‹ Poètes et poésiesChapitre 35 sur 45 · SURSUM · texte numérisé non relu

SURSUM

'orage avait tonné de la nuit à l'aurore; 'ans tous mes nerfs courait un vague ébranlement, omme un luth que l'archet a touché vibre encore. ur le marbre posé, d'un long tressaillement.

[uoi! ce n'est pas assez que l'âme soit atteinte! I faut de son côté que le corps souffre aussi, >ue cette vile chair élève aussi sa plainte It ne me laisse pas savourer mon souci!

)e mon lit arraché par l'insomnie ardente, 'interrogeais le morne et fétide horizon, )ù les toits se dressaient dans la brume flottante, lomme de noirs geôliers au seuil d'une prison.

Jn air tout imprégné d'odeurs nauséabondes, )e détritus sans nom que la pluie a noyés, l'étouffait, et là-haut, en troupes vagabondes, ^es nuages glissaient dans les cieux ressuyés.

,e jour naissait a peine. 11 me vint la pensée, )u plutôt je fus pris du besoin le plus fou

2j8 VERS ÉLÉGIAQUES ET PHILOSOPHIQUES

De voir des champs, des bois, des oiseaux, la rosée, Et je quittai la ville, allant sans savoir où.

Le bois était désert; les sveltes caravanes D'amazones dormaient encor leur doux sommeil; A peine, à l'orient, des vapeurs diaphanes [meil

Aux premiers feux du jour s'enflammaient d'or ver

Les bouleaux, où frémit la brise matinale, Ondulaient, gracieux en leurs balancements, Et les pleurs de la nuit, de leur feuillage pâle Secoués, retombaient avec des bruits charmants.

Les senteurs qui montaient des herbes inclinées Faisaient flotter dans Pair un vague enivrement. Rameaux des bois, oiseaux, insectes, graminées, Tout semblait se chercher pour un embrassement.

Et moi, moi dont la route est par l'ombre envahie. Moi qui, déjà courbé, me traîne en mon chemin, re sentais s'alléger le fardeau de la vie, Que soulevait d'en haut une invisible main.

C'est la tienne, Seigneur! ta droite secourable, Qui fait ployer le chêne et soutient le roseau, Qui fait flotter le nid aux branches de l'érable, Et les baisers sans fin au-dessus du berceau.

Ces bois mystérieux, c'est toi qui les animes, Toi qui fais dans le sol germer les sucs mouvants, Qui baignes dans l'air pur les rayonnantes cimes, Qui fais courir la vie en l'haleine des vents.

Cette paix des hauteurs qui pénètre dans l'âme, C'est de toi qu'elle vient; quelle aille donc vers toi! N'est-ce pas toi, Seigneur, que tout être réclame, Dans ce vide infini que chacun porte en soi?

Le silence est ta voix : Il faut que tout se taise, Dès qu'elle arrive à nous, la parole d'en haut. La tempête aux clameurs effrayantes s'apaise, Quand un rayon du ciel vient caresser le flot.

L'encens, d'abord fumée, en vapeur plus légère Vole et s'évanouit aux voûtes du saint lieu : Les cris désespérés qui montent de la terre Arrivent en soupirs à l'oreille de Dieu.

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