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et (le Cinna. On enleiul encore , même dans VAffésilas ;i jamais eon- (lannié par nn(! épigramme de Boileau , quelques e'chos de la {grande âme.
La fécondité était l'un des dons de Coiiieille, Après nous avoir donné la trajjédie et la comédie , le même homme créa pour ainsi dire la scène lyrique par les opéras (V Andromède et de la Toison d'or; le prologue de cette dernière pièce honore le talent , mais surtout le caractère de Corneille. Il est heau d'avoir fait entendre à un jeune roi hrûlant d'ambition et d'amour de la guerre les plaintes de ses sujets écrasés par la gloire du prince. Enfin , c'est à l'âge de soixante-trois ans que l'auteur du Cid et des Horaces voulut bien seconder Molière dans la tragédie-comédie destinée à une fête de Louis XIV, et fit cette charmante scène de l'Amour et de Psyché (la troisième du troisième acte) , scène que Quinaut n'a surpassée dans aucune de ses pièces , remarquables sans doute , mais vantées outre mesure par Voltaire et La Harpe. Psyché, représentée en 1690, précéda de deux ans l'apparition du premier opéra de Quinault.
Avant de reparaître sur la scène par la trop faible tragédie d'Ofdipe, qui obtint cependant un merveilleux succès. Corneille , abreuvé de dégoûts par les comédiens, abandonné par le public qui courait à Racine , et poussé aussi par des sentiments de piété profondément gravés dans son cœur, avait consacré les six années de son divorce avec le théâtre à traduire V Imitation de Jésus-Christ.
Voltaire , jaloux du Christ et surtout de ses grossiers apôtres qui avaient pu conquérir le monde avec la croix de leur maître , n'a pas daigné commenter la traduction de V Imitation, ouvrage peu en harmonie avec ses goûts d'épicurien et sa morale mondaine ; La Harpe parle assez légèrement de cette production, dont Fontenelle lui-même ne fait point assez d'estime. Sans doute on chercherait en vain dans la copie l'espèce d'onction et de douceur mystique de l'original ; mais , outre que Corneille lui prête au besoin une grandeur convenable à la majesté du sujet , il reproduit souvent avec bonheur le naturel et la simplicité d'A Kempis ou de Gerson, Corneille a su prendre habilement tous les tons dans sa version ; l'ode , l'élégie , la comédie , la satire même , s'y ti'ouvent naturellement sous la plume du poète. A côté de traits sublimes, on se sent surpris de rencontrer un si grand
nombre de ces vers proverbes tels qu'en ont fait Molière , La Fontaine et Boileau. Sous le rapport du style , Vlmilalion de Corneille présente une moisson assez abondante d'observations littéraires , et de fréquentes occasions de remettre en honneur des expressions que nous avons mal à propos laissé vieillir. Un éditeur intelligent pourrait tirer de cet ouvrage un petit volume de citations utiles pour la jeunesse , et bien supérieur aux Quatrains de Pibrac.
L'ouvrage , dédié au pape Alexandre VII et singulièrement protégé par les jésuites , reçut les applaudissements de la France et se répandit dans toute l'Europe , où il fit alors une plus grande réputation à Corneille que ses tragédies.
Je ne sais pas pourquoi Voltaire et La Harpe se sont abstenus de parler des poésies diverses de Corneille. S'ily en a beaucoup qui sont faibles et pleines d'une fade galanterie , d'autres sont fort remarquables. Je citerai d'abord une épître à Pélisson où je rencontre cet admirable passage :
Mais je le vois alors comme un autre Moïse :
Quand le peuple de Dieu , par sa seule entremise ,
Sur le mont de Sina reçut la sainte loi ,
A travers les carreaux , la terreur et l'effroi ;
De sa haute faveur les tribus étonnées,
Au pied du mont sacré demeuraient prosternées,
Pendant que ce prophète , élevé dans ce lieu ,
Dans un nuage épais parlait avec son Dieu.
