‹ Poètes normands;Chapitre 56 sur 63 · L.-H. BARATTE · texte numérisé non relu

L.-H. BARATTE

' Voltaire fil plus que de lui donner des conseils (en fait de poésie, bien entendu).

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

I. Essai sur la Critique, traduit de Pope, 1730, in-12, traduction en vers.

II. OEuvres choisies de Pope, publiées par Du Resnel. Nîmes, 1793, in-12. — Paris, Pillotjeune, anXII(1804), in-12.

III. Les Principes de la morale et du yoiU, en deux poëmes, traduits de l'anglais de Pope, 1737, in-8"; c'est une réimpression de V Essai sur la Critique, suivie de V Essai sur l'Homme.

On doit à Du Resnel un grand nombre d'articles dans le Journal des Savants, depuis le 15 décembre 1731 jusqu'au 4 février 1736, et depuis le 25 novembre 1739, jusqu'au 9 février 1752 ; enfin les divers mémoires suivants, imprimés dans le recueil de l'Académie des inscriptions : Recherche sur les Poètes couronnés, [Poetœ laureati) t. X, 1736; — Analyse de sa dissertation sur les fonctions et les prérogatives des ambassadeurs, insérée dans la partie historique (t. XII, 1738); — Recherches sur les combats et sur les prix proposés aux poètes et aux gens de. lettres parm.i les Grecs cl les Romains (t. XIII, 1740); — Recherches sur Timon le misanthrope (l. XIV, 1743); — Analyse de ses Reflexions générales sur iulililc des belles-lettres et sur les inconvénients du goût exclusif qui parait s'établir en faveur des malhcmaliques et de la physique (insérée dans la partie historique, t. XVI, 1749); — Recherches historiques sur les sorts appelés communément par les païens sortes Homericae, sortes Virgilianae, etc., et sur ceux qui, parmi les chrétiens, ont été connus sous le nom de sortes sanctorum (t. XIX, 1733).

P,iri-. — Tvp. I-AcnAUiPE el cimip., nie Paniielle,

M" CAVELIER-LEVESOUE.

Mademoiselle Louise Cavelier naquit à Rouen le 25 novembre 1703. Elle était fille d'un procureur au parlement de Normandie. Son père donna tous ses soins à son éducation : il avait cru reconnaître en elle une nature riche qui n'attendait que la culture pour devenir féconde. En effet, la jeune élève prit goût aux études sérieuses et montra toute sa vie cette inclination, dont le monde, au milieu duquel elle occupait, par sa beauté et son esprit, un rang distingué, ne put jamais la détourner.

A vingt ans, Louise Cavelier épousa M. Levesque, gendarme du roi, qu'elle suivit à Paris. C'est l'époque à laquelle commencèrent ses succès. Se sentant les pieds sur la scène, elle voulut la parcourir. Les gens de lettres, dont elle faisait sa société de prédilection, et qui appréciaient la portée de son esprit, l'engagèrent ou par leurs conseils, ou par leur exemple, à se produire. Elle consacra dès lors ses loisirs à la lecture et se livra à la poésie, qui offre de grands charmes aux imaginations souples et spontanées comme était la sienne. D'une séduction facile, impressionnable, et créateur pourtant, son esprit se laissa tenter par les genres les plus variés. VAugtisliii et Job, Minel, Sancho Pança gouverneur , sont des essais successifs du sérieux au badin et du badin au burlesque. On était alors sous le coup des grandes réputations poétiques , et les patriciens de la république des lettres absorbaient l'attention du siècle : le génie écrasait le talent. Ces ouvrages soutfrirent de celte domination. On les lut, mais ils s'arrêtèrent à une première édition, et c'est le sort que subirent tous les ouvrages en vers de madame Levesque.

Leur mérite et leurs qualités sont dans l'extrême facilité avec laquelle ils paraissent avoir été faits. Leur mérite , parce qu'ils sont

î LES NORMANDS ILLUSTRES.

gciK'n'îilcmonl doux et coulants; Iciiis dt'faiils, ])arce qu'Hs sont trop liâlc's à courir, selon l'expression de Hoileau, et (lu'elle semble, dans l'cnlraînenient d(! la composilion, avoir négligé de les ren^eltre cent fois sur le inelier. Aussi n'est-ce pas, excepte peut-être Minel, ce (pil lui a acquis l'estime de ses contemporains.

Une année avant l'apparition de son premier recueil de poésies, madame Levesque avait aussi tourné ses vues vers le théâtre, et donné un opéra eu cinq actes intitulé Judith. Cet opéra ne fut pas joué. Le slyle était faible, le plan vicieux. Les compositeurs refusèrent de se charger de la musique. Elle ne fut i)as découragée par cette disgrâce, et conçut le plan d'un ouvrage dramatique qui fut iuqtrimé en 1740 sous le titre de l'amour fortuné. C'est une comédie qui contient treize scènes dénuées de comique, et que l'intrigue n'est pas assez forte pour relever. On y retrouve néanmoins ces idées ingénieuses qui sont semées dans tous ses ouvrages. On lui attribue encore une autre comédie, V Heureux auteur, qui ne fut pas jouée non plus. 3Lidame Levesque manquait de ce qui est essentiel au théâtre : elle avait trop d'indépendance dans la conception et trop peu d'ampleur dans l'agencement.

