SONNET XVIII
Je n'ai jamais donné une boucle de cheveux A un homme, très cher, si ce n'est celle-ci que
je te donne.
Celle-ci, que, pensivement sur mes doigts,
J'enroule jusqu*au bout de sa longueur brune,
en disant :
« Prends-la ». Mes jours d'adolescence se sont
enfuis hier; Mes cheveux ne bondissent plus à la gaieté de
mon pas, Je ne les sème plus de rose ou de myrte, Comme font les jeunes filles ; ils ne peuvent
plus Qu'ombrager sur deux joues pâles la marque
des larmes, Habitués à s'affaisser le long de mon front qui
penche de côté, Sous le tic de la douleur. Je pensais que les
ciseaux des funérailles Les auraient avant toi ; mais TAmour a gain de
cause.
Prends donc cette boucle, où tu trouveras, pur, Le baiser qu'y laissa ma mère mourante.