Dans une élégie qui a pour sujet l'attentat commis à Rome sur notre ambassadeur, le poète vraiment national fait parler les plaintes delà France avec une liberté qui semblerait appaitenir au xvm'' siècle. L'opposition entre la puissance de l'ancienne Rome avec la faiblesse de la moderne Rome , assez téméraire pour oser se commettre avec les armes d'un grand roi, est tracée avec une rare fierté de pinceau. Peut-être que personne alors n'aurait eu la hardiesse de censurer le pontife aux trois couronnes comme le fait Corneille. Le poëte apostrophe ainsi la ville éternelle :
Crois-tu donc être encore au temps de tes Césars, Où , parmi les faveurs de Bellone et de Mars
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Jalouse de la gloire el du pouvoir suprême,
Tu foulais à les pieds el sceptre el diadème...
Et tu faisais marciier sous tes injustes lois
De simples citoyens sur la tOle des rois?
Mais quelques grands exploits que l'Iiisloire renomme,
Tu n'es plus celte fière et cette grande Rome...
Mais puisque ta fureur ne peut se contenir.
Après tant de mépris il faudra te punir.
Des monarques pieux, des princes magnanimes,
Ont révéré tes loisen punissant les crimes;
Ils ont su réprimer ton orgueil obstiné
Sans choquer le pouvoir que le ciel l'a donné,
El séparer enfin dans une juste guerre
Les intérêts du ciel d'avec ceux de la terie.
Le poëte , inquiet peut-être de sate'mérité, adresse à Louis XIV ces conseils, qui auront paru sans doute encore assez irrévérencieux au saint-sie'ge :
Qu'à tes ressentiments la piété s'unisse, Louis , fais grâce à Rome en te faisant justice; Pense aux devoirs sacrés d'un monarque chrétien , Fais agir ton pouvoir, mais révère le sien ; Et, mêlant au courroux le respect et la crainte. Punis la Rome injuste et respecte la sainte.
Je suis étonné que Voltaire n'ait pas exhumé cette pièce en la louant avec une sorte d'exaltation philosophique; mais il avait en tète le projet de faire accepter la dédicace de Mahomet au pape Benoît XIV, et il aurait peut-être craint de l'offenser. Toute sa vie s'est écoulée entre les témérités les plus grandes et les ménagements de la plus adroite et de la plus souple politique.
Corneille a fait, comme Boileau , un Passage du Ehin , et je ne crains pas de dire que dans plusieurs passages , et notamment dans celui qui ressuscite Drusus, Varus, le grand Germanicus son vengeur, et d'autres guerriers fameux sortis de leurs tombeaux pour voir les exploits de notre armée , la muse du vieux triomphateur de notre scène l'emporte même sur les beaux vers du satirique , si l)ien inspiré par sou sujet et par son art. Je trouverais sans peine la matière de quelques autres belles citations dans ce recueil trop négligé , même
par des littérateurs de profession. Le même volume contient les Louanges de la sainte Vierge, compose'es en rimes latines par saint Bonaventure et mises en vers français; l'Office de la sainte Vierge avec les sept psaumes pe'nitentiaux.
On doit croire, d'après le te'moignage du Père Tournemine, que Corneille avait traduit en vers, et publié en 1671 , les deux premiers livres de la Thébaïde de Stace ; mais on ne les a point retrouvés. C'est une perte , parce que dans les plus faibles productions du grand poëte, on voit toujours briller quelques éclairs de génie.
En énumérant tous les titres de gloire de Corneille , on rougit d'être contraint d'avouer les difficultés qui l'arrêtèrent trop longtemps sur le seuil de l'Académie. 11 essuya deux refus déguisés, il est vrai , sous le prétexte que l'auteur du Cid résidait habituellement à Rouen ; on lui préféra, dit François de Neufchâteau, MM. Salomon et Durque , parce qu'ils avaient l'avantage d'être bourgeois de Paris. Corneille ne fut admis à l'Académie française qu'en 1647, l'année de la première représentation à'Héraclius. Cent ans après, Voltaire éprouva la même injustice, et se vit préférer deux fois je ne sais quel obscur rimeur et quel prélat plus obscur encore.
