UN POÈME
A l'âge où Ton vibre aisément, Sous une forme cadencée S'élançait ma vive pensée :
.Tétais poète à tout moment.
Aujourd'hui, vieillesse morose, Après m'avoir pris tour à tour La santé, la gaieté, l'amour, Tu me condamnes à la prose.
Quel poème que la douleur!
L'œuvre en moi s'agitait confuse...
Mais déjà s'envole la Muse :
Les cheveux blanchis lui font peur.
O raison! ô seule déesse Que je rencontre en mon chemin, Mets ta froide main dans ma main, Et fais-moi croire à la sagesse.
J'admirerai ses nobles traits, Je lui serai doux et docile :
L'arbre que rémondeur mutile Sous le fer ne se plaint jamais.
Il voit son branchage superbe, Le long du tronc humilié, Descendre, et languir à son pied Confusément épars dans l'herbe.
Elle nuisait à sa santé,
Cette opulence vagabonde :
C'est pour l'alléger qu'on l'émonde...
Mais on ne Fa point consulté.
Excessif était son feuillage
Mais, sous le splendide berceau, S'abritait le nid de l'oiseau, Et le passant trouvait ombrage.
Les biens que l'âge nous ravit N'étaient qu'illusions légères, Essaim de menteuses chimères....
Mais le regret toujours les suit.
Elles vont dans l'espace immense Et se perdent à l'horizon ;
Vers moi s'avance la raison :
Salut, fille de l'impuissance!