‹ Poètes normands;Chapitre 48 sur 63 · SANADON · texte numérisé non relu

SANADON

Noël-Etieime Sanadon, né à Rouen le 16 février 1676, entra dicz les jésuites dès l'âge de quinze ans, le 8 septembre 1691. On assure qu'il était doué de si grandes dispositions poétiques que, n'étant encore qu'élève de quatrième, il composa un poëme latin. Envoyé à Caen pour y régenter les basses classes, il ne tarda pas à se distinguer dans ces emplois inférieurs. Il fut ensuite chargé de la rhétorique, qu'il professa pendant longtenq)s. C'est à cette époque qu'un même goût pour les lettres latines le rapprocha du célèbre Huet, évèque d'Avranches, avec lequel il demeura, dit-on, étroitement lié. Cette amitié, toutefois, n'était guère (|ue celle qui doit s'établir entre un disciple enthousiaste et le maître , un peu gi'and seigneur, qui veut bien s'en laisser adorer. Les œuvres de Sanadon, en effet, sont pleines du nom du prélat; il lui a dédié son recueil le plus complet, il lui a consacré u!i long éloge en prose latine, tandis que celui-ci n'a pas même nommé le jésuite, ni dans son Commenlarius de rebn.s ad emn pei (inenlibus , ni dans les notes publiées sous le litre de Hueliana.

Quoi qu'il en soit, le jeune professeur débuta dans la carrière des lettres en 1698, par un poëme héroïque, Nicanor moriens. Ce morceau, inspiré par un épisode de l'histoire de Judas 3Iachal)ée et composé à peine de cinq cents vers, a été regardé, par la plupart des critiques, comme l'œuvre poétique la plus importante de Sanadon : nous lui préférons les Carinina in regahm parliiin Mariœ Liidovicœ Hispanianun reginœ , qu'il donna en 1707 avec des figures et des vignettes emblémaliciues. Ce fut en tout cas le succès incontesté de IMcanor qui engagea son auteur à livrer presque chaque

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année à l;i piililicilé (|iifl(|iies nouvelles poésies, (elles rpie di's odes, (les épitres, des élégies, des épigrainmes, des fables, (|(-s épilaplies, et la traduction latine fort élégante et spirituellement naïAe de plusieurs vieux auteurs français, de Joachiiu du Hellay en parliculi(;r. (^cs poésies réunies en 1715 sous le titre de Canninuin Ubri quatuor, lonnèrent le volume dont la dédicace fut. comme nous l'avons déjà dit , olferte à l'évêque d'Avranclies. On y avait omis à dessein deux ou trois imitations d'odes anacréonticpuîs parues en 1702, et fruits de l'extrènn! jeunesse du poëte.

En général, le style des vers de Sanadon est correct, soutenu et varié; on y trouve la force et la pureté de l'expression, le tour et l'harmonie, le choix et la délicatesse des pensées des grands maîtres du siècle d'Auguste. En les lisant on retrouve Horace, Ovide et même Virgile; mais ils pèchent par l'invention ; leur latinité, bien qu'excellente, est froide et sent le pastiche : elle est tro}) scrupuleusement copiée. On s'aperçoit de ce défaut dans les œuvres de longue haleine, et principalement dans les dithyrambes, dont l'enthousiasme de commande glace l'honnue le mieux disposé. Les elforls de l'imitateur disparaissent plus aisément dans les petites pièces; le travail y prend un air de grâce et d'abandon , et l'excès du fini devient encore un charme. On en jugera par les suivantes, et en particulier par la première, dans laquelle toutefois il faudra faire la part de l'exagération habituelle à l'époifue où Sanadon écrivait :

//) Jokannem Heinahlum Segra'suni , rjutim Virgilii .Encidciu ac (icorgica versibus gallins cjrpicssiineL

Segiitso tanluni Ciadoimis viget iiiclyla valo,

Virgilio quantum Mantua clara suo est.

Mantua, sed Cadomo codas, quando ipse fatolur Segrœso vates debitor esîie tuus.

Sur Jean Renaud de Sc'grais, traducteur de l'Enéide el des Géorgiques

de Virgile.

« Autant la célèbre Mantoue est tière de son Virgile, autant Tilluslre « ville de Caen se glorifie de son Ségrais; mais il faut, ô Mantoue 1 « que tu cèdes le pas à la ville normande, puisque ton poêle se re- « connaît le débiteur du sien. »

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