‹ Poètes et mélodes [microform]Chapitre 52 sur 73 · a3iv S'. ' àYaOoTy;Ts · texte numérisé non relu

a3iv S'. ' àYaOoTy;Ts

Enfin le dernier accent lui-même est exposé à disparaître, car les mots l'^w|j.£v, )agwjA£v, à la fin des incises peuvent être interprétés comme des crétitiques (!.!). On pourra donc rencontrer des incises sous cette forme négligée :

àvay.r;pjTT:'jaa Xaj^-pw;. (5).

Mais ce qui importe, c'est de ne point donner à ces accents secondaires une valeur philologique proprement dite. Ils n'existent que dans la mélodie et pour la mélodie.

PARTICULES ET PRONOMS DISSYLLABES. — LcS autrCS

difi^cultés que présente la loi de Thomotonie ont été éclaircies par M. Stevenson avec une telle précision de langage que nous n'essayerons pas de mieux faire (ô). Tout au plus nous permettrons-nous d'ajouter quelques mots à ses explications pour en faire ressortir la portée.

Il ramène toutes les irrégularités à trois cas

(1) s. Romanus, p. 3, trop. 5.

(2) Ibki., trop. 6.

{3)Ibid.,tvop. 7.

(4) S. Joseph rilymnographe, p. 382, trop. 3.

(5) P. 391, trop. 2.

{6) Du Rytiunedans l'Ht/mnographic, p. 27.

principaux : aux particules et aux pronoms dissyllabes, aux polysyllabes proparoxytons et oxytons, dont nous nous sommes occupés déjà, et, finalement, aux propérispomènes suivis d'une enclitique.

« L'accentuation des particules et pronoms dissyllabes est en fréquent désaccord, on ne saurait le nier, avec le rythme tonique. Vous rencontrez souvent dans les tropaires des adverbes tels que àUâ, t/r,ci, cxÉ, et tant d^uitres , des prépositions

comme -api, 0-ip, à-c, ::£?(, cia , les prouoms r.'O), èixcj ,

Yjixsî;, Yii;.(ov, TJTc:, etc., là OÙ le rythme tonique exigeait l'accent sur la pénultième. Mais les mélodes obéissaient ici à une nécessité qui les obligeait à enfreindre la règle fondamentale. Des mots de ce genre revenant constamment dans le discours, il devenait impossible de les plier toujours aux lois de Taccent. Il faut être du reste bien difficile, pour refuser aux mélodes des licences de cette nature. On en trouve bien d'autres dans la poésie classique, sans que, pour cela, personne se soit avisé de contester les principes métriques sur lesquels elle repose. »

M. Stevenson fait remarquer en outre qu'il serait facile, pour les prépositions dissyllabes, de rétablir le rythme tonique en recourant à l'anastrophe, mais qu'un tel procédé semble avoir répugné au style simple et naturel des mélodes. Il ne faut jamais oublier en effet que les hymnographes, interprètes officiels de la prière publique, se conformaient strictement à la langue de leurs contemporains. Sans doute Tanastrophe, en déplaçant les mots, aurait dérouté un auditoire peu habitué à ces élégances de syntaxe.

On sait, d'ailleurs, que toutes ces particules, pronoms et prépositions dissyllabes, n'avaient qu'un accent insensible à la prononciation, et participaient un peu de la nature des proclitiques. Cette faiblesse tonique delà finale permettait de la considérer comme faisant partie intégrale du mot suivant: par exemple, {x-à Zzùmù^ devenait, dans la mélodie, un mot unique de quatre syllabes, et, quand il était nécessaire au rythme, un accent secondaire pouvait se porter sur une syllabe quelconque du proclitique. Il y avait donc en apparence toic metathèse de Vaccent, en réalité une simple application des lois posées plus haut.

Stà xXijjLrKs; (1) = : . î . .

\i7:o 6y;X£1(ov (2) = : . : . . ! 2ti ûtYaOcç (3) nr . : ...»

oùx Sti •^xkz'jyjîi (4) :tz . . : . . !

