JULIETTE LAMBER
Paris, ly avril iS8i,
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INTRODUCTION
Lorsqu^on parle des Grecs de nos jours, de leurs ambitions nationales, lorsqu^on cherche à faire valoir, devant Topinion de TOccident, la légitiniité de leurs infatigables revendications au sujet des provinces grecques, que domine encore le Croissant, tout le monde vous arrête.
Les hommes politiques à larges vues comprennent l'intérêt de premier ordre qu'il y aurait à créer
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dans le bassin de la Méditerranée^ un État fort, énergique et jeune, qui, dans la liquidation ottomane, pourrait prendre sa large part, et, dans un temps, plus ou moins rapproché, occuper Constantinople et les détroits du Bosphore,, sans inquiéter au même degré que l'Autriche et la Russie. Aussi leurs sympathies sontelles naturellement acquises à la Grèce ; sor agrandissement leur semble commandé par la plus haute prévoyance, et c'est ce pays qui, à leurs yeux, est destiné à fournir la base de la solution de la question d'Orient.
L'Autriche arrêtée du côté de l'Orient, serait obligée d'être plus attentive du côté de Berlin et de l'Allemagne. Le Turc expulsé de TEurope, et remplacé par une
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INTRODUCTION
nation chrétienne qni ne saurait porter ombrage à Saint-Pétersbourg, amènerait forcément la politique étrangère de la Russie à veiller sur la Vistule avec un soin plus jaloux.
Il n'est pas nécessaire d'insister sur ce point pour démontrer les raisons qui peuvent déterminer les patriotes français vraiment prévoyants à prendre parti dans les choses grecques, à prêter tout leur appui à la nationalité renaissante des Hellènes.
Quant à ceux qui rie se laissent pas séduire par des visées aussi grandes, et dont TindifFérence ne serait susceptible d'être ébranlée que par les souvenirs de la Grèce d'Homère, de Phidias, d'Hérodote et de Périclès, qu'ils ont puisés dans
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INTRODUCTION
leurs études classiques, lorsqu'on leur parle de faire' des vœux pour la Grèce, ils posent immédiatement cette question : « Mais les Grecs, auxquels vous nous demandez de nous intéresser, sont-ce bien les descendants de cette nation de génie qui nous a ouvert toutes les voies de l'esprit, dont l'héroïsme, le courage, le patriotisme provoquèrent l'admiration, à qui, par Platon ou par Aristote, la pensée occidentale doit tout ; ne sont-ce pas les enfants dégénérés d'ancêtres illustres ; seraient-ils à m'ême de tenir dans une position politique le rang que l'Europe pourrait leur concéder? » Sur ce qui est d'ordre politique, économique, nous laissons à d'autres le soin de répondre, et la réponse leur est facile. Quant à nous, il
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INTRODUCTION
nous suffira d'étudier la partie de la littérature grecque qui comprend la poésie, et nous pensons qu'après nos citations empruntées à un petit nombre de poètes, si l'on veut tenir compte de la pression exercée par les circonstances, il sera impossible de supposer actuellement sur le sol de la Grèce une race différente • de celle qui l'habitait il y a deux mille ans.
Nous disons qu'il faut tenir compte de la pression des circonstances, et, en effet, quel profond changement nos défaites n'ont-elles pas produit dans le moral de la France? Auparavant, le goût du bien-être, du plaisir, du luxe, un laisser-aller presque universel, et ce qu'on peut appeler l'appétit des jouissances matérielles. Aujourd'hui le même
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INTRODUCTION
laisser-aller, le même goût, ne sont pas complètement modifiés, mais un œil attentif remarque bientôt qu'ils existent seulement à la surface. On sent au-dessous un irrésistible courant d'austérités qui ne fera que grossir et qui portera une génération nouvelle au rivage, le jour où la génération de l'empire aura fatalement sombré.
Or^ si l'intervention étrangère, qui n'a duré chez nous qu'une année, a produit un pareil effet, qu'on juge de ce qu'elle a dû laisser en Grèce, où elle a duré plus de quatre siècles. En France, si odieuse que fût la conquête, elle a été relativement douce ; chez les Grecs elle a revêtu toutes les formes de la barbarie ; elle a été l'extermination érigée en système ; elle y a tout écrasé, tout étouffé,
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INTRODUCTION vu
comme la lourde roue du char passant et repassant sur le même gazon. Pendant ces longs siècles, la Grèce n'a pas été foulée seulement dans son amour-propre national, dans l'orgueil de son glorieux passé, dans son indépendance politique, dans l'expansion de ses sentiments et de son intelligence ; tout lui fut enlevé ; elle devint la chose du musulman, soumise à ses moindres caprices. Le vainqueur poursuivit inexorablement toutes les manifestations de vie pour les comprimer, pour les détruire.
Sous la domination barbare de leurs maîtres, les Grecs n'avaient pas même le refuge de la famille. Sans forme de loi, par la seule volonté d'un musulman, ils pouvaient être égorgés, vendus comme esclaves, dépouillés de leurs biens; on s'em-
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vin INTROD.UCTION
parait de leurs enfants, les femmes étaient déshonorées.
Quel peuple aurait survécu à de pareilles calamités ? Avant l'irruption des Turcs, combien de peuples existaient en Egypte, en Syrie, en Asie Mineure, dans le plus grand nombre des provinces de la Turquie d'Europe, dont on ne retrouve plus que des traces effacées, et combien qui prétendent descendre de nations antérieures avec lesquels ils présentent à peine quelques lointains rapports !
La Grèce, au contraire, même après des vicissitudes et des épreuves sans cesse renouvelées, a conservé la verdeur, la puissance et la sève de la souche d'où elle est sortie.
De même une forêt dont les arbres sont sans cesse frappés par la hache du bûcheron, où les troupeaux dévo-
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rent les jeunes tiges qui s'élancent vivaces des racines ; une circonstance fortuite met-elle Tâme de ces pousses à l'abri de la destruction par les animaux ou par les hommes, on les voit grandir, devenir jeunes arbres, et revivifier l'essence de l'antique forêt qui avait fait l'admiration des yeux.
Nous pourrions donner de nombreux exemples qui démontrent la vérité de ce nous venons de dire.
Nous nous contenterons de quelques faits ayant un caractère général.
Un peu plus d'un siècle après leur conquête, les Turcs s'aperçoivent que leurs provinces tributaires d'Europe, gouvernées par des chrétiens, arrivent à un certain degré de prospérité, rendent davantage à l'impôt, s'enrichissent. Voilà donc un
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débouché offert aux vaincus. Qui en profite ? La Grèce. Le Phanar se remplit de ses fils, et elle fournit à la Porte des administrateurs du plus grand mérite, des conseillers de premier ordre.
