‹ Poètes et poésiesChapitre 37 sur 45 · EN TÈTE DU LIVRE « LA POÉSIE · texte numérisé non relu

EN TÈTE DU LIVRE « LA POÉSIE

A madame L. G.

Comme un rayon furtif qui sur la plaine Glisse et caresse, en s'enfuyant, les yeux, Ainsi le son de la parole humaine Vibre et s'éteint dans les airs oublieux.

Pourquoi vouloir en des pages glacées Rendre la vie aux choses d'autrefois ?

Reviendrez-vous, émotions passées, Aux cœurs légers que fit battre ma voix ?

L'homme est ainsi. Dans le temps, dans l'espace Déserts sans borne et que Dieu seul remplit, Etre d'un jour, il veut laisser sa trace, Qu'un pli mouvant du sable ensevelit.

<.fi

Il est une heure indécise, incertaine, Où le jour meurt sans que vienne la nuit ; Dans l'atmosphère une rumeur lointaine Apporte encor comme un écho qui fuit, Et des objets la forme vague et vaine S'évanouit.

Il est un âge, âge crépusculaire, Est-ce l'automne ? Est-ce l'hiver déjà ? L'œil voit encor, mais pâle est sa lumière ; La voix n'a plus le son qui captiva, Et des désirs la cohorte légère Du cœur s'en va.

Il est un âge où les jeunes pensées, Qui mesuraient leur vol aux vastes deux, Sur le dur sol retombent affaissées ; Il est un âge où l'homme, jugeant mieux, Pour ne plus voir les chimères passées Ferme les yeux.

Page 1