‹ Poètes normands;Chapitre 62 sur 63 · La Revue de Cacn · texte numérisé non relu

La Revue de Cacn

Chènedollé a été éditeur, avec M. Fayolle, des œuvres complètes de Rivarol, 1808, 5 vol. in-8, et a revu et fait précéder d'une notice les Chefs-d'œuvre de Shakspeare, trad. par Bruguière de Sorsum, 1826.

Pjij.-. — T^|>. Lacra.mpe cl i'oiii|>., rue D^uiicltc, 1.

Ui.Oeiirili del Jt i^

Né au Havre (Seine Inf':') en 1793 Mort à Lyon en 1843.

Le biographe consciencieux est à l'aise, et sa tâche est facile, lorsque l'homme dont il veut esquisser la vie lui présente, dans toutes les phases de sa glorieuse existence,

L'accord d'un beau talent et d'un beau caractère.

L'historien n'a rien à pallier, rien à atténuer, rien à farder enfin, pour faire jaillir l'apologie du simple récit de la vie privée ou littéraire de son héros. Cette apologie naît sous sa plume à mesure qu'il raconte, et jamais la louange ne s'y produit aux dépens de la vérité.

Tel nous nous trouvons en présence de Casimir Delavigne, nature énergique et calme. « Le faire connaître, c'est le faire aimer, » a dit son frère, et le mot est juste. Prenez sa vie de poète et sa vie de citoyen, et vous verrez que l'une n'a jamais demandé de sacrifice à l'autre, de telle sorte que celle-ci serait encore un exemple et un modèle, quand il n'y aurait pas à suffire dans la première pour recommander son nom à la postérité et le faire inscrire avec honneur dans les fastes des JSormands illuslres.

Casimir Delavigne naquit au Havre, le 4 avril 1795, dans une maison située sur la Barre-Sollier, et qui ne subsiste plus. Son père, livré au commerce et aux soins d'une industrie qu'il avait créée dans cette ville, se dévoua franchement à la cause de la révolution, qu'il embrassa avec chaleur ; mais il ne lui fut pas tenu compte de ses dévouements, et cette même révolution dévora en grande partie la for-

tune d'un de ses plus fervents adeptes : elle ruina son industrie, anî'antit son commerce et attenta même à sa liberté ^

Ce fut au milieu de ces orages que se passèrent les premières années de Casimir Delavigiie : dures épreuves qui longtemps privèrent son enfance des doux embrassements de sa famille.

Jusqu'à Tàgc de huit ans et demi, son éducation première fut confiée à un vieux prêtre, l'abbé ïrupel, qui, en retour des garanties (pi'il avait données à la révolution, avait obleini l'autorisation de tenir école au Havre. Le jeune Dclavigne y fit preuve d'assiduité et de bon vouloir. « C'est un enfant studieux et docile, disait le maître, et qui pourra quebjue jour trouver sa place dans le conqjtoir d'un négociant. » Là se bornait l'éloge de son aptitude et de ses capacités.

A dix ans, Casimir entrait au lycée Napoléon, aujourd'hui collège Henri IV, où son frère Germain l'avait précédé. Pendant les premières années qu'il passa dans cette institution nationale, rien ne vint démentir l'horoscope du bon abbé Trupel, et jusqu'à l'âge de quatorze ans, l'intelligence de Casimir scndjla sommeiller; mais voilà qu'ime réaction imprévue et subite s'opère en lui : le bandeau fatal qui voilait son intelligence a disparu, et de brillants succès marquent enfin chacun des pas qu'il fait dans sa carrière classique, — et le poète s'annonça d'abord par quelques vers médiocres et d'un enfantement laborieux ; mais dès ce moment il comprit mieux sa vocation que le spirituel Andrieux, qui dit, après avoir lu ces essais, informes encore : «Ce n'est pas mal ; pourtant, croyez-moi, il serait plus sage ([ue ce jeune homme fit son droit. » Ainsi l'abbé Trupel pensait qu'on ne pourrait jamais faire de Casimir (pi'un commis, et Andrieux qu'un avocat. La naissance du roi de Rome lui offrit l'occasion de faire révoquer les deux sentences, et lorsque Andrieux eut pris lecture du ditbyrandje que cet événement mémorable avait inspiré au jeune poète, il s'exécuta de bonne grâce, revint sur son premier jugement et s'écria : « Voilà qui est bien différent! Il ne faut plus le tourmenter ; amenez-le-moi : il ne fera jamais que des vers, et j'espère qu'il les fera bons. » Casimir recul de l'académicien un accueil paternel, des conseils et des éloges qui lui

' Tous les sacrifices que fit aux idées nouvelles le père de Casimir Dclavigne sont éuuuiércs dans une lettre qu'il écrivit à cette époque a la municipalité du Havre, et dont l'original est déposé aux archives de la mairie de celte ville.

