ET DE L'AVENIR DE LA LITTÉRATURE
fort de son temps sur les théories dites d'Aristote. Aussi a-t-il fait la plus mauvaise tragédie que l'on eût encore vue, et dans un temps où elles ne manquaient pas cependant.
Ces excentricités fastidieuses, que nul ne relève sérieusement, en imposent à quelques jeunes gens qui ont de l'encens à brûler et cherchent un dieu, et elles émoustillent les blasés de la corruption parisienne : c'est leur absinthe. Il en résulte un autre inconvénient, plus grave peut-être : c'est que la littérature, qui était autrefois une agréable récréation, commune à presque toutes les classes de la société, et que rien n'interdisait aux femmes, est à peu près complètement désertée par tout ce qui n'en vit pas. Jadis, un médecin, un avocat, un jurisconsulte, un savant, trouvaient dans la lecture des productions du jour un repos plein de charmes : par là', ils étaient soustraits à la tyrannie de leurs occupations forcées, ils rentraient dans le grand courant social, et contribuaient àformer ce grand goût public dont aucune littérature vraiment nationale ne peut se passer. Le découragement, j'allais dire le dégoût, les a pris; ils se sont -enfoncés dans leurs études spéciales, à leur grand •egret et à leur grand dommage; mais c'est encore la ittérature qui en pâtira le plus.
On se tromperait, si l'on voyait en moi un décou-
ragé, un pessimiste. C'est une grâce d'état que de trouver tout bien autour de soi, hommes et choses. Ce bonheur est accordé à peu de personnes, et elles ne sont pas d'ordinaire les plus clairvoyantes. C'est une souffrance et c'est souvent une erreur que de trouver tout mal. Il faut, sans se dissimuler les misères de l'heure présente, travailler à les diminuer d'abord, et convier son esprit au spectacle des choses qui ne sont pas encore, mais que l'espérance entrevoit. Que ceux d'entre nous qui ont assisté à cette longue nuit de l'Empire et n'ont pas perdu cœur ne se laissent point abattre par les difficultés de la tâche nouvelle. Que d'obstacles qu'on pouvait croire insurmontables sont tombés et tombent chaque jour! Ce peuple, autrefois si impressionnable, si crédule, si facile à entraîner, est devenu, soit lassitude, soit sagesse, une nation tranquille et maîtresse d'elle-même. Chaque jour, les dissidents et les perturbateurs perdent du terrain; chaque jour, l'inquiétude qui nous dévore s'apaise quelque peu. Les impatients rêvaient, exigeaient qu'un attrait irrésistible enchaînât à la République tous les cœurs ; on se contente aujourd'hui d'un mariage de raison. Il est un âge, pour les peuples comme pour les individus, où il n'en faut pas d'autre. A mesure que les dissidences se fondront dans la grande unité, l'unité nationale, ce sentiment vif et