La grandeur est tellement le type de Corneille qu'aucun autre écrivain que lui , pas même Molière , n'a reçu de son siècle le titre de grand. Il semblait avoir reçu de son âme la mission de son génie , celle de relever la dignité de l'espèce humaine. Ses héros empruntés à la nature, à l'histoire ancienne et moderne, et à cet idéal qui se révèle dans tout artiste créateur, nous apparaissent comme ceux d'Momère • apparaissaient à Phidias, avec des proportions extraordinaires. Le majestueux Sophocle lui-même n'a pu soupçonner l'existence d'hommes de cette trempe et de cette hauteur, d'hommes capables de triompher ainsi de leurs passions les plus ardentes. Il a fallu l'apparition sur la terre de ce peuple qui devait être le peuple-roi , ses vertus républicaines , le spectacle de sa gloire et celui de sa décadence ; il a fallu la naissance d'une religion nouvelle et chargée à son tour de conquérir l'univers; il a fallu l'institution de la chevalerie qui mît les femmes sur un autel et les héros à leurs genoux , l'alliance des littératures grecque, romaine, espagnole avec notre littérature, pour que le génie qui
devait ouvrir un siècle de {jloire enfentât le Cid , les Iforaces, Serlorius . Nicomède, Polyeucle, Olhon, Suréna, tels que Corneille les a faits. De même, ni Athènes ni Rome n'ont pu enseigner à Corneille la peinture de l'amour moral , de cette passion de l'âme qui e'veille tous les nobles sentiments , leur prête sa flamme et son enthousiasme , et sait immoler le bonheur même à la loi sacre'e du devoir. Quand il met sur le the'âtre cette passion , le triomphe des femmes, on dirait que Corneille veut les venger de l'injuste supre'matie que les hommes affectent et usurpent sur elles. Chimène, par exemple, ne soutient-elle pas sans désavantage le parallèle avec le Cid? son âme n'est-elle pas he'roïque comme celle de son amant? Ne font-ils pas tous deux à la môme vertu, l'amour filial poussé au plus haut degré , le plus grand des sacrifices, avec cette différence qu'il est plus admirable encore dans Chimène, parce que, plus tendre et plus profondément sensible , elle éprouve ces déchirements intérieurs réservés au sexe qui produit des cœurs d'amantes et de mères? Emilie n'estelle pas aussi une héroïne de la piété filiale? Plus Romaine que Cinna, elle ne veut se donner qu'au vengeur de son père et au punisseur d'un tyran ; l'âme de la conspiration , c'est Emilie. Que si nous la voyons céder enfin à l'ascendant suprême d'une clémence qui sauve l'amant qu'elle a précipité dans les plus grands périls , elle ne reparaît pas devant nous abaissée par le pardon qu'Auguste fait subir à Cinna , et même par des bienfaits qui font d'autant plus ressortir la perfidie des conseils donnés à ce prince par sou futur assassin. Assurément , Cornélie si profondément affligée de la mort de Pompée , Cornélie qui rend un culte à ses mâues et paye à ses cendres un tribut religieux, égale César en grandeur d'âme, si elle ne le surpasse pas, lorsque, après lui avoir déclaré le projet de la plus légitime vengeance, elle vient , poussée par un sentiment magnanime , l'avertir d'un complot tramé contre ses jours par les dignes ministres du lâche roi d'Egypte. Dans la dernière scène de la tragédie de Bérénice, pièce si faible et si peu digne de Corneille, le personnage de cette reine n'est-il pas d'une noblesse qui approche du sublime? Que devient l'empereur Titus devant sa généreuse amante, lorsque nous entendons sortir de sa bouche ces belles paroles :
Ne me renvoyez pas . mais laissez-moi partir.
Ma gloire ne peut croître et peut se démentir.
Klle passe aujourd'lmi celle du plus grand homme,
Puisqu'entin je triom|)he et dans Rome et de Rome :
J'y vols à mes genoux le peuple et le sénat ;
Plus j'y craignais de honte, et plus j'y prends d'éclat.
J'y tremblais sous sa haine, et la laisse impuissante;
J'y rentrais exilée, et j'en sors triomphante.
