ET DE LAVENIR DE LA LITTERATURE 2T
décidé qu'invoquait Mme de Staël pénétrera de plus en plus les consciences. La littérature ne sera plus alors récho des bruyantes clameurs que se renvoient les partis, ou un appel à des curiosités malsaines, divertissements de désœuvrés et de boudeurs, ou le pur culte d'une forme de plus en plus raffinée et vide : elle sera la voix d'un grand peuple qui a su accomplir chez lui l'émancipation universelle. Une vie puissante, intense, circulera en elle, celle de trente millions de citoyens enfin réconciliés et unis dans une foi commune. La monarchie a bien eu cette unité sous Louis XIV : pourquoi l'espérance en serait-elle interdite à la République, la seule héritière légitime des pouvoirs en opposition avec la raison ?
Magnifique est la tâche des jeunes gens d'aujourd'hui. L'idéal que leurs pères s'obstinaient à nourrir dans leurs cœurs soucieux, et malgré les plus amers démentis donnés par les faits, le voilà : il se lève, il apparaît, il rayonne déjà. Ce qui lui donne plus de prix encore, c'est qu'il sera une récompense : ce sont les meilleurs, les plus sages, les plus éclairés qui l'obtiendront. La République ne repose ni sur une fiction théologique, ni sur la force, ni même sur l'habileté. Elle est avant tout un sursum corda. Un peuple quelconque, surtout s'il est avili, peut vivre et même jouir sous un monarque * il faut à la République des