Sorti de sa période de destruction systématique, le gouvernement ottoman accorde quelque liberté au commerce. Les Grecs s'en emparent ; on rencontre leurs vaisseaux dans tous les ports de la Méditerranée, Ils ont presque le monopole de la navigation commerciale dans tout l'empire ; le trafic de l'argent se concentre dans leurs mains, et, par leur intelligence, par leur habileté, de nombreuses familles grecques amassent des fortunes qu'elles savent conserver. Le Phanar s'enrichit, s'instruit ; de là partent et là reviennent les jeunes
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INTRODUCTION
Grecs qui vont étudier en Europe.
Dans les villes maritimes, le commerce grec prospérait. Mais pour les hommes de l'intérieur, nulle issue que la montagne. La montagne, c'est-à-dire ce que dans les pays organisés on appelle le brigandage, ce que le monde officiel, dans toutes les Capitales, nomme la rébellion.
La montagne, pour les Grecs, était l'indépendance, la continuation de la lutte nationale, la guerre sans merci au conquérant dont on n'acceptait pas le joug. Ce qui s'est dépensé d'héroïsme, de courage, d'opiniâtreté indomptable dans les combats que, pendant des siècles, les Klephtes livrèrent aux musulmans, on ne le saura jamais. Les gorges des montagnes, les rochers et les forêts ont gardé le secret de la plupart des
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spectacles dont ils ont été les témoins.
Les chants transmis de génération en génération ont seuls conservé la mémoire de quelques-uns.
Ce que ces chants, composés sur place et d'un souffle poétique puissant reflètent, c'est un tel amour de la patrie, une telle haine de l'étranger, un tel orgueil de la liberté, un tel mépris de la mort, non seulement dans la bataille, mais sous la main des bourreaux, qu'on ne fera jamais au Klephte l'injure de le comparer au bandit espagnol ou italien, qui, dans les Abruzzes ou dans les pays basques, a lutté contre des gouvernements établis.
Les Grecs eussent fait œuvre patriotique en recueillant leurs anciennes poésies klephtiques. Qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est point à
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INTRODUCTION xiii
Athènes, c'est dans les montagnes de rÉpire et. de la Thessalie que se trouve le point de suture entre la Grèce antique et la Grèce d'aujourd'hui ; c'est dans ces chants que toute la Grèce byzantine, — c'est-à-dire la Grèce d'Homère et de Périclès, arrivée aux derniers confins de la pensée abstraite, — se ramassa après avoir été frappée au cœur par le musulman; c'est à ces sources, qui sont les plus proches et les plus vives, qu'elle doit s'abreuver.
La Grèce contemporaine, si elle tient à recouvrer toute les qualités intellectuelles et morales qui ont fait la gloire de la Grèce ancienne, doit revivre dans l'héroïsme des Klephtes, doit retourner dans les montagnes de la Thessalie, de l'Épire et de la Macédoine, pour en repartir et con-
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XIV INTRODUCTION
tinuer jusqu'au bout les destinées de la race hellénique.
Ce que nous conseillons ici, l'esprit politique aurait dû, depuis longtemps, conseiller à la Grèce de l'entreprendre. Nul n'a le droit de laisser périr dans le souvenir des hommes le nom des héros qui ont combattu pour la patrie.... comme l'ont fait les montagnards de la Grèce. Ceux qui ont bénéficié de ces luttes gigantesques en ont le devoir. Un peuple qui honore le passé dans ce qu'il a d'héroïque prépare l'avenir digne du passé. Et puis, les poésies klephtiques n'ont pas été toutes composées sur le territoire de la Grèce actuelle. Beaucoup l'ont été dans les contrées qui gémissent encore sous la domination ottomane, et que les Grecs, avec juste raison,
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INTRODUCTION
réclament aujourd'hui. Il y a là des papiers de famille à rassembler, à porter au jour, à faire valoir. Qui sait quelles sympathies puissantes en seraient la conséquence ? Ne serait-ce pas un moyen de dissiper les ténèbres que la Porte s'est efforcée d'amasser entre les populations grecques qui lui restent soumises et la Grèce indépendante ?
Les esprits éclairés de rAlbanie,de la Thessalie, de TÉpire, verraient-ils sans tressaillement les héros dont ils se glorifient placés par la Grèce contemporaine dans le Panthéon des grands hommes de la race hellénique ?
XVI INTRODUCTION
Les pages qui précèdent nous dépeignent le mouvement de réminiscence de la Grèce physique, — qu'on nous pardonne ce mot emprunté à la science. — Quoique sous le talon du vainqueur, écrasée, saignante, les chairs en lambeaux, les os rompus, elle n'est pas morte et ne veut pas mourir ; elle profite, pour passer, du plus petit interstice qu'on lui laisse, du moindre répit pour se refaire, pour revivre, pour se relever, retrouvant, à mesure que la facilité lui en est donnée, les aptitudes que l'antiquité s'est plu à reconnaître à la race hellénique, le commerce par la marine et l'échange, le gouvernement par les
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conseillers phanariotes et les hospodars des provinces chrétiennes, l'héroïsme des Thermopyles avec les Klephtes. Dans l'histoire des hommes, il n'y a peut-être pas d'exemple plus grand de la vitalité d'un peuple.
Si, dans ses arrêts, le destin n'avait pas voulu la chute de l'empire ottoman ; si les Turcs avaient été susceptibles de s'assimiler les nations conquises, ou, pour le moins, d'utiliser leurs facultés, à l'heure présente leur domination aurait encore une véritable puissance, et leur empire, au lieu de s'être morcelé, posséderait une force de résistance invincible. Mais il est bon d'ajouter qu'en ce cas, le gouvernement aurait graduellement passé aux mains des Grecs, et que l'ancien empire de
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Byzance se serait reformé de luimême sous la raison sociale turque :
comme la Chine conquise a reconquis les Tartares, qui s'étaient emparés d'elle ; comme la Gaule s'est retrouvée et refaite sous les Francs ; comme les Anglo-Saxons ont peu à peu fini par submerger les compagnons de Guillaume le Conquérant.
Les Grecs avaient toute la capacité nécessaire pour la reconstruction en sous-œuvre de Tempire de Byzance : la patience, qui aurait été indispensable, est une de leurs vertus capitales ; et, sans appeler en témoignage l'influence qu'eurent les Phanariotes sur l'administra tion de la Porte, il suffit de voir ce qu'en moins de quarante ans ils ont su faire de la Grèce actuelle. Tout était à créer de toutes pièces, et il a fallu
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improviser en quelques années, sans la moindre préparation, des services publics, dont les autres pays, depuis des siècles, recherchent et conquièrent les bienfaits.
