VIII. — PROJET d'uIRMOLOGE
un hormis dont nous venons d'expliquer Timportance, a donné son nom à un livre liturgique : to EîpixoXcYiov, Vhwmologe,
CD M. Stevenson ne semble pas avoir remarqué que le ï^^ tropaire de Jean Mauropus, cité à la page 340, avait perdu une incise de sept syllabes immédiatement avant l'incise finale. Cette incise (7 b) se retrouve dans les autres tropaircs du mélode : 2^ trop, xal 7:£::aXata)[j.£vov, Q^ trop. Sr^XojVTa ty;; xapoîaç, ctc ; de même dans Psellus : IT trop. cù!cXw; iTracOixaîvwv, 3* trop. àaxY;::£(.); tgj; aÔAou;, etc. Cette comparaison entre tropaires similaires est un procédé désormais indispensable à la critique des textes hirmologiques.
Ce livre, défini par Suidas d'une si singulière façon (1), n'est autre que le recueil des i\z\xz\ avec la mélodie notée qui leur convient.
Un hirmologc manuscrit a été signalé dans la bibliothèque de Patmos, décrite par M. Guérin (2). Il serait intéressant de le consulter, car il se rapporte sans doute à la période hymnographique primitive. Nous en avons trouvé un autre du xV siècle, à la bibliothèque nationale (3).
De nos jours, Jean Lampadarios a donné à Constantinople plusieurs éditions de Thirmologe moderne, avec la nouvelle notation musicale de Chrysanthe de Madytos (4).
L'hirmologe que nous avons entre les mains (2® édition de 1837), contient à peine le tiers des £ip;j.:l des canons et un certain nombre d'c'c;j.:' de stichères similaires ; mais on y chercherait en vain les rythmes magnifiques du tj-opologlon. Si nous écartons rélément musical fort important pour les Grecs, mais étranger à la question qui nous occupe, si nous indiquons la structure syllabique et tonique des v.^\xz\ avec le même soin que met Jean Lampadarios à régler la mélodie, si nous ajoutons aux cent cin-
(1) E'p;xoACY'.:v • ^'.pXîov ti.
(2) Dcsryipfion de VilcdcPairnos. cod. 20(3.
(3) Cod. 804 du suppl. grec jusqu'à la page 01.
(4) E i p ij. 0 X é 7 '. 0 V T u) V K a T a 3 3t ' •. ô) v II ÉTpoj t: j II £ a:-ovvyjs(oj iJLcTà T(ov Kaviviov t:j ca:j iv.ajTSj xxl tjvtc;x:'j î'p;j.oAov{sj, £r£*'r/j.£vx xxTà tt.v vs'av 'x.z Mcj'iy.r- u.^Ooc:v è-'.Ô£(ocr- Ot'vTa Y;:r, -/.a- ciocOioOî'vTa à/.p'.|i{o; zxzï 'Uoâwoj Aa;j-a:ap':j vjv BcÛTcpcv v/.osOiV îî: tjttov àvaA({);j,a''.v Iziz'.z * Kiov'TavT'voj ttoA'.c ex ty;; tcj llava^io-j Tisoj rj-o^paç-a; * aioXO' 1830. La troisième édition, citée par M. Christ, Anth.^ p. lxxu, est de 1856.
qiiante rythmes de Téditeiir de Constantinople quatre ou cinq cents autres rythmes qu'il a négligés, nous aurons fait, nous aussi, notre hirmologe, ùTusage, non des chantres, mais des philologues.
Nous avons en eftet quelque raison de croire que ce travail serait un véritable service rendu à la philologie byzantine.