Parlerai-je de cette Yiriate dont l'âme se révèle tout à coup par un amour he'roïque et fils de l'admiration :
J'aime en Sertorius ce grand art de la guerre Qui soutient un banni contre toute la terre; J'aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers. Ce front qui fait trembler les plus braves guerriers, Ce bras qui semble avoir la victoire en jjarlage : L'amour de la vertu n'a jamais d'yeux pour l'âge.
Toute la scène entre elle et Sertorius nous montre deux âmes de la même trempe ; peut-être, toutefois , celle de Yiriate a-t-elle plus de hauteur. C'est ici cependant qu'il faut placer une remarque assez curieuse : dans Corneille , l'amour agrandit les femmes et rapetisse quelquefois les hommes. César, Sertorius et leurs pareils sont trop souvent des soupirants ridicules , que le mauvais goût du jargon de l'hôtel de Rambouillet rend plus ridicules encore.
A côté de Polyeucte , saisi de l'enthousiasme du martyre , à côté de Sévère, qui est presque un grand homme , et tout au moins un capitaine renommé, qui joint à un cœur sensible comme celui de Turenne un caractère noble et simple , ne sommes-nous pas ravis par cette adorable Pauline , amante passionnée , épouse tendre et fidèle , et plus capable de commander à son cœur que Sévère lui-même, qui doit être accoutumé à se vaincre? Le héros de la pièce est évidemment Pauline , l'exemple , l'honneur éternel de son sexe , et le chef-d'œuvre de Corneille comme conception , comme dessin , comme pathétique touchant , comme création à la fois idéale et vraie. Un trait caractéristique distingue les femmes de Coraeille entre toutes les autres femmes offertes à notre admiration : elles se regardent comme la plus noble et la plus douce récompense de la vertu , du génie et de la gloire. Aussi les
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femmes du xvn'^ siècle qui aimèient Louis XIV et les grands hommes, le magnifique cortège de son règne , ne se trompèrent-elles pas sur l'iionneur que Corneille avait voulu faire à leur sexe; aussi, quand Racine , avec toutes les se'ductions de son pinceau et la magie de ses couleurs , avec le pressant inte'rêt de ses drames où l'amour, tantôt tendre et touchant, tantôt passioinié jusqu'à la fureur dans les accès de la jalousie, vint s'emparer du théâtre de Pierre Corneille, beaucoup d'entre elles trouvèrent que le peintre d'IIermione et de Phèdre réduisait les proportions héroïques que le fier tragique leur avait données dans ses ouvrages.
Corneille est essentiellement un poète ami de la morale ; mais cette morale, au lieu d'être molle et tiède comme celle de Cicéron dans de certains livres philosophiques, est une nourriture pleine de sève, une nourriture qui soutient et fortifie ; jamais , dans aucun de ses ouvrages. Corneille n'a donné et ne donnera un lâche conseil à personne. Au lieu d'allanguir les âmes et de les laisser tomber, il leur communique une énergie extraordinaire en les élevant dans une région suprême où les passions basses ne sauraient ni monter ni se soutenir. Quoique l'amour ne soit pas le fondement de ses tragédies comme il est celui des pièces de Racine , Corneille a presque autant employé cette passion que le peintre d'Hermione ; mais s'il ne l'a pas traitée avec la même supériorité que son jeune rival, s'il a souvent substitué au langage du cœui' les recherches, l'enflure, l'affectation et même le bel esprit , il ne s'est pas non plus exposé au danger d'amollir les âmes et d'affaiblir les mœurs. Dans ses tragédies, l'amour est une vertu qui s'associe à tout ce qui est grand , et inspire tous les genres d'héroïsme. Sous ce rapport, Racine ne peut mériter les mêmes éloges que son maître.