Si toutes ces tentatives de la Grèce actuelle pour jouir de l'existence politique et sociale sont intéressantes à observer, combien davantage le serait une étude complète des manifestations de sa vie intellectuelle ! Notre aperçu, quoique fait à la hâte, sur les diverses écoles dans lesquelles se répartissent ses poètes actuels pourra en fournir une idée. Mais quel livre instructif, si M. Taine ou M. Herbert Spencer s'avisaient jamais d'étudier les œuvres d'esprit de la Grèce contemporaine, de mettre en lumière les lois psychologiques et sociologiques qui y ont présidé. Leur
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XX INTRODUCTION
doctrine, que les écrits d'un temps ou d'une génération sont indirectement inspirés par le milieu ou par les circonstances, trouverait certainement, dans la Grèce d'aujourd'hui, une occasion unique de se montrer dans ce qu'elle a de profondément vrai ; car là ils auraient des arguments irréfutables, indéniables, et tous seraient forcés, par l'évidence, d'accepter leurs conclusions.
L'esprit d'un peuple, à quelque époque de son histoire qu'il soit étudié, est toujours identique à luimême ; il varie seulement dans ses tendances, selon qu'il est engagé dans une direction ou dans une autre. Le développement donné par le bien-être, par la paix, lui procure l'épanouissement, le fini de la perception, qu'il n'avait pas à sa nais-
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INTRODUCTION
sance. Sa langue s'augmente graduellement de la somme des faits et des idées au milieu desquels il se meut ou sur lesquels il opère ; il hausse, pour ainsi dire, sa vue, et il retend. Il possède, à mesure, des jouissances et des connaissances plus larges ; mais, au fond, son caractère ne change jamais. C'est le gland primitif qui renferme le chêne séculaire^ ou plutôt, toutes les prétendues variations du caractère d'un peuple ne sont que les oscillations d'un pendule autour d'un centre de gravité qui ne subit aucun déplacement.
La perfection des œuvres intellectuelles de la vieille Grèce n'est plus à reconnaître. Personne qui ne la proclame. Dans toutes les sphères d'activité de l'esprit, les anciens Grecs étaient parvenus au grand et
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au vrai, et, chez eux, le monde de l'idée avait atteint ses dernières limites. Mais lorsque, entraînée à la suite de Platon dans les hauteurs de l'idéalisme, égarée avec Técole d'Alexandrie dans toutes les croyances religieuses d'origine égyptienne ou asiatique, convertie à une religion qu'elle se fit le devoir de s'assimiler, la Grèce tomba dans ce que, faute de savoir comprendre, on appela, d'un terme de mépris, le byzantinisme, elle paya cher son aveuglement.
Tandis qu'elle se plongeait dans des discussions philosophico - théologiques, et que, semblable à l'astrologue de la fable, elle regardait aux étoiles, sans voir l'abîme sous ses pieds, ses armées étaient battues, Constantinople prise, l'empire de Byzance détruit. Non seulement tous
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ses progrès politiques, économiques, sociaux, furent anéantis par le cyclone ottoman, mais rien ne subsista plus de toutes ses conquêtes d'ordre intellectuel ; elle fut, pour ainsi dire, dépouillée de sa vie civile, politique, morale, et refoulée jusque dans son embryon.
Pendant des siècles, l'esprit de l'ancienne Grèce dut presque exclusivement borner son activité aux exigences de la conservation personnelle ; le pain quotidien, le faible pécule amassé, les enfants qu'on pouvait enlever pour le sérail ou le corps des janissaires, l'honneur de la femme, l'existence du lendemain, voilà les soins qui. l'absorbaient tout entière. L'exercice de la pensée dans le vaste domaine de la spéculation philosophique se perdit, on oublia
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INTRODUCTION
tout ce qu'il y avait découvert. Les traditions littéraires , scientifiques , artistiques, capital amassé par les ancêtres et sur lequel auraient dû vivre les descendants pour l'augmenter, furent dispersées. On oublia jusqu'à cette belle langue si claire, si parfaite, si facile à l'expression de ridée et des choses, qui n'était pas seulement la langue écrite, mais la langue parlée. Qu'on se rappelle à ce sujet les grandes qualités de purisme que les meilleurs écrivains du temps de Périclès se plaisaient à reconnaître chez les marchandes de légumes d'Athènes. «
La destruction avait donc été complète dans les faits extérieurs et dans les esprits. Il fallut réapprendre à marcher, à parler, à voir, à comprendre, à reconstruire, à revivre, à réédifier.
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Quel plus beau champ, à la fois d'expérience et d'observation, pour M. Taine et M. Herbert Spencer, que cette Grèce moderne et contemporaine renaissant des débris pulvérisés de l'ancienne? Avoir un peuple sans mélange, dont on connaît à fond par l'antiquité les mœurs et le caractère ; dont les lois d'après lesquelles procède son esprit sont attestées par les travaux de ses aïeux; dont la vitalité est si puissante qu'inconsciemment, et malgré les obstacles, mû comme par une force secrète, il recommence à marcher dès qu'il cesse d'être enchaîné ; avec ce peuple sous les yeux, pouvoir suivre ses moindres œuvres intellectuelles, se rendre compte des conditions où elles se sont produites, des raisons qui leur ont imprimé un
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XXVI INTRODUCTION
caractère particulier, de ce qui a pu faire que, malgré tel point de départ qui aurait dû les engager dans une direction prévue, certaines ont pris une direction tout opposée. Avec des éléments semblables, il y aurait la possibilité d'établir d'une façon évidente la théorie de l'influence des circonstances et des milieux, beaucoup plus nettement qu'avec cet amalgame des quatre ou cinq races distinctes qu'on nomme le peuple anglais, comme Fa fait M. Taine, ou qu'avec les déductions laborieusement échafaudées de M. Herbert Spencer.
Pour la facilité de notre étude, nous avons classé les poètes de la Grèce contemporaine en quatre écoles.
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Nous avons plutôt essayé de poser cette question de l'influence des circonstances et des milieux que prétendu à l'exposer dans son ensemble. Qu'on n'aille pas croire, néanmoins, quant à notre classification, qu'elle soit arbitraire.
Elle est indiquée elle-même par les faits les plus précis. Un travail semblable à celui que nous avons fait sur l'esprit poétique de la Grèce actuelle, pourrait être entrepris avec les mêmes résultats dans tous les autres champs dé son activité intellectuelle. Mais il suffira tout d'abord, nous le croyons, pour démontrer avec quelle malléabilité l'intelligence de la Grèce s'est laissé pétrir par les circonstances, avec quelle souplesse elle a su se plier aux contraintes des milieux, avec quelle fidélité elle a pu
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INTRODUCTION
prendre et conserver des empreintes, il suffira , disons-nous, de connaître ses œuvres poétiques. Par elles, on pourrait décrire presque immédiatement le milieu dans lequel elles ont surgi, et deviner quelles étaient les circonstances qui existaient au moment de leur production. Un aperçu général sur les conditions des quatre écoles poétiques de la Grèce contemporaine nous permettra de placer cette vérité en pleine lumière.