Jusque dans ces dernit'^res années, et malgré les publications du card. Pitra, malgré Touvrage de MM. Christ et Paranikas, tous les éditeurs qui se sont trouvés en présence de textes hymnographiques, ont paru ignorer le sens de l'hirmus, ils Tout signalé conformément aux manuscrits^ sans chercher, ou du moins sans expliquer le rapport rythmique qui existe entre ces premiers mots d'un texte inconnu et les tropaires de leur auteur, reproduits in extenso. Prenons pour exemple un canon grammatical de Théodore Prodrome, publié dans un des Annuaires de r Associât ion des études grecques fl), d'après une copie du conservateur de la Bibliothèque de Smyrne. L'ouvrage est insignifiant en luimême, mais il nous intéresse par l'application des lois que nous avons posées. La mélodie est du deuxième ton, la première ode a, dit-on, pour hirmus : 'Ev gjOfo 7.aT£STp(03£ T.z'i. Mais cette indication n'apprend pas grand chose au lecteur. C'est une énigme de plus à résoudre, et déjà le texte de Théodore Prodrome, hérissé de leçons vicieuses, absorbe assez l'attention. Mais que l'on se reporte à un hivmologe, et l'on saura à l'avance que les trois iro-
(1) Année 1876. p. 131.
paires du pauvre moine ont chacun, ou doivent avoir, soixante-cinq syllabes exactement, avec des repos ménagés selon le schéma syllabique : 0, 7, 12, 12, 8, 0, 11; que la première incise est accentuée sur la finale, la sixième sur la pénultième, les cinq autres sur l'antépénultième (1); et toute comparaison faite entre l'hirmus et la première strophe du grammairien, on constatera que le rythme, observé d'une manière irréprochable, est une garantie de plus des leçons adoptées. L'examen des deux strophes suivantes serait moins favorable au texte : on pourrait du moins observer que le barbarisme gcTcp doit être remplacé par (î^ty;;, et non par fcTr.p, inconciliable avec le rythme, qu'il manque un dissyllabe entre le mot ;î:pa et les mots suivants, que le troisième tropaire débute par r/;v£VY;;, non par E>;£vy;; qui rompt l'acrostiche, que le mot ::avT£; est inacceptable pour le rythme comme pour le sens, et l'on ferait des remarques analogues pour les odes qui suivent (2).
(1) D'après les tableaux que nous avons donnés plus haut, le schéma syllabique et tonique de cet hirmus serait : 9 D, 7 B, 12 A, 12 C, 8 A, 6 ft, 11 B. — Le canon 'Ev gjOô), du deuxième ton, est surtout familier à Thêophane : Mcnc'es, Avril I, p. 2 ; III, p. 9 ; XXIII, p. 87 . Moi, p. 5(5, 59, 82: Juin, p. 36: Juillet, p. 58, 141 (avec un acrostiche alphabétique rétrograde). Cf. Joseph, Mars, p. 63 et 113; Métrophane, Pentecosf., p. 88.
(2) Une note de Téditeur (p. 122) nous avertit que la seconde ode manque , et cependant l'acrostiche alphabétique n'est pas interrompu. Le même fait se présente dans le Canon satirique do Michel Psellus contre le moine Jacob (C. Sathas, Bibl. Gr., medii nevi^ IV, p. 177) dont nous avons parlé plusieurs fois. Mais M. Sathas, ou plutôt son correspondant de Venise, ne trouvant pas de seconde ode dans le manuscrit,et constatant d'autre part que l'acros-
Mais cet hirmolo-o, pour être complot ot fairo autorité dans la matière, dcmauderait des recherches laborieuses à travers les manuscrits, cl réclamerait au moins deux volumes surchargés de grec, et insupportables ai lecteur. Nous avions aborde ce travail, et nous en gardons entre les mains les matériau, amassés depuis dix ans. Acinollcment. nous comptons dans nos catalogues, avec les rythmes du Tropologion, fixés par le card. Pitra (1), cent vmgt hirmus de stichères similaires, de calhwnata et d-aulrcs poèmes de ce genre, et. so/.r««/f-(f6'Ha; systèmes do canons qui représentent environ cinq cent cinquante odes de rythmes différents &.