Mais pour les pronoms personnels signalés par M. Stevenson, cette explication n'est plus suffisante. On rencontre quelquefois Yip(.£r;,YiiJi.a;, /.(jl-v, là oii il faudrait un trochée tonique, et précisément à la fin des incises, c/est-à-dire à une telle place qu'ils ne puissent subir l'influence du mot suivant. Le plus curieux exemple de cette anomalie se trouve dans l'hirmus Tâxjvov (5).^Nous trouvons là toute une série

(1) s. Romanus, Anal., p. 6S, trop. 3.

(2) P 114, trop. 19, ligne J4.

(3) Ibid., ligne 9.

(4) P. 2, trop 3.

^5)P. 186, lignes 20>t 26-31.

d'incises, terminées par les mots r^^a;, f/tJ-Tv, r.iAwv. Or les tropaires ne reproduisent presque jamais Taccent du pronom ; on a ordinairement des correspondances comme celles-ci :

èv:;.'.rxv

z àAY;0£'.av (1)

qui s'expliquent facilement après ce que nous avons dit de la transformation du dactyle final en crétique. Mais d'autres correspondances ne peuvent être justifiées que par une véritable métathèse de Taccent :

[jly; y.aTaXE'::-^;; Y;;jLa; zz: twv vàp r.oXkm ty-^v ::XavY;v.

On serait d'abord tenté de croire que le texte est trois fois fautif et de rétablir tant bien que mal le rythme, en dé[)laçant le pronom y;;j.5c; jj,r, v,x'XTJ.r^, Mais ce remède violent ne peut s'appliquer au troisième exemple, ni à cette autre incise, que Ton trouve quelques lignes plus haut :

et; TTjV JâsYjOîiav y;[jlu>v izi xal zxz £y.cî>v T:pcî£/.'jVîi (3).

Il faut donc admettre pour Taccent du pronom personnel une métathèse proprement dite : r,;i.a;, r^^jiwv,

(1);P. 187,*lignes 12,14, 27.

. (2)/6irf.,lignesll, 12, 13.

(3) Ibid., ligne 7.

y;{//.v. La tonalité du mot étant extrêmement faible, il semblait indifférent (rappliquer cet accent imperceptible à Tune ou à Tautre syllabe. On connaît d'ailleurs les formes paroxytoniques des Eoliens à^iJi.:;, ài).[)Aù^^, etc., et Ton sait que le datif "^y-'-v se trouve deux fois comme périspomène dans Homère (1).

ACCENT DE L^ENCUTiQUE. — Une autrc exception apparente à la règle de Thomotonie, « celle des propérispomènes suivis d^ine enclitique, offre moins de difficultés encore que les précédentes, et ne se présente en général que dans les manuscrits récents et les dernières éditions de Venise. En effet, le rejet de Taccent deTenclitique sur la dernière syllabe du mot propérispomène qui la précède, rejet qui trouble constamment le rythme toni(|ue dans les cantiques des mélodes, était inconnu des Byzantins, dès les temps mêmes de Romanus. Ils ne prononçaient pas

cjpÉ; [X£, 'jTVcJji.i |j,:j, T.pCôxzi tivîç, mais bien zlpi; ij.£, ::v£j[i.a

[Aou, zpuKzi T'.vi^. Nous le soui)çonnions déjà fortement, en parcourant lesx:v3âxia de Romanus et les canons; l'examen des manuscrits nous en a fourni la certitude. Ce n'est qua partir du xv« siècle, que l'accentuation généralement admise commence à prendre une certaine consistance dans les livres liturgiques. Avant cette épo(iue, les exemples en sont extrêmement rares. Nous ne prétendons pas dire que la règle des grammairiens fut ignorée des savants byzantins ; ce que nous tenons seulement à constater, c'est quVMle n a jamais été populaire, et que les mélodes n'en ont tenu aucun compte. La

(1) Iliade, XVH, U7 ; Odyssce, X, Z6}.

raison, d'ailleurs, en est fort simple. La règle en question présuppose la distinction des brèves et des longues, qui s'était effacée dans les masses dès les premiers siècles de TÉglise (1). » Le card. Pitra avait fait déjà cette même observation, que les propérispomènes suivis d'une enclitique monosyllabe deviennent simplement paroxytons et que pzxi ;j.£ a la mémo valeur que hzpx -i (2). Les Byzantins, dit à son tour M. Coupitoris (3), écrivent -cîcv zz'., gXa33Y;iJ.sj7( zt, ùzr^iJz^i'jA^) zi, mais ils lisent et chantent, comme s'il y avait : -sicv s:*., 'pk7.zzr^'^.z\iz\ z=, £jç;y;-

JJl.5J[JI.£V Zt.