Nous classerons ces écoles dans l'ordre suivant: École Ionienne, École de Constantinople, École d'Athènes, École Épirote.
Les îles Ioniennes sont la partie de la Grèce qui a été le moins foulée
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INTRODUCTION
par l'étranger, celle par conséquent où la race a eu le moins à souffrir dans ses instincts géniaux et son originalité. Jamais le musulman n'est parvenu à mettre la main sur elles.
Il est vrai qu'elles ne se sont point appartenues. Avant de passer sous la dépendance de l'Angleterre, jusqu'au commencement de ce siècle, elles avaient vécu sous celle de Venise ; mais une pareille domination ne saurait se comparer dans ses effets à celle delà Porte. Leurs habitants, au milieu des malheurs sans nombre qui accablèrent tous les enfants de la Grèce, furent donc privilégiés, et il n'est pas besoin de dire que, dans une renaissance poétique, ils de- • valent avoir moins de chemin à faire que les autres pour revenir a ux qualités primordiales de l'esprit hellénique.
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Effectivement, que remarque-t-on?
C'est que les îles Ioniennes ont fourni les poètes les plus puissants et les plus vigoureux de la Grèce contemporaine, ceux qui se sont le plus rapprochés des poètes de l'ancienne Grèce. Fait bien significatif, en outre, presque tous ont été réfractaires au langage académique, décrété par rUniversité d'Athènes, et imposé par elle dans ses concours poétiques, et se sont fait une loi et un devoir d'exprimer dans la langue usuelle les sentiments qu'ils éprouvaient. C'est sur le sol de l'Ionie qu'ont vécu les deux plus grands poètes grecs d'aujourd'hui, Solomos et Valaoritis; si lorsque nous en parlons au cours de notre étude, nous avons cru devoir' séparer Valaoritis de l'école ionienne, c'est qu'en réalité il s'en sépare lui-
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INTRODUCTION
même, tant il a dédaigné l'emploi du dialecte local particulier aux îles Ioniennes, et celui de la langue universitaire, et tant il a cherché dans une langue commune à tout le peuple grec, depuis TÉpire jusqu'à la Thessalie, jusqu'au Péloponèse et aux îles, à être l'organe de la Grèce entière, et à continuer le courant poétique inauguré par les chants klephtiques.
Sans doute, on peut objecter qu'avant Tannexion, et même au temps de l'annexion, les familles riches des îles Ioniennes avaient l'habitude d'envoyer leurs enfants s'instruire en Italie, que dans cette fréquentation les mœurs, la langue, les modes italiennes s'implantèrent, que beaucoup de poètes écrivirent leurs vers en Italie; mais ces imitations ne furent que de surface. Ce n'était
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INTRODUCTION
qu'une enveloppe légère, que le moindre souffle devait soulever. Il est facile d'en avoir la preuve. Que les poètes ioniens aient écrit en italien, ou dans le dialecte local, ou, comme Kalvos, en grec correct, ou dans cette langue entendue de tout le peuple de la Grèce, et dont nous venons de parler à propos de Valaoritis, ce que Ton constate chez tous dans leurs pensées et dans leurs sentiments, c'est quelque chose de cette précision, de cette énergie, de ce souffle héroïque, de ce naturel, et, dans le naturel, de cette élévation qui caractérisent au suprême degré les poésies de l'ancienne Grèce .
Avec l'école de Contantinople, on se trouve dans des conditions tout à fait différentes. Le joug du Croissant est cruel. On est avec des gens dont le
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INTRODUCTION xxxin
caractère a été rompu et qui ont perdu en grande partie Toriginalité première du tempérament hellénique. Pour n'être pas broyé par Touragan d'arbitraire et de férocité qui se déchaîne durant de si longues années sur les contrées asservies, pour arriver à Tinlluence et la conserver, pour acquérir de la fortune et en pouvoir jouir sans trop de danger, pour mettre simplement son foyer à Tabri de toute violence, le Grec dut se faire souple, bien souple, de la dernière souplesse, puisqu'il s'agissait de plaire à des hommes d'une autre race, d'un génie tout inverse du sien, d'entrer dans leur esprit, et de s'y maintenir en faveur.
Il leur était interdit de garder les moindres qualités civiles. Même en possession d'une véritable puissance et au milieu des richesses un Grec
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XXXIV INTRODUCTION
de devait jamais s'enorgueillir et se targuer d'indépendance. Un regard du grand-vizir, ou même moins, et les honneurs, lesrichessesdisparaissaient.
La vie même était en danger. Au surplus, le dernier des vainqueurs avait tous les droits contre le giaour, qu'il fût dignitaire, favori ou simple particulier .
Dans ces conditions, on devine ce que pouvait être l'école de Constantinople, c'est-à-dire le poète grec de l'empire ottoman. La poésie pouvaitelle y être énergique, ferme, nette, d'une envergure large? Non. Elle n'est ainsi que chez les poètes d'une âme aguerrie, d'un esprit doué de fierté, et aucun poète de ce genre ne pouvait alors exister à Constantinople. Du reste, s'il s'était produit une exception, son évolution eût été
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INTRODUCTION
immédiatement arrêtée, il n'aurait pu rencontrer de lecteurs, et, dès les premiers vers, il aurait encouru la vengeance du gouvernement ottoman.
Quel caractère cette poésie revêt-elle 4pnc ? Elle est le plus souvent aimable -, c'est la poésie de ceux qui s'abandonnent au charme de l'oubli, chez lesquels l'impulsion morale et intellectuelle manque de force ou est arrivée à épuisement. Elle chante Tamour et le vin, ce qui étourdit, ce qui rend le présent supportable, efface les soucis de la veille et ferme les yeux à ceux du lendemain. Le poète n'aborde pas à sa discrétion le sujet qu'il lui plairait de choisir :
ce Je voulais chanter la guerre de Troie, dit Anacréon dans une de ses odes, mais ma lyre ne résonne que pour l'amour. »
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XXXVI INTRODUCTION
Lorsque la poésie de l'école de Constantinople n'est pas anacréontique comme avec Christopoulos, elle est tristement ironique, comme dans V Enlèvement de la Dinde ^ ou traversée d'une sombre amertume, d'un désespoir caché, comme chez Tantalidès.
