M"^ DE VILLEDIEU
Marie-Catlierine-Hoi'leuse Des Jardins prit naissance dans la ville d'Alençon, où son père était prévôt, vers l'an 1658, et mourut à Clinchemore en 1685.
Forcée, comme prescjue tous les esprits supérieurs, à chercher loin du pays natal la gloire, sinon la fortune, elle s'en vint à Paris, ne laissant au chef-lieu de l'Orne que le ressentiment d'y avoir été compromise par une soi-disant aventure avec un sicm cousin. Ce qui prouve éternellement que, dans une petite ville surtout, une femme a d'aulanl j)lus tort d'aimer im fat, qu'elle a plus d'esprit.
Mademoiselle Des Jardins, voyant qu'elle ne pouvait plus être regai-dée connue une tout à fait honnête fille parmi les garcelles de l'Orne, dut demander asile aux muses pai'isiennes , (jui, tilles homiètes, la reçurent connue une sœur, et, à ce litre, n'eurent jamais à s'en plaindre.
Ses premiers essais, que nous appellerons ses seconds charmes, .mirent hientot à ses pieds plus d'aveux qu'il n'en fallait })our la consoler des caquetages d'Alençon ; un jeune capitaine d'infanterie ayant esprit séduisant , ligure aimahle et nom Villedieu, parvint (bien que marié, quoi que n'en dise pas la Bibliothèque poétique) à l'emmener à Candtrai, où le régiment Daui»hin tenait garnison. Mademoiselle Des Jardins revint à Paris sous le nom de madame de Yilledieu, que nous lui gardons en tète de cette notice.
Mademoiselle Des Jardins, veuve, sans contrat, de Yilledieu, tué à l'armée, se consola... ilci nous laissons parler le hiographe des Siècles
2 LES NORMANDS ILLLSTUES.
iilteraires] « se consola au milieu des (lislractioiis el des plaisirs, |jiir- « lageanl son temps entre l'amour, les romans et le théâtre. »
Elle en était là de ses loisirs, quand la mort subite d'une de ses amies jeta dans ce cœur tout à l'amour une crainte presque salutaire. MademoiselleDes Jardins se lit provisoirement religieuse, et, comme dit le nail' biographe des Siècles Uuéraires, « une maison religieuse lut son » asile, et elle y vécut avec décence, jas^/» a ce que, ses aventures ayant « été connues de la conunanaule, elle fut congédiée. »
Ueiilrée dans le monde, madame de Villedieu lit la connaissaïue du marquis de La Chasse, qui l'épousa, soi-disant, en secoiules noces, nous ne savons de quel côté, le marquis n'étant que séparé de sa première femme. Quoi (ju'il en soit, et ledit marquis mort, mademoiselle Des Jardins épousa dans les formes consacrées par la loi, et avouables devant tous, ce cousin (jui le premier l'avait compromise, et qui, soi! repentir, soit représailles, lui permit de reprendre le nom de Villedieu. (^e cousin fut le premier et le quatrième occupant, madame de \'iiledieu étant morte avant lui.
Grande, bien faite et de bonne mine, sans être précisément belle, et peut-être à cause de cela, madame de Villedieu jdaisait à tous el de prime abord. Voici le portrait fait d'elle par elle.
« J'ai la pliysionomie heureuse et spirituelle, les yeux noirs et petits. « mais pleins de feu; la bouche grande, mais les dents assez l)elles « pour ne rendre pas son onverlure désagréable: le teini aussi beau i< (jue peut l'être un reste de petite vérole maligne; le tour du visage « ovale, les cheveux châtains. Mais j'ose dire que j'aurais bien plus « d'avantage à montrer mon âme cpie mon coi-ps, et mon esprit (|uc « mon visage ; car, sans vanité, je n'ai jamais eu d'inclination déré- « glée : mon âme n'est agitée ni par l'ambition, ni par l'envie, et sa « tranquillité n'est jamais troublée que par la tendresse que j'ai pour " mes amis. J'ai plus de joie des biens (ju'ils reçoivent ({ue s'ils « m'étaient envoyés: mais ma tendresse u'esl jtas aussi générale « qu'elle est forte : car je ne la donne qu'à peu de gens , et, pour ((u'un « homme soit digne d'être mon ami, il faut que ses inclinations soient « conformes aux miennes et qu'il soit le plus discret homme de son « siècle. Ce n'est pas que je donne grande matière à discrétion , car « j'ai de la vertu, el de cette vertu qui est également éloignée du scj-u-