Mais l'accent de Venclise sur la finale des proparoxytons est souvent rythmique. Les groupes de mots : :r->£6[j.aT{ c:j, Kù^r.zv. ix:-. (4), doivent réellement correspondre à des ditiochées toniques ; l'incise [xcXi; 9£p:ua( zi (5) doit être accentuée sur la pénultième.

Du reste, les enclitiques peuvent reprendre leur accent, si le rythme l'exige : è'X'-é |j.£ correspond à lz'j\z\ \p\z-z\) et devient dans la mélodie Tai-e '^.i (6). De même Tincise t:; t'kzjzï zz-i c:v£ioc a£-:vt:c doit recevoir l'accent sur la sixième syllabe et se chanter: t{; r^Y,z'JZl zz'i (7); le groupe ts z'xiz'^.i zz't équivaut

(1) II. Stevenson, du rythme de Vhyynnographie^ p. 30.

{2) Anal., p. XC ; « Propcrispomena, qiioties cnclitico monosyllabe proxime sequcnti prœmittuntur, paroxytona evadunt, etiamsi solitis accontibus notaii perdant. »

(3) n £ p • : c j p j 0 ;jLO 0, Bulletin de CorresjK hellcn., 187S, p. 374.

(4) Anal., p. 13, ligne 22,

(5) P. 120, ligne 6.

(6) P. 115, ligne 14 : cf. U note.

(7) P. 121, ligne 18.

dans le rythme à xb rr.jXz\k-x zo-J, sansenclise, et avec Taccent sur la finale (1).

l'iiomotonie et la grammaire. — « Les Byzantins tiennent tellement au retour régulier des mêmes accents clans la composition de leurs cantiques , qu'ils ne craignent pas de lui sacrifier jusqu'aux exigences de la grammaire (2) ». De là des énaJlagcs de toute espèce, énallages des cas et des genres, énallages des tem[)S et des modes.

P Ce sont d'abord les nominatifs TTatYjp, cw-rr;?, Oj^ity;p, employés pour les vocatifs -âT£p, atoTcp, Oûvy-sp, dont Ta^centuation pouvait déranger l'homotonie. Dans rode np^si/s cùpavé d'André de Crète, on trouve sept fois j(oty;p oxyton au vocatif et trois fois seulement atoTsp propérispomène (3).

2<> Le superlatif masculin proparoxyton est employé pour le féminin paroxyton. On a, par exemple : ajJtoBÉJTaTCv çOopâv (4) , cuà; çwTOEiîésTaTs; (5) , ty;v

U-gpTXTSV Q'iz\^ (0), Xx/Via T'.pLxXçÉJTaTc (7), vXjy.jTarCV l^Z'

asv (8) , èy,/.Xr^3'a àptJTc; (9) , tyjv àOîwTaTCv -vw^av (10) ,

(1) P. 46. li^nc 8, Cf. Coupitoris,!. c, p. 375; card. Pitra, p. xc : « Eiiclitica suum quoque servant accentiim, si jubeat rythmus, post proparoxytona. »

(2) Stevenson. 1. c. p. 33.

(3) Triodiotiy p. 465.

(4) Mnii'es, oct. XI, p. 57. B. CuUumusi, qui signale cette faute de grammaire dans sa préface, la corrige dans son texte, mais aux dépens du rythme.

(5) Janvier XXU, p. 173.

(6) Janvier XXV, p. 190.

(7)AvrilXXm, p. 88.

(Syibid. p. 90 : nouvelle correction de réditcnr, également contraire au rythme.

(9) Avril XXVIII, p. 105.

(10) Juin XVIIl, p> 63.

èff{AY) ::av£ju)B£7TaTc; (1) ; et B. Cutlumusi, pour justifier les hymnographes, rappelle ce vers de VOdyssée]: <^wxiwv àX'.îTpc^éwv z\z(ù'X'zz lz\}.r^ (2) , et ce passage de

Thucydide : TaJTY; vàp cjScC^cXwTaTs; y; A:y.p:; (3), et cet

autrs i)assage de Platon, le Prince des Attiques : O-b

Aa|xrpsT£pS'j iJLap;jLxpj7Y;; âjx-é-Ar^STai (4).