On sent que, par eux-mêmes ou par leurs maîtres, ces conteurs ont eu le cœur étreint sous la main du Turc, qu'ils ne jouissent pas de cette paix intérieure, de cette assiette intellectuelle que donne un avenir riant ou triste, peu importe, mais un avenir devant soi, et vers lequel on peut marcher. Chez tous, on observe ces douleurs muettes, ce découragement secret, ce vide particulier aux proscrits. Et, en effet, quïls habitassent le sol natal ou l'étranger, dans les deux cas,
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INTRODUCTION
n'étaient-ils pas proscrits ? La patrie qu'ils concevaient, qu'ils désiraient, ne leur manquait-elle point?
Un autre caractère de Técole de Constantinople, et qui s'explique aussi aisément que les précédents, est sa tendance marquée à l'imitation des œuvres étrangères. Quand la compression a pesé trop longtemps sur l'âme des hommes, elle finit par détruire cette force intime qui fait qu'on est soi, qu'on pense et qu'on sent par soi-même; par conséquent, si l'on tient une plume, qu'on a par hasard quelque chose de personnel à exprimer ; s'il subsiste quelque inspiration, elle est sans nul essor; si elle s'élève, c'est à la façon du lierre, en s'accrochant à un soutien et en se hissant de branche en branche jusqu'à la cîme. Il n'est pas
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xxxvm INTRODUCTION
surprenant que les poètes de l'école de Gonstantinople aient subi Tinfluence étrangère, qu'ils se soient complu à traduire les œuvres du dehors et à les imiter. Nous retrouvons cependant chez eux le patriotisme ardent, aveugle, exclusif, qui était comme la marque distinctive des Grecs de l'antiquité, qui leur faisait qualifier de barbares tous les hommes, même lés plus civilisés, n'appartenant point à la race hellénique.
On n'imitait d'ailleurs, à Gonstantinople, que les poètes des peuples sur lesquels on pouvait fonder quelque espérance d'appui pour l'indépendance de la Grèce.
Gette tendance à l'imitatidn étran^ gère, demi-naïve dans l'école de Gonstantinople, devient une passion déclarée dans l'école d'Athènes. Les
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INTRODUCTION xxxix
poètes de l'école ionienne, qu^ils écrivissent ou non dans leur langue, restaient Grecs, ceux de l'école de Constantînople pastichaient. Quant aux poètes de l'école d'AtJiènes, non seulement pour la plupart ils sont capables d^écrire en langue étrangère, mais ils sont si bien imbus des idées, des sentiments, du faire, de rinspiration des poètes étrangers qu'on croirait vraiment qu'ils n'en ont point d'autres. Ils ne pensent^ ne composent, ne sentent en rien comme des Grecs ayant le génie grec pourraient composer, sentir et penser. Dans la majeure partie de leurs poésies on Voit à chaque instant passer un bout de l'aile de Lamartine, de Victor Hugo, de Byron, de Musset, etc. Ils sont allés, sinon jusqu'à s'inoculer la ma-
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INTRODUCTION
la die du siècle, au moins jusqu'à paraître en souffrir dans leurs vers, comme s'ils en étaient réellement atteints. Ce sont des poètes occidentaux de nationalité hellénique, qui ont publié des poésies en grec.
Un pareil fait littéraire est fort simple. Cette école a été formée, au début, de Grecs dont la vie presque tout entière s'était écoulée en Occident, qui y avaient été élevés, qui y avaient fait leurs études. Bien accueillis dans la société où le philhellénisme était en faveur, ils avaient fini par regarder le pays où ils vivaient, — généralement la France ou l'Allemagne, — comme une patrie d'adoption, et par se faire à ses mœurs ^ à son esprit, à ses institutions, à ses lois, à sa littérature, au point de ne rien supposer
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INTRODUCTION xu
de meilleur. On a pu le voir lorsque,- après la guerre de Tindépendance, il s'est agi d'organiser le nouveau royaume. On n'y établit rien qui fût propre à la Grèce, qui fût inspiré de l'esprit grec. Législation, service public, administration, tout a été importé en bloc de l'Occident. La même raison qui amena les Grecs à modeler l'organisation de leur Gouvernement sur celui de la France leur fit tout naturellement accepter comme modèle l'inspiration poétique de l'Occident. Ils croyaient de la sorte se montrer « civilisés » . Au surplus, en ce qui concerne la poésie, l'inspiration occidentale était représentée par des Grecs de haute intelligence, en pleine maturité d'esprit, pour la plupart doublés d'hommes politiques à qui l'on devait l'indépendance de la
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3ELII INTRODUCTION
patrie, et dont on ne pouvait discuter les conseils.
Que cette école d'Athènes ait pu se créer, on l'admet sans peine; ce fut d'abord une troupe de cygnes longtemps dispersés qui revenaient au pays d'origine. Qu'elle ait pu durer jusqu'aujourd'hui, cela s'explique un peu par le prestige des premiers fondateurs, dont l'action dirigeante dut forcément s'exercer sur la nouvelle génération, un peu encore par l'engouement occidental, que le désir d'arracher au joug ottoman les autres provinces grecques continue d'alimenter. Mais il est permis d'affirmer que, sans l'appui de l'Université d'Athènes imposant une langue morte aux jeunes poètes, il se serait déterminé, dans les trente premières années de l'indépendance, un courant
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INTRODUCTION XLin
poétique nouveau, absolument autochtone, dont le résultat eût été de rendre les poètes de l'école d'Athènes aussi démodés que peuvent l'être nos anciens classiques de 1820 à 1848. L'influence de TUniversité en cette circonstance a été pernicieuse.
Si l'esprit hellénique en est à ses premiers pas; si la Grèce n'a pas de littérature vraiment nationale; si la patrie intellectuelle n'est point délivrée de l'invasion étrangère, en d'autres termes, si la libre exprès* sion du génie grec renaissant est encore à conquérir, c'est l'Université qui en est coupable ; sans la barrière qu'elle y mit, sans la guerre sourde qu'elle fit à la poésie spontanée, en admettant à ses concours les vers écrits dans la langue qu'elle préconisait, sans le pri-
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XLiv INTRODUCTION
vilège des couronnes qu'elle accorda à une sorte de poésie officielle, l'esprit ethnique, toujours plus lent à s'affirmer dans la prose, aurait pu se donner libre carrière avec les muses, et préparer ainsi l'enfantement d'une littérature essentiellement grecque.
Si l'Université ne jouissait pas dans toute la Grèce d'un prestige qu'on subit et qu'on ose à peine discuter, si le public qui lit et qui juge, qui a une opinion par lui-même et qui la soutient, avait en Grèce l'influence qu'il a en France, l'action universitaire serait moins dangereuse; on rechercherait moins ses suffi-ages et ses' récompenses; on n'aurait pas besoin d'être sacré poète par elle pour en être un; ses prix ou ses mentions seraient comme ceux
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INTRODUCTION XLV
de notre Académie française, qui n'ajoutent rien à la valeur d'un auteur si le public lui en accorde une, et qui, s'il ne lui en accorde point, ne sauraient lui en donner.