CASIMIR DELAVIGTNE. 3'

donnèrent, avec une confiance réelle en sa vocalion, une ardeur nouvelle pour le travail et l'étude.

Mais le dithyrambe eut encore un autre résultat : il fixa sur lui l'attention du comte Français de Nantes, qui, ami et protecteur éclairé des gens de lettres, donna à Casimir un petit emploi dans l'administration des droits réunis, à la seule condition de se présenter dans les bureaux le dernier jour du mois pour émarger le rôle des appointements. S'il le rencontrait à une autre époque, il le renvoyait en lui disant : « Mon cher Casimir, allez travailler ; ne venez pas ici perdre votre temps. Si je vous ai donné une place, c'est pour que vous ayez bientôt le moyen de vous en passer. »

Le comte fit plus encore pour son jeune protégé que de lui donner rang dans le personnel de son administration : il l'admit à ses soirées intimes, composées de quelques écrivains d'élite, dont les avis et les entretiens furent très-utiles à Casimir Delavigne.

Ce fut à peu près à cette époque qu'il reçut de ses jeunes compatriotes du Havre un honora])le témoignage d'affection qu'il n'oublia jamais, et qu'il se plaisait encore à raconter dans les dernières années de sa vie.

Nous l'avons dit ailleurs : « En retour de la gloire qu'il leur donnait. Napoléon exigeait beaucoup de ses peuples. « L'impôt le plus lourd était sans doute cette conscription (jue les poètes de l'empire appelaient la dette de la patrie. La dette était forte, impitoyablement exigée, car le gouvernement était un rigoureux créancier. Payez, dit-il un jour à Casimir ; le terme est venu ; votre numéro vous fait conscrit : payez, ou bien faites-vous remplacer ou réformer. Pour se présenter avec ({ueb^ue cliaiice de succès devant un conseil impérial de révision, il fallait au moins produire une infirmité.

Tous les jeunes gens du Havre de la classe appelée sous les drapeaux, connaissant la faible santé de Casimir Delavigne et prévoyant peut-être déjà l'éclat que son nom devait jeter sur sa ville natale, signèrent avec empressement le certificat qui devait le ftiire libérer du service militaire, et qui en môme temps exposait l'un d'eux à partir à sa place ; ils déclarèrent unanimement qu'i/ était sourd : mensonge sublime qui avait été suggéré à quelques-uns d'entre eux pardes souvenirs d'enfance ou de collège. Ce fut avec un certificat de réforme

4 LES NORMANDS ILLUSTUKS.

en règle que Casimir paya celle fois sa délie à la })alrie ; mais le poêle ne se Irouvait pas quille envers elle, et plus lard il s'ac(piilla noblement avec les chanls inspirés et vengeurs des Messenicnnes.

Libre de sa personne, Casimir se livra sans arrière-pensée à ses inclinations poétiques. Celte année même, il concourut au prix de poésie proposé par l'Académie française, à lacjuelle il envoya un épisode du genre éj)i(|ue, intitulé Charles XII à Narva. Il n'obtint qu'une mention bonorable. Ce demi-succès ne le découragea pas, et au concours suivant, il se présenta de nouveau avec un poème sur la Vaccine.

L'Académie rendit justice au style élégant du jeune poète, et d'un suflVage unanime lui décerna... l'accessit. La forme didactique du poème s'opposait à ce qu'il reçût le prix; mais la France de 1815 lui en réservait un autre.

L'impression vive et douloureuse qu'il avait éprouvée à la première invasion de l'étranger, l'indignation qu'il avait ressentie à la seconde, en présence des outrages prodigués à cette époque aux derniers défenseurs de la patrie, firent que cette âme naïve et calme devint énergique et ardente pour flétrir tant de honte et de lâchetés.