3^ Vénallage des temps est surtout fréquente dans Roman us. On passe du présent à Taoriste ou au parfait pour revenir au présent, et ces brusques changments ont lieu, non seulement dans la même strophe , mais encore dans la même période (b). Voici la marche saccadée et irrégulière des temps dans le commentaire lyrique de la prophétie de Siméon (G) :

Début par le présent : vvwpi^a), y,v,'X'..

Aoriste isolé : i'cçivy;.

Retour immédiat au présent : /a-pî',.

Nouvel emploi de l'aoriste : irAzir^, -aps^evîTs, xaOÉj-

(l)AoûtlV, p. 21.

(2) Odyssce, IV. 442.

(3) m, 101. M. Stevenson si^^nale deux autres passages du même auteur : ^ta-.CTîpcv ty;v âzîy.Aj'iv -cuîv (lil, 89; et izzpù'ip:; y; Af/V.;V, il m.

(4) /iV^>..VlI, iK, p. 518. Voir le IIpCA. de B. Cutlumusi, Minées, Sept. p. IX ' , n° 16.

(ô'tAtial., p. 11, note :« Lector monendus est, melodis nostris oppido sol-:mne esse, perpetuam adliibere ley>\porum enallagen, idque nedum in eadem strophe, immo in eadem periodo freiiuentare. » — P 22, note : « Semel et jam sero moneatur lector melodo nostro (Komano) placere oiaUagen teniporum 1ère perpetuam, sive vaticinia, sive res pestas rcferat. »

(6) Anal., p. 32, trop. 13, 14, 15 ; cf. la note de l'éditeur : « Crescit in hoc hymno solita melodorum enallage. >

lN

Suite de présents : ir^Touct, à-sSsixvjvTat tJTavTii.

Nouveaux aoristes : h^îcî, àvijTr^îîv.

Présent isolé : T.^z\kr,Yjiô.

Suite de futurs : YxvY;je7a'., £jTa:, x-/;pj^:'jr.v. Présents dans le sens du futur : Ozc-tsusut., çasiv.

Dans le cantique sur le reniement de Pierre^ nous trouvons encore de ces chang'cmcnts subits de temps : Mathieu dit (au présent), çr^al ^à? MaTOaîsç, dans le livre qiiil a écrit (à Taoristo), h ty; gigXw y;v lYpa(j>c. Pierre s'adresse au Sauveur! Moi, Je te renierai ! (au futur) ivw ck àpvY;Tc;xx'. ! moi Je f abandonne et Je fuis ! (au présent) b;(ô Xiir^iù zi y.a\ çîjvo) (1) !

4° M. Stevenson nous fournit un curieux exemple de Vénallagc des modes. Dans un tropairc du canon en riionneur de Tani^e «gardien, « apr^s avoir construit quatre fois de suite la conjonction ctav avec le subjonctif, le poète (Jean Mauropus) ne se fait pas scrupule, pour terminer le sixième vers par un proparoxyton, d'employer l'indicatif (2) : »

Quatre subjonctifs : TiOowTat, àvs'vtovTa'., y.aOi^r^Ta'., xpivtoviai.

Indicatif isolé : rap-jtavTaL

Nouveaux subjonctifs : y.XcvYÎTat, çpiJ^Yj y.a: TpÉ^xv;.

« Pourquoi cotte incobércnce dans la construction ? parce que Taccent du subjonctif Trapis-row-rai ne se conciliait pas avec le rythme tonique (3). »

(1)P. 100, trop. 5ct c.

(2) Du rythme dans V Ilymnoijraphic^ p. 33. L'auteur renvoie à ï Horologion de Venise 1871, p. 405 : cf. YJIoroI.. édité par la Propagande, sous la direction de M. Stevenson lui-nK^'uie, p. 333.