Avec l'école épirote, qui mériterait plutôt le nom d'école nationale, on se trouve dans de tout autres circonstances qu'avec les écoles ioniennes, de Constantinople et d'Athènes. Dans celles-là, l'étranger apparaît: il leur a plus ou moins inculqué son inspiration, ses sentiments, ses idées, ou une terreur dissolvante, et leurs productions ont ainsi plus ou moins perdu le caractère hellénique qu'elles devaient tenir de leur origine. Dans l'école épirote, au contraire, si on rencontre également l'étranger, d'abord il n'est représenté que par le musulman ; en-
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suite, point capital ! il est à côté, il n'a pas pénétré en elle, il n'est pas dans sa voie, il n'a pas asservi ou corrompu son âme, il n'a rien conquis de ce qui lui appartient, son action est restée tout externe. Gomme il avait chassé la Grèce indépendante des basses terres, des villes, ne lui laissant que leis rochers et les forêts inexpugnables des montagnes, il a refoulé l'esprit grec de tous les développements qu'il avait pris dans le monde des arts et de l'idée, et l'a réduit à ses éléments intellectuels et sensitifs primordiaux.
Si l'on considère l'école épirote dans ses monuments premiers, les chantis klephtiques, et chez ses poètes postérieurs, on voit, en premier lieu, qu'elle s'exprime dans une langue à part; cette, langue n'est pas un
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dialecte local comme celle de Técole ionienne, elle n'est pas davantage un idiome flottant, sans grande fixité, comme celui de l'école de Constantinople, ou une sorte de langue savante comme celle de l'école d'Athènes, — dialecte, idiome et langue qui ne sont pas familiers à toutes les parties de la Grèce ; — sa langue est une langue commune à tous les Grecs depuis l'Épire, la Thessalie et la Macédoine jusqu'aux îles, et que tous comprennent, au dire de M. Rangabé lui-même. Elle serait la langue que parlaient les peuples de la Grèce au moment de l'invasion turque.
Son ancienneté, jointe à l'usage universel qu'on en fait, la désignait comme langue nationale. Il était facile de l'améliorer graduellement dans ce qu'elle aurait pu avoir de
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défectueux. Bien au contraire, on l'a persécutée et pourchassée de l'Université comme un vulgaire patois, pour lui substituer une langue de convention.
Mais ce n'est pas là l'unique point par lequel se distingue cette école.
Qu'on lise ses œuvres : c'est la voix profonde de la race hellénique qu'on entend. Là, nulle trace d'imitation, tout y est absolument original. Ce que ses auteurs sentent est bien d'eux, sort de leur substance même; on est sur le tuf ethnique, car tout ce qu'ils pensent, tout ce qu'ils disent se retrouve, plus ou moins développé, chez les poètes les plus anciens de la vieille Grèce.
Ce qui frappe tout d'abord l'esprit dans l'ancienne littérature grecque, c'est l'emploi constant de la proso-
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popée. Pour Tinstinct grec, Thomme n'est pas un être isolé au milieu de la nature inanimée et des autres êtres; tout est doué de la vie ; les arbres, les pierres, les sources, les montagnes, tout s'occupe de l'homme, s'intéresse à lui, prend part à ses- aventures ou à ses actes; les dieux ne cessent d'avoir les yeux fixés sur ce qu'il fait, et se passionnent au plus haut degré pour ce qui lui arrive; le monde des morts lui-même est animé ; les ombres des guerriers viennent assister ceux qui continuent la lutte; les aïeux, depuis longtemps recouverts par la terre, se réjouisssent des hauts faits de leurs descendants; les parents défunts sont toujours prêts à venir apporter secours ou conseil aux membres survivants de la famille. La même croyance,
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OU plutôt la même foi s'observe dans toute l'école épirote. Que d'autres poètes manient la prosopopée^ c'està-dire fassent concourir à Faction de l'homme la nature, le monde des dieux et celui des ombres, ils sont maladroits ; à chaque instant on aperçoit de la rhétorique ; tout est forcé, laborieux, le lecteur éprouve de la fatigue* Chez les poètes de l'école épirote, comme chez ceux de l'antiquité, la prosopopée est, au contraire, si naturelle, si positive, mise en œuvre avec une telle grâce, et d'une foi si communicative, que l'Occidental le plus terre-à-terre s'arrête ému, ébranlé, convaincu ; il sent au dedans de lui passer un souflBie qui le rafraîchit.
Si l'Université d'Athènes s'était pénétrée du désir intime, quoique
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peut-être inconscient, des Grecs généreux qui ont fondé les prix qu'elle décerne, elle se serait donné pour but de dégager de tous les dépôts d'idées et de sentiments étrangers le génie grec, enfoui sous les alluvions accumulées par la servitude et l'oppression. Elle aurait poussé la jeunesse universitaire vers l'étude des <:hants klephtiques. Beaucoup, sans doute, auraient continué à sacrifier à l'influence exotique; mais beaur coup aussi auraient senti à ce puissant et chaud contact s'éveiller en leur cœur Tâme de leur race, et, sous l'action d'une ou deux générations — l'exemple de Valaoritis en est la preuve, — le germe enfermé dans ces vieilles poésies aurait poussé de vigoureux rameaux. La Grèce contemporaine posséderait une pléiade de
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poètes qui seraient à la fois Thonneur de leur pays et Tune des gloires de l'esprit humain au xix® siècle.
C'est par VÉcole Ionienne que nous commençons notre étude sur les Poètes Grecs Contemporains, dont la série comprend, après cette première division : VÉcole de Constant tinoplej VÉcole d'Athènes, VÉcole Épirote.
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La domination de Venise , le voisinage de ritalie, le joug de la dépendance politique, la fréquence de leurs rapports avec la Péninsule par la voie du commerce, exercèrent sur les mœurs, sur les coutumes et sur la langue des îles Ioniennes une influence considérable.
Dans les villes — surtout à Corfou, la capitale — les modes, les arts et les lettres de l'Italie firent loi, et la Grèce, autrefois initiatrice, subit le goût italien de ceux de ses enfants qui avaient été ses initiés.
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L'aristocratie ionienne ne convoita bientôt plus d'autre noblesse que celle inscrite à Venise au Livre d*or. Tous les Jeunes hommes riches ou ambitieux s'instruisirent en Italie; les universités célèbres de Padoue et de Bologne regorgèrent d'étudiants grecs.
La plupart d'entre eux gémissaient de voir la patrie esclave. Ils maudissaient la conquête musulmane, qui ruinait les territoires et stérilisait les esprits, tandis qu'ils acceptaient comme un mal moins grand la domination de Venise, prouvant par là un esprit de justice que n'ont pas toujours les peuples réduits à la servitude.
