SONNET DE COURVAL
Encoro un de ces hommes que la postérité insouciante déshérite peu à peu de l'avenir.
Thomas Sonnet de Courval, docteur en médecine, naquit à Vire en 1577, de Jean Sonnet, seigneur de la Pinçonnière, et de Madeleine Le Chevalier d'Aigneaux'. Il a soin, du reste, de ne pas laisser ignorer ses titres de nohlessc, en proclamant lui-même en tête de ses œuvres qu'elles proviennent du sieur de Courval-Sonnel , gentilhomme virois.
Somietfut le Juvénal de son siècle, satirique sans égards, flagellateur sans merci , et, disons-le à sa louange , le courage de son métier ne lui fit jamais défaut toutes les fois qu'il trouva l'occasion de se prendre corps à corps avec les ridicules et les ahus de son temps, qu'il soumettait sans relâche au fouet de son impitoyahle critique.
Qui, bon Dieu! n'escriroit voyant ce temps icy? Quand Apollon n'auroit mes poèmes en soucy. Quand ma langue seroit sans muses et muette, Encore par despitje deviendrois poè'te.
Il dédia ses œuvres satiriques à la reine, mère de Louis XIÏI. Voici un passage de son épîlre; ce fragment le peint tout entier :
« Je dirai donc à ces Lydiens efteminez, à ces âmes lasches et pusillanimes, que le désir que j'ay toujours eu de faire triompher la vérité sur les ahus de ce royaume et les désordres de l'Etat, m'a dispensé de sacrifier à la peur, comme les peuples de Lil)ye. . . Je me suis efforcé de reprendre les vices du temps et les erreurs du siècle, tout hardi-
1 De la famille des frères d'Aigneaux, nés à Vire, cl qui trciduisirent en vers français Virgile, 1582, et Horace, i588. Soanel de Courval avait pour oncle Thomas Amfrye, écuyer, aïeul de l'abbé de Cbaulieu.
ment, sanf? rien craindre que le ciel el mon roy ; tout librement, pour ne tenir rien de servile ; tout au naïf et au naturel, pour n'être point flateur ; tout])rus(juement et d'une jilume hardie, pour tascher à remellre les François débauchez au Irain de leur devoir et sur les pas de leur ancienne vertu, sans craindre ny redouter les atteintes d'une mauvaise langue et d'une bouche sans mords et sans bride. Peut-estre, on me dira qu'il y a des traicts bien libres el bien hardis en mes satyres ; mais c'est pour censurer des erreurs et abus si évidens et si dignes de réprimendc, qu'il y a moins de mal à les dire qu'à les faire , et, comme dit nostre historiographe francois, la liberté des paroles est défendue aux ignorans qui ne scavent ce qu'ils disent, aux imprudens qui ne peuvent rien taire, aux meschans qui parlent contre le propre sentiment de la raison. Que les meschans m'appellent mesdisant, parce que je ne sçay mentir; que les ignorans m'estiment menteur, parce que je ne sçay flaler , cela n'est point capabl ' de me mettre en cholère ; il me suffit de plaire à la vérité, l'âme, le suc et le vif-argent de mes satyres. S'il y a de la meschanceté à escrire des choses fausses, c'est une grande lascheté que de dissimuler les vrayes. »
Les principales satires de Courval-Sonnet sont : VAnù-simonie des derK'ers ecclésiastiques, où il dit :
Ali ! plût à Dieu que l'or nous fît naître des ailes Pour guider notre vol es choses les plus belles, Qu'il dorasl les vertus, et que son riche pris Du vice abominable engendrast le mépris !
L'or, qu'il appelle le chancre de la vertu, la gangrène de l'dme, piège du démon on tombent tant de prélats et voire de pasteurs, ajoutant toutefois :
Je parle des meschans, tous les bons je respecte Ainsi que petits dieux, et rien tant je n'affecte Que pouvoir tesmoigner à la postérité De quel ardent désir j'ay toujours souhaité D'honorer les prélats excellens en mérites Qui, comme diamans, rubis et chrysolites, Esclatent en l'Église, et monstrent en tous lieux Que ce sont en vertus des astres lumineux.