(3) Il est vrai que l'accentuation ':;ap'.7Tu>v':ai est l'accentuation

Une autre incorrection, fréquente chez les mélodes, peut être attribuée à la loi de Thomotonie. Les conjonctions conditionnelles icv, ààv, et la conjonction finale hx sont construites avec les divers temps de rindicatif. Oh a dans un seul tropaire du cantique

funèbre dWnastase : av r^Xr^^a;, av 7jv£-âOr,sa:, av i'stora;, èàv èr/i-aja; (1) ; dans différents cantiques de Roma-

nus: y.av Yj;jLvb; s:, y.xv ZTioyc; si, sàv £7:'.t£A£S(0, iàv ïv, ).a*AY;-to,

îvx ày.oXojOY;7£i, tva Tjvap'.Ojj.Y;^£i ('2). Ces tournures ne sont pas absolument sans exemples dans Pantiquité, mais les nécessités du rythme les ramènent plus souvent dans nos cantitjues.

D'ailleurs la langue des mélodes est encore trèsbonne pour Pépoque où ils vécurent. C'est, en «grande partie, a la po[)ulariié de leurs œuvres que le irrec moderne doit cet honneur de garder quelque ressemblance avec le grec véritable. « Dans sa forme actuelle, dit un grammairien patriote Çl), la langue

vraie et commune, mais le mclode pouvait aussi bien écrire ::apir-

TWVTai que T'OwvTa:. Le souvenir de la contraction, qui avait forcé

l'accent i\ descendre sur les pénultièmes, était depuis loui^tcmps

elTacé. l'u reste, les Atti(iues avaient employé aussi ces subjonctifs

proparoxytons. Cf. le petit traité d'E^^ger : Mcthodc d'accentuation grecque, p. ;?3, note.

(1) Anal, p 240, tropaire 10. CL p. 521, liiino IS.

(2) p. 17. ligne 20 ; 18, 13 : 20, 30 : 127, 0 : 13(», IS. — Ci. la note de l'éditeur, p. 30 : « Siiii^ularis melodorum licentia est, indicativum pro subiuiictivo scribentium, quod vix in hoc themate apud sacros scriptores deprchenditur. »

(3) M. Kangabé, Grnmm. Gr. Mod. Paris, 1S67 : Préf. — Andrieux s'écriait dans une disscriafion sur les langues : ^ Vn\ilège unique de la langue grecque î Avec tous ses changements, elle est encore de nos jours une langue vivante, et son origine se perd dans la nuit des temps. » L'opinion contraire est poussée à l'extrême dans cette boutade attribuée au card. Mezzofanti. « Le

grecque s'éloigne moins de celle deXénophon, que la langue de Xénophon ne diffère de celle d'Homère. » Cette prétention est sans doute exagérée. Pendant son long moyen âge et surtout pendant ces tristes siècles qui suivirent la conquête musulmane, la Grèce perdit la plupart des richesses de son beau langage : il lui resta un idiome pauvre et à demi barbare, dont ses enfants commencent à rougir. Mais en même temps que la langue parlée s'altérait peu à peu et transformait graduellement lexique, syntaxe et prononciation; tandis que la langue littéraire, renonçant à se faire comprendre des masses, ne cherchait plus à se maintetenir que dans les écrits des théologiens, des grammairiens et des chroniqueurs; on continuait à entendre dans les églises une langue chantée^ langue à la fols populaire et véritablement grecque. « des milliers, des millions d'Hellènes, qui ne vivaient point à la cour de Byzance, ni dans les écoles , ni dans les monastères , qui ne savaient point lire, ni écrire», communiquaient cependant avec la tradition du grec classique par la liturgie, et par la poésie de la prière (1). Ainsi, dans ce grand

grec moderne ressembla au grec ancien, comme le singe ressemble àThomme. » S. Reinacli, Manuel de Phil. T. Il, p. 172.

(1) Egger, Aperçu historique sur la langue grecque, dans VAn-- 7iuaire de l* Associât, des l'tudes grecques, 1883, p. 12. Nous sommes heureux de mettre ici nos poètes liturgiques sous la protection du grand helléniste, dont la science porte le deuil. Lorsque, en Août 188*^. nous lîmcs part à M. Egger de nos projets sur ^S. Isidore dePt'luse et sur ^f^ Mt'lodes, il nous félicita hautement du choix de tels sujets; il ajouta: « L'un et rautre sont nouveaux et curieux ; le second est en outre hardi et ditïicile. » Les lenteurs de l'exécution ont justilié ce dernier présage.

silence de toutes les Muses profanes, la langue de la Grèce antique se faisait encore entendre de ces générations tardives, par la voix de nos mélodes.

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