Et voilà qu'il s'écrie dans ses chaleureuses Messéniennes :

Vérité!

J'écarte et foule aux pieds tes voiles imposteurs,

Dussé-je voir briser ma lyre Par le glaive insolent de nos libérateurs.

Le sol de la France est délivré de ses envahisseurs ; la joie rentre avec l'espérance dans le cœur du poète.

Plus d'Anglais parmi nous, plus de joug, plus d'entraves; Levez plus fièrement vos fronts cicatrisés. Oui, l'étranger s'éloigne ; oui, vos fers sont brisés, Soldats! vous n'êtes plus esclaves!

Les maux de la patrie faisaient oublier à Casimir les joies si douces du foyer domestique, et vers le soir seulement il rentrait chez lui, l'œil (în feu, les cheveux en désordre. Il disait ce qu'il avait vu et ce qu'il avait ressenti à l'aspect de ces hordes impies spoliant nos musées et s'en disputant, comme une proie facile, les richesses artistiques.

« Les Messcniennes, dit M. de Sainte-Beuve, coururent d'abord manuscrites, puis elles parurent en public avec un succès prodigieux. Toutes les Ames jeunes, vives, nationales, nalnrcllement françaises, y trouvèrent l'expression éloquente et harmonieuse de leurs douleurs, de leurs regrets, de leurs vœux : tout y est honnête, avouable, et respire la fleur des bons sentiments. Casimir Delavigne s'y montra tout d'abord l'organe de ces opinions mixtes, sensées, aisément communicables, et si bien baptisées par un grand écrivain, le mieux fait pour les comprendre et les décorer, par M. de Chateaubriand, de ce nom de libérales qui leur est resté. On n'en trouverait aucun représentant plus irrépréhensible et plus pur, en ces jeunes années d'essai, que Casimir Delavigne : en sincérité, en éclat, en expression loyale et populaire, il rappelle un autre cher souvenir, un autre nom sans reproche aussi, le général Foy. »

Ecoutons un plus chaleureux appréciateur encore du poète des Messcniennes '.c'est YicAor Hugo qui parle au sein de l'Académie française, dans une de ses séances publiques et solennelles :

« L'humiliation était poignante, la France courbait la tète dans le sombre silence de Niobé ; elle venait de voir tomber, à quatre journées de Paris, sur le dernier champ de bataille de l'empire, les vétérans jusque-là invincibles qui rappelaient au monde ces légions romaines qu'a glorifiées César, et cette infanterie espagnole dont Bossuet a parlé. Ils étaient morts d'une mort sublime, ces vaincus héroïques, et nul n'osait prononcer leurs noms. Tout se taisait : pas un cri de regret, pas une parole de consolation. Il semblait qu'on eût peur du courage et qu'on eût honte de la gloire.

« Tout à coup, au milieu de ce silence, une voix s'éleva, une voix inattendue, une voix inconnue, parlant à toutes les âmes avec un accent sympathique, pleine de foi pour la patrie et de religion pour les héros : cette voix honorait les vaincus et disait :

Parmi des tourbillons de flamme et de fumée, 0 douleur! quel spectacle à mes yeux vient s'offrir! Le bataillon sacré, seul devant une armée, S'arrête pour mourir.

« Cette voix relevait la France abattue et disait :

Malheureux de ses maux et fier de ses victoires. Je dépose à vos pieds ma joie et mes douleurs ;

J'ai des chants pour toutes ses gloires,

Des larmes pour tous ses malheurs!

« Qui poiirrail dire rincxprirnal)le cffot de ces douces et fières paroles? Ce fui dans toutes les Ames un enlhousiasme électrique et puissant , dans toutes les bouches une acclamation frémissante qui saisit les nobles strophes au passage avec je ne sais quel mélange de colère et d'amour, et qui fit en un jour d'un jeune homme inconnu un poëte national. La France redressa la tête, et, à dater de ce moment, en ce pays qui fait toujours marcher de front sa grandeur militaire et sa grandeur littéraire, la renommée du poëte se rattacha dans la pensée de tous à la catastrophe même, comme pour la voiler et l'amoindrir. Disons-le, parce que c'est glorieux à dire, le lendemain du jour où la France inscrivit dans son histoire ce mot nouveau et funèbre : Waterloo, elle grava dans ses fastes ce nom jeune et éclatant : Casimir Delavigne.