Or, les actes de justice, quels qu'ils soient, emportent leur récompense ; il est à remarquer que, durant les quatre siècles de domination ottomane, les pays grecs qui ont produit le plus d'écrivains, de poètes, sont la Crète et les îles Ioniennes, sauvées par Venise de la barbarie musulmane.
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L'exemple en est frappant à Candie.
Jusqu'à sa conquête par les Turcs au xvii* siècle, la poésie grecque y florissait, et elle est restée aujourd'hui même l'inspiratrice, à travers le temps, de la poésie populaire. Le poème d'Erotocritos est encore la lecture préférée des matelots et des montagnards de toute la Grèce.
Les comédies et les tragédies Cretoises publiées récemment par M. Sathas, les poésies populaires recueillies par M. Jean Narakis, prouvent qu'il y eut au xvi® siècle et au xvii® siècle un grand mouvement littéraire crètois.
La Crète envahie, domptée, il ne resta plus, en dehors du pouvoir des Turcs, que sept îles, chiffre sacré, il semble : chiffre d'Apollon Hebdomagétès (celui auquel on sacrifié le septième jour du mois), qui semblait imposer aux Ioniens restés libres le devoir déchanter pour leurs frères asservis.
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La langue des aïeux fut étudiée avec amourpar quelques érudits, et, au xviii^sîècle^ deux moines de Corfou révélèrent la beauté d'une littérature renaissante. Théotoky écrivit alors ses sermons, connus encore aujourd'hui dans toute la Grèce, La pureté, rharmonie de cette langue ressuscitée, devance, pour l'inspirer peut-être plus tard, l'œuvre de Coray. Eugène Bulgaris, occupé de théologie, d'instruction, rêve tout à coup d'entreprendre une œuvre impossible, qu'il accomplit cependant : il traduit Virgile dans la langue et avec le vers homérique.
Cependant l'Italie continuait d'absorber la jeunesse studieuse des sept îles. Ce n'était pas impunément que cette jeunesse apprenait à penser et à sentir, qu'elle s'abreuvait aux sources de l'inspiration des grands poètes italiens. Plusieurs d'entre les jeunes grecs y perdirent le goût et la connaissance de la langue maternelle.
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Des savants, Grecs d*origine, revenus en.
Grèce ou restés en Italie, écrivirent alors en italien, tels que Mario Piéri, Mustoxidi, Emile Tipaldo. Des poètes ioniens rimèrent en vers étrangers Pexaltation de leur esprit, rhéroïsme ou la tendresse de leurs sentiments, mais ceux-là qui parlaient la langue des dieux anciens ne purent échapper à l'inspiration grecque. Ainsi chanta Foscolo, le poète de Zante, dont Tltalie s^enorgueillit, mais qui ne cessa point d'être Grec, et qui, au milieu de ses concitoyens d'adoption, rayonnant d'une auréofe de gloire italienne^ adressait des sonnets pleins d^un feu mal éteint à ses premières amours, à Zante, son île natale.
Les particularités de son existence et de son éducation eussent engagé Solomos dans les mêmes voies que Foscolo, dont la célébrité paraissait enviable à tous les poètes de sa patrie ; mais la glorieuse fanfare de la
révolution, ayant sonné, éveilla dans Tâme de Solomos Tardcur des combats, la passion de raffranchisscment, la haine du vainqueur, rindomptable amour de la patrie, et la Grèce soulevée trouva en lui son poète national.
Denis, comte Solomos, naquît à Zantc en 1798* Son premier précepteur fut un abbé italien, réfugié de Crémone. Dès l'âge de treize ans, le père de Solomos envoya son fils en Italie : d'abord à Venise, puis il Crémone, et de Crémone à Pavie. De ville en ville, au hasard des leçons, Solomos étudia le droit. Ainsi qu'il le disait luimême, la trop grande indulgence de ses maîtres lui octroya le diplôme de docteur, et il s'en revint à Zante, non point légiste, ni juriste, pas encore poète grec, mais déjà poète italien.
A cette époque l'Hétairie préparait la révolution. La langue vulgaire balbutiait, par
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la voix de ses poètes^ la légende du passé.
Dans récho des temples écroulés, dans les masses populaires endormies, un isoufile mystérieux répétait le nom des héros et des dieux de la Grèce antique.
Bientôt les vers de Rhigas éclatèrent^ acclamés partout. Christopoulos, le « nouvel Anacréon », chanta dans un langage plein de grâce la poésie de Bacchus et de l'Amour.
Une puissance nouvelle venant du peuple circulait à travers les vieilles traditions.
Elle brisait la forme surannée des modes de la poésie ancienne ; elle -en conservait l'esprit seul et les images, dégageant d'un vocabulaite de convention et des règles de grammaire d'une langue morte un idiome vivant. Pour délivrer la nation fallait^il délivrer d'abord la langue nationale ?
Vis-à-vis de Corfou, dans TÉpire, à Janina, qui gémit en ce moment, séparée de la mère patrie, un poète, Vilaras, émule de
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Chrîstopoulos, écrivait en langue vulgaire des poésies pleines de charme et d'esprit.
La langue nationale, trouvant ses premières expressions dans la haine de Tenvahisseur et dans le culte de la Grèce ancienne, héroïque et poétique à la fois, devait frapper l'imagination d'un Solomos, fût-il jusque-là exclusivement nourri de littérature étrangère.
Aux premiers chants qu'il entendit à son retour, aux premiers tressaillements de la patrie, le poète de Zante crut entrevoir dans la langue populaire Tarme de la libération de son pays et de sa propre pensée.
Il étudia dès lors l'idiome natal avec passion, rejetant l'inspiration italienne, et tout entier à l'inspiration grecque ; mais le soulèvement de 1821 le surprit non préparé encore, n'osant combattre avec une arme insuffisamment forgée.
En 1822, Spiridion Tricoupls, le futur
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historien de la révolution grecque, tout jeune encore, mais déjà homme d^État et poète aimable à ses heures, passant à Zante, se lia d^amitié avec le jeune Solomos.
Celui-ci n'osa lire à son compatriote que ses poésies italiennes, mais Spiridion Tricoupis, répondant au vœu secret de Solomos, fit honte à un Grec de chanter en une langue étrangère.
M. Polylas (député de Corfou au Parlement d'Athènes, auteur d'une traduction en vers de V Odyssée) raconte dans sa biographie de Solomos que Tricoupis, confident des essais du poète Zantiote, l'encouragea par des conseils patriotiques , et> allant jusqu'à lui donner des leçons, persuada pour jamais à Solomos de se consacrer à la Grèce et de la chanter en langue grecque.
De Tamitié des deux jeunes patriotes naquit rinspiration de VHymme à la Liberté.
