‹ Poètes normands;Chapitre 17 sur 63 · JEAN LORET · texte numérisé non relu

JEAN LORET

Et que l'on tient par excellence De son temps le Plante et Térence.

Cela nMnspirc-l-il pas déjà au paiiéi^^yriste un senlimeul de l»ionveillance?

Il célèbre le mariage du niarcclial de La Ferté. (Lettre quiuzième. Muse hisioriqne.)

Le maréchal de La Ferté, De Cupidon sollicité, Est aussi, dit-on, à la \e lie D'épouser sa jeune merveille, Laloupe, objet doux et charmant, Native du pays normand, Non-seulement fertile en pommes, En beaux esprits, en braves hommes.

En noblesse, châteaux, cités, Mais de plus en rares beautés, Dont il est la source féconde Autant qu'autres climats du monde.

Ces vers sont pleins de bonne volonté ingénue, cbose rare en fait de poésie ! Seulement, quand Loret dit : Le maréchal de La Ferle, — de Cupidon sollicite, l'ingénuité frise la malice. Le reste est du normand tout pur. En appelant la Normandie pays de bcaufés, Lorei a fait preuve d'aulant de goût qu'aucun poëte de France.

Dans le quatrain suivant, qu'il adresse au roi pour le remercier d'un présent, notre homme montre sans doute un ridicule amour-propre.

Ainsi, prince courtois, obligeant, magnifique. Ma reconnaissance est publique; Car, puisque partout vont mes vers.

C'est l'apprendre à tout l'univers.

Mais que voulez-vous? Quand on est poëte!... Un bouffon d'ailleurs ne se serait pas exprimé de la sorte ; et M. Jules Janin ne semble-t-il pas lui-même retirer cette qualilicalion précipitée, (piand il résume ainsi son jugement sur Loret :

« Quand son protecteur fut tombé, lorsque Fouquet fut enfermé à * la Bastille, Loret eut le même courage que La Fontaine, le même « courage quePélisson : il osa défendre le surintendant et lui adresser « publiquement d'honnêtes et tendres adieux. «

4 LES NORMANDS ILLUSTUES.

Certes, il n'y a plus ici de boulloii possible... mais il y a un lioinine (le cœur noMcmenl récompensé de sa généreuse action par une appréciation également généreuse.

Nous trouvons dans un ouvrage essentiellement remar(pial»le catalogue des livres composant la Uibliotlièijue poétique de M. Viollet-Leduc, 10'i5), cette opinion, si intéressante, au point de vue qui nous guide, quant à l'œuvre capitale de l'auteur (sa Gazette burlesque ou sa Muse historique); nous trouvons que ce recueil, qui contient tous les faits remarquables, polit i(pies, littéraires, tous les bruits de ville, toutes les nouvelles élrang«*res qui ont occupé les esprits depuis le l*^*^ janvier I()50 juscpTen iGG5, offre un intérêt très-vif de curiosité ; que les lettres de Loret, souvent piquantes dans leur naïveté, sont aujourd'liui le seul monument qui nous reste, peut-être, des opinions polili(pies et littéraires de cette époque féconde ; que la Fronde, les intrigues auxquelles elle donna lieu, les personnages qui y figurent, une partie des pièces de Corneille, toutes celles de Molière, y sont appréciés selon l'esprit du temps, toujours avec bonne foi, souvent avec esprit.

Laissons maintenant Loret se juger lui-même. Dans une épître au lecteur, en tête de ses Poésies nalur elles, il prévient qu'il n'a pas la connaissance des moindres commencements de la science, et que dans ses œuvres, « si de liasard ou y rencontre quelques belles et raison- « nables pensées, on doit estre tout asseuré que ce ne sont point des « ornements antiques, ni des beautez estrangères. »

En introduisant Loret dans le cercle des illustrations normandes, nous avons pensé que la poésie de l'esprit ne pouvait que gagner à faire une petite place à la poésie du cœur.

ÉDOUAno NFA'El'.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

I. Les Poésies naturelles du sieur Loret. Paris, Jacques Dugart, 1633, in 8. (Ce volume est fort rare. Je ne l'ai trouvé dans aucune bibliographie. Le titre porte : Première partie. Loret n'a pas publié la seconfje. Vioilet Leduc.)

IL La Muse historique, ou Recueil de lettres en vers, contenant les nouvelles du temps, écrites à S. A. Mademoiselle de Longueville, par Jean Loret. Paris, 1650-65, 3 vol. in-fol.

Paris. — Typ. Latrampe et conip., nie Damielte, 2.

f/ifi,/,:,- /'.■,.r,£s' j-c-

r.: \y\'\ srrDKWV.

Se au. Havre, ( Seine iïfT*l ea 1603 .

Page 1