Corneille était un homme simple et d'un extérieur négligé ; sa figure, quoique assez belle , n'annonçait aucunement son génie ; sa conversation l'annonçait encore moins. Le grand Condé disait : « Il ne faut entendre Corneille qu'au théâtre. » Son caractère , d'une écorce un peu rude au premier toucher, laissait bientôt percer la générosité , la bonté de son cœur^ facile au pardon , même envers ceux qui l'avaient le plus offensé. 11 aimait les mœui's de la famille et les plaisirs du foyer. Excellent époux, excellent père, l'amitié la plus tendre l'unissait
avec son frère Thomas ; quoique couraot la même carrière et tous les deux excités par les succès enivrants du théâtre, jamais une ombre de jalousie ne pe'ne'tra dans leur cœur. Ils vivaient en paix dans le commerce de la gloire sous le même toit ; e'poux des deux sœurs, ils restèrent inséparables jusqu'à la mort de Pierre. Tous deux avaient si peu de souci des affaires d'intérêt , qu'ils n'avaient pas même songé à faire le partage des biens apportés par leurs femmes. Pierre avait l'âme fière , indépendante ; nulle souplesse , nul manège ; bien différent de Racine , qui poussait si loin l'art de plaire aux grands , il n'aimait pas la cour, et s'y trouvait déplacé comme le paysan du Danube dans le palais d'Auguste, Au dire de Fontenelle , le tempérament de Corneille le portait assez à l'amour, jamais au libertinage ; ses niŒ'urs étaient pures. Corneille conserva toujours un grand attachement pour madame Dupont, femme d'un maître des requêtes de Rouen , qu'il avait connue longtemps avant son mariage , et qu'il a chantée sous le nom de INlélite. Il avoue lui-même les obligations qu'il eut aux conseils de cette femme distinguée. La tradition du temps témoigne que ce grand homme communiquait ses tragédies à sa sœur, madame de Fontenelle, mère du célèbre auteur de la Pluralité des mondes. Corneille affectionnait beaucoup le Père La Rue et le poète Santeuil, et faisait, à leur exemple, de beaux vers latins. Outre le latin, il possédait plusieurs langues, il savait les belleslettres , l'histoire , la politique ; il prenait , comme La Fontaine , part à toutes les choses de son temps , et se montrait surtout très-occupé de la gloire de la France et du roi , qu'il ne séparait pas dans son cœur. Il eut pour protecteur et pour rival Richelieu , méchant poète et grand ministre , dont lui-même a dit assez plaisamment : « Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien; il m'a fait trop de bien pour en dire du mal. » Quoique le portrait que Corneille a fait de Richelieu dans des vers qui vivront soient l'expression éloquente de la vérité , on ne voudrait pas que sa plume eût imprimé ce stigmate sur la personne de celui que sa reconnaissance, peut-être mêlée de quelque terreur , avait tant exalté. En revanche , on ne trouve rien que de noble dans les remercîments qu'il adresse à Pélisson , à Fouquet , le véritable Mécène de l'époque, à Mazarin et surtout à Louis XIV, dont il a payé souvent les faveurs par des chants avoués des Muses et
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de la gloire. On ne conçoit pas comment Louis XIV, aj)rès l'avoir admiré en homme et re'compensé en roi , a pu oublier le plus magnifique peut-être de ses panégyristes. Corneille était , comme tout le siècle , sous le charme de Louis XIV. Ainsi que tous les beaux génies du temps , Corneille avait un grand fond de piété ; c'est peut-être la religion qui lui a inspiré ses ])lus beaux vers : il la trouva pour consolatrice sur le boid de la tombe , et mourut avec de sublimes espérances dans le cœur. Parvenu à l'âge de soixante et dix-huit ans sans que sa santé eût reçu de graves atteintes , sans que son esprit eût souffei't d'éclipsé , excepté dans les derniers temps de sa vie, il expira le l'^'" octobre 1G84, étant encore doyen de l'Académie. Le grand siècle allait bientôt descendre de l'horizon et s'éteindre comme le grand poëte qu'il avait presque oublié. Racine paya, dans le sein de l'Académie affligée d'une si grande perte , le plus noble et le plus judicieux tribut d'éloges à son maître, en recevant Thomas Corneille.