« Oh ! que c'est là un beau souvenir pour le généreux poëte et une gloire digne d'envie! Quel homme de génie ne donnerait sa plus belle œuvre pour cet insigne honneur d'avoir fait battre alors d'un mouvement de joie et d'orgueil le cœur de la France accablée et désespérée? Aujourd'hui que la belle âme du poëte a disparu derrière l'horizon, d'où elle nous envoie encore tant de lumière, rappelons-nous avec attendrissement son aube si éblouissante et si pure ! qu'une pieuse reconnaissance s'attache à jamais à celte noble poésie qui fut une noble action ! qu'elle suive Casimir Delavigne, et qu'après avoir fait une couronne à sa vie, elle fasse une auréole à son tombeau : envions-le et aimons-le. Heureux le fds dont on peut dire : Il a consolé sa mère! Heureux le poëte dont on peut dire : Il a consolé la patrie ! »

Outre les acclamations de la France , qui n'avaient point été stériles', les Messénienncs valurent encore à Casimir Delavigne la place de bibliothécaire de laCliancellerie, que créa pour lui M. le baron Pasquier, qui les avait lues avec émotion et les avait fait lire à Louis XVIII. Ce fut dans les loisirs que lui laissait cette honorable sinécure qu'il se

1 Vingt-un mille exemplaires des premières Tt/ei^é/ueHnes furent vendus en moins de onze mois parTédileur.

rendit aux conseils de son frère, qui l'entraînait à travailler pour la scène, et qu'il renonça à la composition d'un poëme épique qui avait été le rêve des premières années de sa vie littéraire.

Un sujet grec, Pohjxcne, tragédie en cinq actes, avait été déjà traité par lui lorsqu'il était assis encore sur les bancs du collège; mais « cet ouvrage, écrit d'un style élégant et pur, et qui reproduisait quelquefois avec bonheur les beautés d'Euripide, n'aurait pu réussir sur notre théâtre. Casimir le sentit; il condamna lui-même sa première œuvre dramatique et s'occupa des Vêpres siciliennes, dont le sujet lui paraissait digne d'un vif intérêt. »

La pièce achevée, il la porta au Théâtre-Français, qui la reçut à coF' reclion. Théiiard, qui y tenait alors l'emploi de premier comi(|iie, motiva ainsi son bulletin d'admission : « Je recois cet ouvrage mal "ré

j Do

ses défauts : j'y trouve la preuve que l'auteur, un jour, écrira très-bien la comédie. «

Les corrections entreprises et terminées, les Vêpres siciliennes reprirent une seconde fois le chemin de la Comédie-Française, (pii, pins sévère encore qu'à la première lecture, refusa définitivement l'ouvrage.

Ce fut un coup terrible pour Casimir. « Il paraît que je me suis tout à fait trompé, dit-il à son frère en rentrant chez lui ; il faut faire une autre tragédie. « En disant ces mots, il jeta son manuscrit dans le feu, d'où Germain s'empressa de le retirer en ajoutant : « Sans doute, il faut faire une autre tragédie; mais il faut garder celle-ci. Le jugement qui la condamne n'est peut-être pas sans appel. »

Et l'appel se fit. Picard, alors directeur de l'Odéon, reçut et fit mettre à Yélude les Vêpres siciliennes, dont la première représentation eut lieu à ce théâtre le 25 octobre 1819.

En apprenant la décision des juges de la Comédie-Française, l'auteur des Etourdis avait dit à l'auteur des Messéniennes : « Mon cher Casimir, on vous a brutalement fermé les portes du premier Théâtre- Français, je vous propose d'ouvrir pour vous à deux battants les portes du second. Entrez... Quoique ce soit une tragédie à la main, vous recevrez chez nous bon accueil. »

L'accueil du public ne fut pas moins flatteur que celui de Picard, et le succès dépassa toutes les prévisions. Casimir, demandé à grands

cris à la chute du rideau, fui traîné malgré lui sur la scène : on lui jeta des couronnes aux frénétiques acclamations de la salle entière. Les Vêpres siciliennes furent jouées trois cents fois consécutivement. Tous les suffrages s'accordèrent pour reconnaître dans cet ouvrage les beautés d'un style pur, élégant, animé et constamment élevé. A chaque représentation éclataient les acclamations les plus vives, lorsque Procida disait avec le poète :

Gui, c'est avec transport que j'aime la patrie ; Mais d'un amour jaloux j'ai toute la furie: Je l'aime et la veux libre!

