette particularité qu'un mot de trois syllabes se dégage au début de chaque strophe comme un membre indépendant (2) ; mais ce qui est rare chez Pindare, est fréquent chez les hymnographes : trois syllabes et même deux sullisent pour constituer une incise tonique.
C'est ainsi que dans rhirmus Ai x-^;i\iy,x[ (3), la rencontre de deux accents dans les mots \xy. si-w- [X£v, détermine deux membres mélodiques, Pun de deux syllabes, formant un iambe tonique, Pautre
hians, modo vioiiuis nccontuum apex, aiit trabalis litteraî hasta traiisversa, aut otiam nexus involuti coiupendii, ne de indiligeiUia citi calami lotiuar. » Ce délicieux latin ne se traduit pas.
(1) Pindari Carmina . Ed. Christ, 2\\'mccnnes I, V, IX.
(2) Ibid. p. 152, not.
de trois syllabes, formant un dactyle ; nous aurons dans les tropaires imitatifs :
g:jAr,; • av^sAî (1).
Les stichères du rythme l- • sv. tsj zjkzj zi wAfzv, ont presque toujours un trochée tonique initial, et, vers la fin du tropaire, un autre trochée formant incise. On lit dans les stichères de la Passion (2) :
()t£ * £7. t:j çjA:j Zt VcXpiv.
CTS • £V T(0 -Zizu) T(T) y.7.'.V(T).
dans les stichères en Phonneur de S. Georges (3) :
AsjTî • rr;^ TravicpTCv ça'.B:av.
H/v:v • r.zzzvn^^K'/xz sajTcv.
et dans les stichères funéraires de Théophane (1) :
(1) IhM,,y,. 22\ trop. 2,3: p, 22i, trop. 0 ; p. 228, trop. 30; p. 22"?, trop. 34 ; p. 230. trop. 40, 41; p. 232, trop. 4V\ — Sur cent tropaires, nous remarquons seulement oin(i ou six exceptions, où un mot unique de cin(i syllabes (ou encore un mot de «luatre syllabes procédé d'un monosyllabe procliti<iuo) correspond aux doux mots de l'hirmus ; par exemple : k-\zzi-;-;z'JZX Cp. 230, trop. 3<J), probablement avec un accent secondaire rythmiciue sur la seconde syllabe.
(2) TriŒl., éd. Rom. p. 707. CL Christ, Anih., p. (37. (3)3M?.. Avril, p. 23. Cf. Christ, p. (37.
(4) Christ, p. 123. Cf. EuchoL, éd. Uom., p. 238, 271, 277, 285, 466.
cv vjv • Z'jZLùT,z\>z7L ij.y; zajSY;.
Dans le cantique pascal de S. Romanus, les deux dactyles toniques *av(o,i,£v • G-£jj(otx£v de riiirnuis (1) se reprc^sentcnt dans toute la série des tropaires, quelquefois avec des assonances intentionnelles.
IxiOcTS • piaOr^Tat (2).
à-^(z.lo; • avOpti):::;.
do même un imitateur anonyme (:5), en célébrant les Pères deNicée sur le même rvtlime :
t^ r ""ff • • ^ î — •
Les incises de quatre syllabes ne sont i^uère plus fréquentes que celles de trois, mais elles sont plus variées. Toutes se ramènent aux trois péons avec leurs substitutions ordinaires :
Péon second (4) : rpoî{pr/A£v.
Di ïambe : cî vàp ^pcjpsî.
(1) A}ial., p. 125.
(2) Nous avons cxpliiiuô déjà comment l'anapeste [xaôrjTx; équivaut au dactyle [xâOîTî.
CM Anal., p. 41)4.
(4) Par exemple les incises 24, 25 et 20 du Cantique pascal de Romanus, Anal., p. 125.
Péon troisième (1) : tcj/c-xévy;.
Ditrochée : zr.ixjzz^ zCozzv.
Péon qiiatricMno (2) : '/syi[j-zzzzpv., Choriambe : -avTx z:lzo)z.