Spiridion Tricoupis, parmi les nombreux
*o POETES GRECS CONTEMPORAINS
bienfaits dont il dota son pa^s, n'en eompte pas nn plus grand qae celui-là.
L*hymm« de SalomM retentît tout 4 €«up d^une rive à l'autre de là Grèce. De nombreuses traductions te portèrent en Occident. Le génie de Tauttsur 6it, du )our au lei^demain^ consacré par sa popularité.
Aujourd'hui même ce poème est Thymne national de la Grèce. Mis en musique par un célèbre musicien de Corfou, M. Manzaro, VHymme à la Liberté accompagne toutes les manifestations patriotiques des GreCs. Depuis l'avènement du rôî Georges, k ^hant de Solomos est devenu le chant national officiel, et les fanfares militaires le l^épètent, de la place de la Constitution, à Athènes, à l'esplanade de Corfou.
Une traduction en prose donne une pâle idée de cet hymne admirable; nous devons cependant essayer d'en citer quelques strophes et nous les empruntons au
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deuxièiM tôlttise de U Grèce moderne de
Faurîel. Nous nous efforçons de suivre le texte plus fidèlement que le premier tra« ducteur, M. StanisUl Julien.
Je te recOAnait au tninchtoi •« terrible de ton gUivei «» je te reconnais à ton regard — qui, rapide, mesure la terre.
Sortie des ossements -^ sacrés dee Hellètie» •^. et forte comme autrdfoii, ^ salut, salut, ù Liberté 1
(Dans leurs tombeaux) tu restais <«- abrettv4e d'amertume, couverte de h^mte, ^ et tu attendals^ iilte toix ^ qui te dise: Reviens!
Il tardait, ce jour, à |)itraîttè, — dt tout était silencieux, — car la menace jetait partout son ombre -*• et l^esclavage oppressait tout de son poids.
Malhetiteuse ! Une consolation — seule te restait, de redire ^ ki grandeurs passées, — et de pleurer en léâ redisant.
Tu attendais, tu attendais — un cri de délivrance; — tu tordais une main avec l'autre — dans ton désespoir ;
Tu te disais : c Ah 1 quand pourrai-je relever — ma tête tous le poids du malheur ? s — * En haut répondait le bruit *- des pleurs, des chaînes et des gémitsementa*
Alors tu relevais ton regard ^ obiéttrdl par lit
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larmes, — et sur ta robe découlait le sang, — le sang abondant des Grecs.
Avec tes vêtements ensanglantés — je sais que tu sortais furtivement -— pour chercher en pays étranger — des mains secourables.
Seule tu te mis en marche, — seule tu es revenue ;
— les portes se ferment— quand la misère frappe. L'un pleura sur ton sein — pour toute consolation ; — Tautre te promit du secours, — mais te trompa horriblement.
D'autres, hélas ! dans ton désespoir — qui les réjouissait, •>- « va-t'en trouver tes enfants, — vat'en 9, disaient les cruels.
Tu retournes en arrière, et ton pied — rapide foule — ou la pierre ou l'herbe, — qui te rappelle ta gloire.
Tout humiliée se penche — ta tête, chargée d'infortune, — comme le mendiant qui frappe de porte en porte — et auquel la vie est un lourd fardeau.
Oui, mais maintenant combat — chacun de tes enfants avec ardeur, — « en recherchant sans trêve
— la victoire ou la mort!
Et toi, tu ne songes — qu'à choisir où tu dirigeras tes premiers pas ; — tu ne parles point, tu ne t'émeus pas — aux injures que l'on t'adresse.
Semblable au rocher qui laisse — toute eau impure — jeter à ses pieds — une écume disparaissant aussitôt ; —
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> Qui laisse la tempête -^ et la grêle et la pluie -^ battre son grand, -^ son éternel sommet.
Malheur, malheur à celui — qui se trouverait — sous ton glaive —et qui oserait le braver!
La bête fauve qui se lamente — d'avoir perdu ses petits, — rôde, s'élance, — altérée de sanç humain.
Elle court, elle court à travers les forêts, — les vallons, les montagnes, — et partout où elle passe, — horreur, mort, désolation.
Désolation, mort; horreur — partout où toi aussi tu as passé. — L'épéc sortie hors du fourreau — ne fait qu'enflammer ton courage.
Voici que devant toi s'élèvent — les murs de la malheureuse Trîpolitza. — Déjà tu veux lancer sur elle — les foudres de la terreur.
J'entends le bruit sourd des fusils — j'entends le choc des épées, — j'entends des massues j'en* tends des haches, — j'entends le grincement des dents.
Ah ! quelle nuit était celle-là ! — Le souvenir en fait frissonner. — Il n'y eut d'autre sommeil — que celui d'une mort horrible.
L'heure, le 'lieu de ♦ la scène, — - les cris/ le tumulte, — la fureur impitoyable — du combat, et la fumée.
Et les éclats [des canons) et l'obscurité, — sillonnée par le feu, — (tout) représentait l'enfer — qui attendait les infidèles.
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Ils étaient si nombreux ! Maintenant la balle ^ ne parlera plus à leur oreille ; -^ tous sont étendus sur le sol| tous.
lie sang devint comme une rivière — roulant dans le vallon, — et Therbe pure — s'abreuva de sang au lieu de rosée.
Fraîche brise de l'aurore, — tu ne aouffîes plut •<sur rétoile des mécréants; soufâe, — ô soufre #ur la croix!
Voici maintenant les plaines de Corintbe, — Le soleil n'est pas seul à briller — sur les platane rssur les vignes, sur les eauxi
Dans l'air calm« «^ maintenant ne résonnent point « les sons de la flûte pastoral^ *- ni .les bélt« ments de l'agneau ;
Des armes par milliers l'envahissent — comma la vague (envahit) le rivage. — Mais les braves — ne comptent pasl
O trois cents {des Thermopjrles), levez-vous, — revenez A nous l — Voua verrez vos enfants — oomme ils vous ressemblent !
La mort de lord Byron a inspiré à Solomos un autre grand hj^mne qui renferme des strophes d'une réelle beauté po<liqtt«.M«is on
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nY retrouve pas cet enchaînement magistral des images, cette largeînspiration, cettegrandeur et cette simplicité de l'expression qui font à^V Hymne à la Liberté un chefd'oeuvre. Très peu de Grecs, même parmi Us plus passionnés admirateurs de Solomos, pourraient dire de mémoire quelques strophes de V Hymne à lord Byron^ undis que tous savent par cœur leur grand, leur im* mortel Hymne à la Liberté*
L'une des plus belles chansons de Solomes est celle de V Empoisonnée^ inspirée par une aventure réelle, le suicide d'une jeune fille victime d'un amoUr qu'on avait cru coupable* Le poète s'est fait le défenaeur de la malheureuse jeune fille. Il évolue son souvenir :