Peut-être, malgré l'officieuse apologie de La Harpe, que Lebrun a tant maltraité pour avoir fait avanie au grand Corneille , peut - on accuser Voltaire d'avoir cédé à la maligne envie de rabaisser le talent et même la personne de Corneille; mais si sa propre conscience n'a pu échapper à des reproches secrets sur son malheureux penchant à traiter parfois sans ménagement le poëte et même l'iiomme , quelle noble réparation de ce tort dans l'adoption d'une descendante de celui qu'il appelait son général ! C'est ainsi que la colonie de Ferney, la défense de Calas et tant de belles actions doivent lui faire pardonner beaucoup de fautes. De bien plus grands coupables n'ont pas de pareils moyens de défense auprès du siècle et de la postérité. Mademoiselle Corneille avait inspiré à Malesherbes l'intérêt le plus touchant. De nos jours , une autre descendante de Corneille , après avoir r-eprésenté, avec quelque succès, les premiers rôles dans les tragédies de son illustre auteur, a reçu aussi des preuves de la bienveillance publique.
Le xvn'' siècle n'élevait de statues qu'à Louis XIY ; le siècle suivant, plus jaloux d'établir une certaine égalité entre les privilégiés de la gloire, a reproduit sur le marbre et sur l'airain ^'ollaire , Rousseau , Montesquieu, Buffon, Condé, Molière, Turenne, Vauban, Corneille et Racine. Cependant la ville de Rouen , sa patrie , ne possédait ^wis
encore , il y a quelques anne'es , l'ima^n^e du grand homme qu'elle est fière d'avoir donné à la France. On se rappelle la touchante cére'mouie de l'inauguration de la statue de Corneille, ce're'monie dans laquelle Casimir Delavigne, enlevé récenuuent aux lettres dont il était l'honneur comme homme et comme écrivain, paya un si noble tribut d'admiration au père de* la tragédie. La France, trop longtemps ingrate par ignorance, va chercher maintenant dans ses vieilles annales les noms injustement oubliés de ses serviteurs, et, rétablissant pour eux le culte de la gloire , leur décerne les honneurs qui leur sont dus. Gardons-nous de diminuer le prix de ces honneurs en les prodiguant à des idoles peu digues des regards de la postérité ; mais il serait beau que la France, cette terre si riche en triomphes de toute espèce, devînt un panthéon peuplé de tous les grands hommes qu'elle a produits.
En 1769, l'Académie proposa pour sujet d'un concours d'éloquence l'éloge de Corneille. Gaillard, auteur d'une Histoire de Charlemagne, ouvrage estimé, mais moins pourtant que celui de la rivalité de la France et de l'Angleterre, remporta le prix ; le célèbre et infortuné Bailly obtint l'accessit. De nos jours, l'Académie française proposa de nouveau le même sujet. Le prix fut remporté par Victoriu Fabre , écrivain de la plus belle espérance, et dont la tendre jeunesse annonçait des pensées d'homme , un esprit étendu et solide , quoique brillant. L'abbé Maury, Garât, Chénier, Parny, Audrieux, se plaisaient à cultiver, à développer ce talent promis à la gloire. Victime de l'amour fraternel, Victorin Fabre, après avoir langui plusieurs années dans les souffrances d'une maladie incurable, a succombé avant d'avoir rempli ses destinées.
P.-F. TISSOT, tle l'Académie française.
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
L OEUVRES DE P. ET Tu. CoKiNEULE. Amslerclam, 1701, 1740; 11 vol. petU in-12 avec figures. On ajoute à ces deux éditions le commentaire de Voltaire, édition d'Amsterdam, 1765; 2 vol. in-12.
II. OEUVRES DE p. ET Tii. Cor.fiEiLLE (confomie aux éditions de Jolly, censeur royal). Paris, 1758 et 1759; 19 vol. in-12.
III. OEUVRES DE P. Corneille et Ciiefs-d'oeuvre de Th. Corneille, avec les commenlaires de Vollaire; édition ornée de figures d'après Moreau. Paris, de l'imprimerie de Crapelet (Renouard), 1817; 12 vol. in-S", ornés de26{îrav.
IV. OEUVRKS DE P. Cor.NEILLE ET CiIKFS-d'oKU VUE DE Tll. CoRNEILLE , aVeC leS
commentaires de Voltaire et Jugements de La Harpe. Paris, Janet et Cotelle (Ladrange), 1821 ; 12 vol. in-8°.
V. Les mêmes, avec les notes de tous les commentateurs. Paris, Lefèvre (Aimé-André), 1824; 12vol. avec portrait.