C'était plus même qu'un succès , c'était un triomphe ; mais avant de l'obtenir, Casimir avait tenté une troisième fois de devenir le lauréat de l'Académie française, en envoyant au concours une épître écrite, il est vrai, en dehors des prescriptions du programme, mais avec tant de grâce, d'esprit et de philosophique enjouement, que si l'auteur ne fut pas couronné par le corps savant, la lecture de l'éjjître, que fit un de ses membres en séance publique, lui valut les applaudissements unanimes des auditeurs et le suffrage de la France entière.

Mais le poëte, dans l'enivrement de son premier succès dramatique, sentait vivement encore ce qu'il appelait l'humiliation du refus de la Comédie-Française; le facit indignalio versum lui venant en aide, il écrivit d'inspiration et d'irritation ses Comédiens, que le second théâtre accueillit avec autant d'empressement que les Vêpres siciliennes. Dans cette pièce, il se peignit lui-même dans le personnage de Victor. Il y fît en vers très-beaux, et pleins de chaleur et de vivacité, sa profession de foi littéraire, ou plutôt il y posa ainsi les règles de la conduite qu'il s'était tracée, et dont il eut le mérite de ne s'écarter jamais :

Aimons les nouveautés en novateurs prudents

Que le littérateur se tienne dans sa sphère

Crains les salons bruyants; c'est l'écueil à ton âge. Nous avons trop d'auteurs qui n'ont fait qu'un ouvrage!

Joignant tout aussitôt l'exemple au précepte, il mit sur le métier une seconde tragédie dont l'inspiration lui était venue après la lecture d'une nouvelle de M. de 3Iaistre, intitulée le Lépreux de la cite d'Aoste.

« Je voudrais, disail-il à son frère, mettre cette pensée sur la seène; je voudrais offrir au théâtre le tableau d'un être injustement frappé d'une lèpre morale, luttant contre sa destinée, et je voudrais en même temps que mon sujet me permît de déployer tout le luxe de la poésie orientale. »

Et le 1*' décembre 1821, il faisait représenter le Paria, tragédie avec des chœurs, à l'imitation de VAllialie de Racine. Ce fut pour Casimir une nouvelle moisson de triomphes. Dès ce moment, toutes les sympathies de la France dramatique et littéraire lui furent acquises. C'était l'exquise versification des Comédiens et les accents vrais et passionnés de l'amour. « Dans les chœurs surtout, quand il exhale les tristesses et les langueurs de sa Néala, il arrive au charme et rend mieux ([u'un écho de la mélodie à'EslIier. L'hymne des brames au soleil et leur cantique du Jugement dernier, en faisant ressouvenir des trois premiers chœurs d'Athalie, ne pâlissent pas auprès, mais semblent s'être éclairés à cette magnificence*. »

Une foule de vers admirajjles, des tirades entières écrites de verve ou imitées avec éloquence, un but moral très-élevé, un dénoùment tragique, voilà ce qu'on applaudit avec transport pendant plus de trois mois au théâtre de l'Odéon, et pendant trois ans sur tous les grands théâtres de France.

Casimir avait du Paria une meilleure opinion que de ses deux premières pièces de théâtre. En la dédiant à son père, il lui disait : « Je t'offre aujourd'hui celui de mes ouvrages que je crois le moins imparfait. >) Il aimait à jouir en famille de ses triomphes scéniques, qu'il ne mettait guère au-dessus de ses triomphes de collège. Après un succès nouveau, proclamé devant l'élite du public parisien, il échappait modestement aux ovations bruyantes, aux félicitations empressées des acteurs, des amis, de cette foule de gens qui, dans la solennité d'un pareil jour, tiennent à honneur de serrer affectueusement la main de l'auteur couronné. Ce qu'il lui fallait après tout ce bruit, toute cette enivrante fumée, c'était un mot de son père, de ses frères, un sourire de sa sœur, un embrassement de sa mère et de sa nourrice, qui, par respect, se tenait toujours cachée derrière les grands parents. Casimir

' DcSaiûle-Beuvc, Dùcoin* de réception.

appréciait tellement ces ])onlieurs-l;i, que, pour le faire ressemblant, c'est toujours chez lui qu'il faut le peindre.