Ce n'est donc point à ses poésies et à ses pièces que madame Levesque a dû sa réputation , mais à ses ouvrages en prose, qui l'ont élevée au rang des littérateurs les plus distingués de son sexe. Dès lors elle est sur son terrain : plus d'entraves, plus de gène; elle marche avec cette aisance sans laquelle elle est obligée de se guiuder, perdant ainsi son cachet d'originalité. Ses romans obtinrent de la vogue et plusieurs éditions. A côté d'une simplicité sans fard, on y remarque parfois une fiction outrée, un déploiement de forces religieuses qui jettent de la langueur dans un ouvrage d'agrément ; mais partout un profond respect des convenances, partout l'amour de la vertu et la vertu de l'amour. C'est ainsi qu'elle a compris le roman.

« Un roman, dit-elle, doit être comme un beau parterre diversifié do fleurs différentes, toutes parfaites dans leur genre. On y peut critiquer les mœurs, faire l'éloge de la vertu, parler d'amour, mais d'un amour noble et pur; il faut raconter avec précision, que les conversations soient vives et point fréquentes, les événements vraisemblables, les expressions choisies et i)ropres au sujet, et surtout il faut que les beaux sentiments soient le fondement de tout ce qu'on y expose. »

MADAME CAVELIEn-LEVESQUE. %

■ '■ Elle a joint Texcmple au précepte. On retrouve l'application de ces règles dans le Siècle ou les Mémoires du comle de Soliiiville. Ce comte de S(dinville est un solitaire que les malheurs d'une passion ont dégoûté du monde ; il raconte ses aventures à un jeune Suédois qui n'en est encore qu'à ses premières armes. C'est un mélange de minuties et de convictions religieuses, de rapidité et de lenteur dans la narration , au milieu duquel l'imagination offre un certain charme de fécondité et d'intérêt. Après son antipathie contre les mauvais chrétiens et les gens corrompus, ce qu'elle a surtout à cœur c'est son animosité contre les Anglais des deux sexes, auxquels elle reproche de la hauteur, de la dissinuilation, et leur changement de religion à l'exemple d'un tyran graveleux. Elle se plaît à en faire des ohjets de risée par les rôles qu'elle leur fait jouer. En voici un exemple : la scène se passe aux environs de Paris. -U* • ■*•'

Une soubrette paraît dans le monde sous les habits et le nom d'un comle de Beaupré. Le faux gentilhomme est joli, fringant, adroit; il connaît à fond toutes les ruses de l'art d'Ovide : les femmes en raffolent, et deux Anglaises, en particulier, en tombent éperdumcnt amoureuses. L'amant, en don Juan consommé, arrête séparément un double enlèvement pour la même nuit. En effet, à l'heure indiquée, sa voiture reçoit à peu d'intervalle les deux imprudentes, déguisées en cavaliers par précaution. Chacune d'elles, dupe de la supercherie, garde d'abord, auprès de la personne qu'elle croit son ravisseur, un silence qu'inspire la pudeur et qu'enfin fait rompre l'inquiétude. Grâce au son de voix féminin du comte de Beaupré, aux mots d'amour qu'elles échangent en croyant les lui adresser , l'erreur se prolonge encore un moment. Mais elle n'est pas de longue durée : la triste désillusion y fait place. Je laisse h juger et de la première stupeur, et de la colère, et du dépit et des projets de vengeance qui suivent l'explication I Cependant, il faut sortir du pas où elles se sont engagées, il faut couvrir l'esclandre, échapper au scandale. Comment? Retourner? Mais on a déjà dû s'apercevoir de leur fuite. Continuer? Mais elles sont sans argent. Ne sachant où aller, elles se laissent conduire jusqu'à Paris, et là, pour ne point rendre le cocher témoin de leur confusion, elles quittent la voiture, et traversant une partie de la ville à pied, sous leur costume d'emprunt, qui ne les empêche pas d'être recon-

mies, elles vont demander asile à une de leurs amies. Peu de jours après, grâce à TindiscnHion du prétendu de Beaupré, l'avenlure circule dans les salons, devient puldique, et les couvre de ridicule dans le monde, où elles n'osent plus paraître.

S'il est vrai que ce n'est point dans ses faiblesses, mais dans ses beautés, qu'il faut apprendre à connaître la portée d'un auteur, on peut accorder à madame Levcsque un certain agrément dans l'invention, qui est le sceau de son talent. Il est à regretter seulement que des digressions religieuses et pbilosoplii(jues, où perce beaucoup de conviction, l'aient jetée trop souvent hors de son sujet.

Madame Cavelier-Levesque nous laisse d'elle dans ses ouvrages le souvenir surtout d'une imagination riante à la surface et sérieuse au fond, pieuse, nationale, chaste et attrayante, mais trop indépendante du style.

Cette dame mourut dans la force de l'âge, à Paris, le 18 mai 1745. Son portrait a été gravé par Audran le fds. On y lit au bas ces deux vers, qui font allusion à ses succès et à sa modestie :

Les traits des envieux ne me font pas changer, Et c'est en prospérant que je sais me venger.

Gabbicl LHÉRY.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

I. Lettres et Chansoîns de Céphise et d'un ami. Paris, 1731, in-8. IL CÉLÉNiE, roman allégorique. Paris, 1733, 4 part, in-12.

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