‹ Poètes modernes de l'AngleterreChapitre 16 sur 17 · CHASTELARD · texte numérisé non relu

CHASTELARD

Je vois très bien la Vénus, Dieu m*en est témoin, — mais rien de la légende *.»

Il la verra pourtant, il faudra que, de ses yeux, il la voie et la Iheyjusqif'd la mort^ la fatale légende d'Amour; et alors qu'emprisonné et condamné au billot, il attendra, pour la contempler une dernière fois, l'amante royale qui ne l'aime point, alors il attestera de sa plainte ardente, l'infortuné Chastelard, que la mort seule peut le garer à toujours de Vénus :

i ChaRtHant. P. 22-23.

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« Malgré toute l'œuvre du Christ, cette Vénus n'est pas apaisée ; — sa bouche est rouge du sang des hommes ; — elle suce entre ses petites dents la sève des veines, — barbouillant de mort ses tendres petites lèvres, — beauté amcre, bouche vénéneuse et emperlée. — Je ne suis pas apte à vivre seulement par amour : — il vaiit donc mieux que je meure. Ah ! bel amour, — belle Vénus redoutable faite d'écume mortelle, — je vous échapperai bien par ma mort ; — j'échapperai à votre spleiîdide et souple corps, à votre bouche de feu, — avec son haleine de Paphos qui mord les lèvres de sa chaleur'. ••

« La belle Vénus rcdoulal)le », c'est ici Marie Sliiart. Elle est la Vénus antique, ressuscitée, couronnée, dérobant sous les plis amples du brocart sa nudité glorieuse.

Si enivrante et si paréo, oh! si belle, qu'on oublie qu'elle est sans cœur et qu'on l'adore pour sa seule beauté physique ^ Elle est l'Idéal plastique : elle est la Sirène. Elle

* Chastolunl. P. 145.

8 Chaslclard. P. M. Vors 8-20.

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est une Force Esthétique qui blesse et tue >. Elle vit d'amour, mais de Tamour des autres : elle dévore de l'amour. Pas une seconde elle ne s'inquiète si elle aime, mais si on l'aime. L'homme a-t-il l'air de lui échapper, c'est pour elle une oppression. Elle no reprend haleine qu'en retrouvant à ses yeux leur pouvoir habituel. « Il "me semble que mon visage peut encore inspirer foi aux hommes, et briser leur cerveau de sa beauté: par un mot, un 'appel de paupière, un tour d'œil, les attacher fort, et faire que leurs âmes s'accrochent à moi. » « (1 y a une heure, je pensais que j'étais plus oubliée de l'amour des hommes que les visages des femmes mortes ne le sont des

amoureux d'après Je pensais qu'il

était passé, le. temps où les hommes viendraient danser à la mort comme à une musique, et se coucheraient diins la tombe, en prenant leurs funérailles pour leurs

1 Voir répijrraphp de la trajrédie.

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fêtes, rien que pour obtenir un baiser de

moi. Mais j'ai encore quelque force* »

Puissance et Beauté, telle Elle passe. Et quand, dans la dernière partie de la trilogie, elle résume l'œuvre de sa vie, voici sa conclusion : « Vois, il n'y a ni Ecossais, ni Anglais, qui pour avoir [pris sa part du service de ma douleur, n'ait également partagé la douleur de mon service ; un par un, comme on l'a dit, ils meurent de moi : oui, fusseje une épée envoyée sur terre, une peste engendrée de quoique poison aérien, je ne saurais être, où je frappe sans le vouloir, plus mortelle, moi qui ne peux frapper où je voudrais : Percy est mort de sa main, Howard a été exécuté, ces jeunes gens mis à mort dans d'affreux tourments Et avant eux, qui ai-je aimé

qui ne soit 77ïort de fnoîi amour? qui ai-je pu délivrer de ceux que je voulais sauver, de ceux que j'avais une fois regardés

* Chaslelard. P. 129-130.

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d'un œil aimant, à qui j'avais juré ainilii'; * ! » A la Puissance et à la Beauté, la Vénus d'Ecosse joint l'esprit et toutes les ressources de l'esprit. Seulement, elle les emploie au Mal, ou du moins à ce que nous nommons de ce nom. Elle déploie une coquetterie si intelligente, si raffinée, si implacable, qu'elle en est aussi intéressante qu'odieuse. Soit avec Chastelard, soit avec Murray et Darnley, pour ensorceler l'un et jouer les autres, elle passe avec aisance de l'égoïsme k l'astuce, à l'hypocrisie, à la perfidie. Elle joue de l'ironie, de l'indiderence, de l'affection, de la pitié, des pleurs, de la charité chrétienne, de la crainle de Dieu. Cependant, quoiqu'elle fasse, la dominante de son caractère, la cruauté, perce sous ces divers masques: et Darnley la découvre aussi bien que nous :

4 Mary Sluart. P. 164-165.

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