Mais le nouveau laurier qu'il venait de cueillir ne le préserva pas de la foudre ministérielle : « Lesévénemenis avaient marché : jdusieurs messéniennes avaient succédé aux premières, et toutes respiraient un ardent amour de la liberté. Le ministère avait changé, et comme le caractère indé[)endant du poète ne pouvait convenir aux agents du pouvoir, la place de l)i]»liolhécaire à la chancellerie fut sujtprimée. » Mais un puissant protecteur veillait sur les destinées du poëte, et le lendemain de la suppression de son emploi, le duc d'Orléans lui proposait les fondions de bihliolliécaire du Palais-Royal. « Le tonnerre est tombé sur votre maison, lui écrivait le prince, je vous otfre un appartement dans la mienne. » La proposition fut acceplée avec reconnaissance, et Casimir put louer le duc sans se montrer courtisan.

VEcole (les Vieillards, comédie qui succéda au Paria, eut enfin les honneurs du premier Théâtre-Français, et fut le gage de la réconciliation de l'auteur des Vêpres siciliennes avec les sociétaires de ce théâtre, qui avaient d'abord si durement éconduit le jeune poëte. Après la lecture de celte pièce au comité, Talma s'approcha de Casimir et lui dit : « Ce rôle de Banville, c'est moi-même , c'est moi seul qui dois le jouer; je vous le demande, et vous ne pouvez pas me le refuser. «'Cette proposition si flatteuse fut acceptée avec empressement. U Ecole des TVciV- Zarc?5, jouée par Talma et mademoiselle Mars, eut un grand et légitime succès : elle est restée au répertoire de tous les théâtres de province.

Elle ouvrit à Casimir les portes de l'Académie française, où deux fois déjà sa candidature avait échoué devant celle de deux prélats, l'évèque d'Hermopolis et l'archevêque de Paris. « Si je me mets une troisième fois sur les rangs, disait Casimir à ses amis, on m'opposera sans doute le pape. » Il composait son discours de réception, lorsque le vicomte de La Rochefoucauld lui annonça que le roi Charles X accordait au nouvel académicien une pension de 1,^200 francs, qu'il refusa avec autant de fermeté que de respect.

Mais c'est aux dépens de sa santé qu'il était arrivé, à l'âge de trente ans, par des veilles sans fin et des travaux sans exemple, à cette célébrité si enviée et qui coûte si cher, car la gloire fait payer cher

ce qu'on croit qu'elle donne.

CASIMIR DELAVICtNE. 11

Son médecin, sa famille, ses amis, lui conseillèrent de faire trêve à un genre de vie qui compromettait son existence. Il se décida enfin à chercher du repos et des loisirs sous un climat plus doux que celui de la France, et dans l'été de 1827 il s'embarqua, pour l'Italie, à bord de la Madone.

Avant son départ, il avait fait le plan de la tragédie de Louis XI, dont il destinait le principal rôle à Talma. Il en avait même terminé le premier acte, lorsqu'il apprit la mort de la tragédie française dans la personne d'un de ses plus illustres interprètes. Il renonça à son travail, et ce fut peut-être le plus bel hommage qu'on eût rendu à la mémoire du sublime tragédien.

Un séjour de trois mois à Naples lui rendit la santé. Sa réputation avait pénétré au delà des Alpes, aussi tout le monde, étrangers et compatriotes, s'empressèrent-ils de lui faire l'accueil le plus honorable. Mêmes hommages l'attendaient à Rome et à Venise. Il passa un mois dans cette dernière ville, et ce fut en voyant le voile noir tendu dans la galerie des doges sur le portrait de Marino Falicro, qu'il conçut la première idée de la tragédie que sa muse devait enfanter plus lard. L'Italie lui inspira d'autres messéniennes, qu'il publia à son retour en France, et ce charmant petit poëme du Miracle, admirable de ton, qui ne vit le jour qu'après la mort de l'illustre poëte. Le voyage d'Italie réalisa encore un autre rêve : « il y vit tout ce qu'il attendait du passé ; il y trouva plus : son cœur rencontra celle qui lui était destinée, et son avenir s'enchaîna. »

Son retour à la santé fut le signal d'un grand nombre de travaux et d'œuvres dramatiques dont il enrichit la scène, et que les bornes de cette notice ne nous permettent pas d'énumércr.

