JEAN LORET
Loret (Jean), né à Carenlan vers IGOO, mort en l(î05, laissa, entre autres poésies du genre l)urles(|ue, nn recueil en vers trop prétentieusement intitulé Muse historique. Il est vrai que, sous forme de lettres, il avait dédié cet ouvrage à mademoiselle de Longueville, et patronage oblige.
Notre impartialité de critique nous impose comme premier devoir en parlant de cette œuvre, qui valut à son auteur de hautes protections et des remercîments solides, de donner un échantillon des facéties dont il faisait suivre chacune de ses lettres par forme de postscriptum. Nous prenons au hasard.
.l'ai fait ce discours tout récent I^e lendemain de saint Vincent.
.l'ai composé tout ce fatras La veille du dimanche gras.
Mais voilà bien trop de paroles; Adieu, je vais manger deux soles.
Et ainsi de suite pendant quinze ans que dura celte correspondance, commencée en 1G50 et terminée par la mort de l'auteur, (pii, comme on vient de le voir, aimait à partager ses loisirs entre les muses et le poisson plat.
S'il fallait juger Loret sur de telles niaiseries, nous n'aurions pas songé à entreprendre cette notice; mais, en lisant ses œuvres, nous avons trouvé beaucoup de vers tels que ceux-ci (Lettre onzième, i3 mars) :
Une certaine demoiselle Dont le visage et la prunelle
2 LKS NORMANDS ILLISTRKS.
Possédaient assez d'Iiameçons Pour charmer les jeunes garçons, Étant complaisante, docile, Et d'un accès assez facile, Écoutant favoraVjlement La fleurette et le compliment.
Quand quelqu'un témoignait pour elle Une amitié feinte ou réelle, Loin d'avoir rigueur ou dédain, Elle s'attendrissait soudain.
Ixs discours d'amour et de flamme Agitaient aisément son âme; Quand on lui faisait les doux yeux, C'était pour elle ouvrir les cieux.
Les titres de chère et de belle Plaisaient fort à cette pucelle, Et bref, les soupirs des amants Étaient autant de traits charmants Dont son cœur délicat et tendre Ne pouvait jamais se défendre.
Il nous a semblé (|iie ces vers n'étaient pas trop mal tournés même pour 1650, et ([u'à l'époque où nous les transcrivons, bien des poêles seraient fort embarrassés s'il leur fallait aborder avec autant d'entrain sans licence, et de badinage sans efl\u*ouclierie, un sujet aussi délical. Il est juste néanmoins de reconnaître qu'aucun poëte de notre temps ne s'aviserait de terminer de cette façon :
Fait le jour d'après saint Grégoire, Où j'allais visiter la foire.
Le critique le plus impitoyablement spirituel de nos jours a bien décbiquelé notre pauvre Loret , dans certaine esquisse intitulée le Journaliste. Sans doute, à ne voir de ce brave Loret que la manière dont il éj)igrapbait et terminait ses lettres à mademoiselle de Longueville, nous sommes aussi tenté de ne reconnaître en lui qu'un houffou. Mais il gagne, ce nous semble, un titre moins dur, en regard de quelques fragments.
Il peint ainsi Molière. Ce grand bomme, dit-il.
Dont l'esprit doublement docteur \ Est aussi bien auteur qu'acteur.