LA TOURTERELLE
Si ce n'est lui, ce sera ma douleur.
Après avoir fait ses qnalre vœux, le 5 février 1711 , Sanadon avail été nommé, vers 1712, professeur de rhétorique an collège Loiiis-le- Grand. Il s'acquittait dignement de ses nouvelles fondions ; mais sa sanlé, faihle d'ailleurs, ne put supporter longtemps les fatigues incessantes du professorat, et il fut contraint, en 1718, de solliciter de se.* supérieurs un emploi plus modeste , dans lequel surtout il ponri-ail trouver des loisirs plus longs. Nommé préfet des classes à Tours, i. profila de ce moment de répit pour mettre la dernière main à mie traduction d'Horace qu'il préparait, et dont, sous le titre de Thèses horalianœ, il avait, dès 1717, donné un aperçu. Celte traduction d'Horace est l'œuvre capitale du P. Sanadon ; elle parut en 1727, et fut dédiée an prince de Conti, dont l'éducation venait de lui être confiée. IN'U de pid)lications ont donné lieu à d'aussi noodireuses ci'iliques el à d'aussi nombreuses apologies.
Le travail de Sanadon sin' H(»race se ('((inpose :
4 LES NORMANDS ILLUSTUES.
I" Di; lii (U'idicace, où il l'ail un (ligiir el iiiaiiiiili(|ii(' t''l((i:c du jtocle:
2" D'une jurfare dans laiiuclle ilcliorrlio àétalilin|u'on ne |;('nl liicn I ladiiiic lin poëU; (in'cn pros(!, ol on il jnslilie une foule de cliaiiffenifiils qu'il a inirodnils dans l'ordre el la structure même des odes, sons prétexte (|iic les grammairiens anciens, en ramassanl les différentes copies du lyrique latin, ont fait la distribution de leurs matériaux sans (•iili(|U(^ et à peu })rès au hasard, se bornant à distinguer les odes des salires el desépîtres. Il annoiu'e qu'il s'est efforcé de remellie toul en sa [)lace. Les pièces (pii sont caractérisées par quelques faits, il les a disposées suivani l'ordre des temps où ces faits sont arrivés, h moins (|u'elles ne fussent des espèces d'arguments ou des épilogues. Pour les autres qui ne portent point de date positive , il les rapporte à certaines époques générales tirées de leur caractère. Ainsi les premiers livres réunissent celles dont les pensées et les sentiments indiquent qu'elles émanent d'un jeune bomme, tandis. qu'il rassemble dans les derniers toutes celles où la morale domine et qui sembleni èlrc les productions d'un âge plus mùr;
r»" D'une vie d'Horace dressée sur ses œuvres et dirigée par annér . bien enleudu d'après le système que nous venons d'analyser;
A" D'une dissertation sur la versification d'Horace ;
5" Enfin, de la traduction elle-même, accompagnée de nombreuses noies et de commentaires étendus. Sanadon emploie dans les odes une. prose poétique qu'il croit plus appropriée au style de l'original, et réserve la prose ordinaire pour les satires elles épîlres, qui ne tienjient à la poésie que par ce qu'elle a de moins essentiel, parles mesnres de la versification. Les remarques sont presque toujours des observations jdeines dégoût, dans lesquelles le commentateur cherche à faire ressortir les richesses du poète, en signalant pourtant les quebpu's négligences (ju'il croit y reconnaître.
L'Horace de Sanadon fil oublier celui de Dacier et de ses prédécesseurs. Ou admira son élégance soutenue, et on ne peut disconvenir d'ailleurs qu'il n'ait aplani la carrière aux traductions qui sont venues après lui ; mais on lui reproche de manquer parfois d'élévation dans les odes, d'énergie el de précision dans les épîlres el les satires, en général d'être plutôt une paraphrase qu'une version. Son Udiive! ordre n'est pas généralement approuvé. Sanadon mutile aussi par