« Delavigne, a dit M. Victor Hugo, était du nombre de ces hommes vrais et prolies qui savent que leur pensée peut faire le mal ou le bien ; qui sont fiers parce qu'ils se sentent libres, et sérieux parce qu'ils se sentent responsables. Partout, dans les treize pièces qu'il a données au théâtre, on sent le respect profond de son art et le sentiment profond de sa mission. Aussi, lui le poëte intègre et attentif, il tire de chaque chose un enseignement et une explication. Il donne un sens philosophi((ue et moral à la fantaisie , dans la Princesse Aurélie et le Conseiller rapporteur; à l'observation, dans les Comédiens ; aux récits

K'-gciulaires, dansla /'7//e Ja û'J, aux faits liisloricities, dans les Vcpres siciliennes, dans Louis XI, dans les Enfanls d'Edouard, dans Don Juan d'Aulriclie, dans Une Faniille au lenips de Luther. Dans le Paria, il conseille les castes; dans la Popularité, il conseille le peui»le. Frappé de tout ce que l'âge peut amener de disproportion et de périls dans la lutte de l'homme avec la vie, de l'âme avec les passions, préoccupé un jour du côté ridicule des choses, et le lendemain de leur côté terrihle, il fit deux fois V Ecole des Vieillards : la jtremière fois il l'apjiela r Ecole des Vieillards, la seconde fois ilTintilulu Marino Faliero. »

Après la représentation des Enfants d'Edouard, suspendue d'ahord par ordre supérieur, puis quelques heures après autorisée par M. Tliiers, alors ministre, un courrier arrivant de Neuilly a[)porta à Casimir une lettre du roi conçue en ces termes :

V Neuilly, le samedi 18 mai 4833, à mimiii.

« J'apprends avec un grand plaisir, mon cher Casimir, le succès de

« votre pièce, et je ne veux pas me coucher sans vous en avoir fait

« mon compliment. Vous savez combien j'ai toujours joui de tous ceux

« que vous avez obtenus ; mais je jouis doublement de celui-ci, et je

« vous en félicite de tout mon cœur : il vous vaudra une boime nuit

« et à moi aussi.

« Bonsoir.

La Popularité et la Fille du Cid terminèrent, en 1858, cette longue série de triomphes, cette carrière dramatique si glorieusement parcourue, et qui devait finir par une composition moins sérieuse, l'opéra de Charles VI, dans lequel il eut pour collaborateur M. Germain Delavigne, son frère.

Il y avait, ainsi qu'on l'a dit, deux poètes eu Casimir Delavigne, le poète lyrique et le poète dramatique, et ces deux formes du même esprit se complétaient l'une par l'autre.

. Dans la dernière, il eut Racine pour maître et pour modèle, mais non pas toujours absolument; c'est-à-dire qu'il s'écarta quelquefois, et sa gloire n'en souffrira pas, des prescriptions du classique pur, sur lequel il avait semblé d'abord établir sa ligue de conduite littéraire. Sa manière a été ainsi spirituellement appréciée et définie : « Il savait re-

CASIMIK DELAVIGNE. 13

vêtir sa pensée d'harmonie continuelle et d'élégance, oser par moments, préparer l'énergie, voiler l'audace, semer de grâces insensibles, de tours ingénieux, de figures heureuses, un tissu net, flexible et brillant. »

La révolution de 1850 avait inspiré à Casimir Delavigne le chant national et populaire de la Parisienne, et sa dernière messénienne, Une Semaine de Paris. L'héroïqne Pologne tentant une lutte désespérée pour la défense de sa liberté trouva de l'écho dans le cœur du poëte ; et comme il avait, quelques aimées auparavant, mêlé sa voix à celle des défenseurs de la Grèce, il eut aussi des chants pour la Pologne, et composa cette Varsovienne, qui doublait dans les combats le courage des braves et malheureux Polonais.