tichc n-otait pas mutilé, a cru rotal.lir ror.lro on .ms..nt ,\c la irois^me ode la scco.ulo, ,1c la .,uatri;.m. la t.oU.omo, et a,ns. do ,«Uc. cela peut .-tredela bouuo anthn.étU.ue, ma,, le manuscnt " n a pas moins nUson contre .on oditour au fibunal de 1 arcUeolo'ie. .a vérité est .,ue la seconde o,le manque partout, excepte da"ns les canons et ,no.lia de rollico „uadragésimal = et „ue, malgro cette lacune in.posée par la U.urgie, les odes gardent toujours u.variablemcut leur notation nnnuni,,ue primitive, fondée sur la d.snction dos neuf cantiques de TÉcrituro. 11 n'est p.as plus poss - Ulld-attribuer l'hirmus Oipvia; xV:---: h une ode seconde ou 1 h rmus T-i-ï; srtTîJTM :\ une ode buitiéme. .(uo de confondre le ^"uicir -An^e, nu-rede Samuel (/ «... n), avec celui de Mo.se Wt X.XU) , ou le Can,i.,ue Kvangéli.ue de la Satute N .ergo l/r,'.». avec celui des trois jeunes l.ébreuK dans la fournaise.
(Damds jn, 52-00). . , .
(1) ces rvtlnnes sont en petit nou,bre : les listes des Analecia ,„ Liv et I.XXX) comptent seulen.ent 32 hir.nus de canti-iues, et 2; llinli^s de «vTà«a. NOUS tfavons pu ajouter * ces listes ,no en,
OU six rvthmcs fort rares.
(2) Ou trouve aêià une table alphabétique de 290 articles clans VaLoIooIc .le M. Christ (i>. 250) et cette liste est .Vautant plus precieuse qu elle correspond tout entière A des citations de l ouvrage. ^'ous donnons ici le tableau comparatif du nombre d'hirmus corros-
Mais un autre travail, plus utile et moins ingrat, nous sollicite et nous presse. L'érudition pure n'est pas la vocation du prêtre et du religieux. 11 a autre chose à faire dans le monde que de compter des syllabes et de peser des accents. Il lui appartient surtout d'étudier la tradition de TÉglise et sa liturgie ; or riiymnographie des Grecs est une immense littérature poétique, dont on n'a pas écrit l'histoire, et dont les patrologues eux-mêmes ne semblent pas soupçonner l'existence (1). Cette littérature est toute sacrée , cette poésie est celle de la prière , et ce chœur de Mélodes, qui chante notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, est presque tout entier formé de
pondant à chaque lettre de l'alphabet dans le livre de M. Christ et dans nos catalomies manuscrits :
Le second chiffre qui nous appartient, nous donne une certaine supériorité, mais il ne représente que des promesses encore fort aléatoires, tandis que le premier chiffre, plus modeste, qui appartient Il M. Christ représente un travail déjA fait, et fort bien fait.
(1) Fessier (7)?.vrj7?<^ patrol., 1850), Alzo<; {Hondhuch des PatroJ. 18(3()), Nirschl {Lchrbnch des Patrol. und Pairisiik, 1381), ne parlent pas plus des hymnoiiraphes que Nicolaï. In j'rofesseur de l'Université de Bonn, Jos. Langen, a publié une nouvelle monographie sur S. Jean l'amascène. (Johauues von Damaskus, Gotha, 1S79) sans rien dire de ses cantiques.
Saints. Il serait beau, dans notre Occident, d'ouvrir ces recueils liturgiques, d'en faire sortir les grandes voix de S. Romanus, de S. Germain, de S. André de Crète, de S. Jean Damascène, de S. Cosmas, de S. Théodore Studite, de S. Théophane, do tant d'autres confesseurs ou martyrs, de prier Dieu avec leurs cantiques, de leur rendre à eux-mêmes le culte dû à leurs auréoles, et d'invoquer ainsi, sur la Grèce chrétienne, le souvenir de ses anciens Rites et la protection des Saints de son Église.