Cependant la santé de Casimir souifrait de ces travaux incessants, et chaque année qui pesait sur lui était marquée et par un progrès du mal qui le conduisait à la tombe, et par un éloignement plus prononcé pour le monde. Heureux propriétaire d'une maison de campagne charmanie sur les bords de la Seine, près de Vernon, dès que le souffle du printemps se faisait sentir, il venait y refaire sa vie, et cette vie était mieux que la vie d'un philosophe, c'était celle d'un sage. « Il avait, a dit un de ses plus judicieux appréciateurs, il avait tracé un cercle autour de sa destinée comme il en avait tracé un autour de son inspiration. Il vivait comme il pensait, abrité. Il aimait son champ, son jardin, sa maison, sa retraite ; le soleil d'avril sur ses roses, le soleil d'août sur ses treilles. Il tenait sans cesse près de son cœur, connue pour le réchauffer, sa famille, son enfant, ses frères, quehpies amis. »

La Normandie, et le Havre, sa ville natale, étaient l'objet de ses plus intimes prédilections. « J'aurai du boidieur })our quinze jours au moins, » disait-il, chaque fois qu'il s'échappait de Paris pour venir s'asseoir entre Germain, son frère, et Scribe, son ami d'enfance, sur les riants coteaux qui dominent sa ville natale.

Et sa campagne de la Madeleine, comme il l'aimait d'amour ! comme il la pleura quand il fallut la quitter et la remettre à un autre possesseur plus riche que le poëte ! Adieu, lui dit-il,

Adieu, Madeleine chérie, Qui te réfléchis dans les eaux Comme une fleur de la prairie So mire au cristal des ruisseaux.

Ta colline, où j'ai vu paraître Un beau jour qui s'est éclipsé, J'ai lôvé que j'en étais maître.

Adieu, ce doux rôve est passé.

Adieu, chers témoins de ma peine, Forêt, jardins, flots que j'aimais !

Adieu , ma fraîche Madeleine!

Madeleine, adieu pour jamais!

Je pars, il le faut, etje cède ; Mais le cœur mo saigne en partant.

Qu'un plus riche qui te possède Soit heureux où nous l'étions tant!

Qui peint mieux que ces derniers vers tout ce qu'il y avait de bonté cl de sublimité dans l'àme du poëte! Au milieu des cris de douleur et de regret que lui arracbc la perte de sa Madeleine bien-aimée, de son Eden, il fait encore des vœux pour que son nouveau propriétaire y trouve le bonbeur qu'il y a goûté lui-même. Pieuse et sainte résignalion ! Quel trésor d'amour que ce cœur de poëte !

Le crédit immense que lui donnaient et son beau caractère, et son beau talent, et l'amitié d'un grand prince, il l'employa souvent, non pour lui, qui ne dévia jamais de la ligne qu'il s'était tracée', mais pour servir ceux qu'avec la parfaite rectitude de son jugement il croyait dignes de son bienveillant appui. C'est ainsi qu'il fit obtenir à la petitefille du grand Corneille, qu'on avait gratifiée d'un biu'eau de distribution de papier timbré, la somme nécessaire au cautionnement que cette place exigeait. Le jour même de la première représentation de la Popularité, il écrivait au duc d'Orléans : « C'est un soldat qui, le jour d'une bataille, vient réclamer vos bontés en faveur de la petite-fille de son général. » Quelques heures après la demande, la sonmie était accordée avec une grâce qui doublait le prix du bienfait. « J'étais .bien sûr de la réponse, dit Casimir en recevant la dépêche du prince, et si je ne réussis pas ce soir, j'aurai du moins fait une bonne journée. »

1 11 avait écrit dans ses premiers ouvrages :

Visons à rinstitulel non au ministère.

Aussi refusa-l-il les candidatures à la députalion qui lui furent offerles par les villes du Havre et d'Évroux.

Que d'actes de celle nature nous pourrions révéler cl qui sont venus à noire connaissance personnelle! Mais laissons encore une fois, et ce sera la dernière, riiomme de bien , pour revenir au poêle, car nous louchons au dernier épisode de celle vie si courte et pourtant si belle, si pure et si glorieuse.

Après avoir donné au lliéâlre de la Renaissance son dernier ouvrage Iragiipie, la Fille du Cid, sa sanlé, depuis longtemps si chancelante et si altérée, inspirait à sa famille et à ses amis les prévisions les plus sinistres et les plus alarnianles ; et cependant il ne pensait pas encore à suspendre ses travaux liUéraires, bornant ses distractions à des lectures que lui faisaient alternalivement ou sa femme ou sa sœur, ou à la conqîosilion de l'opéra de CliaiJes 17, en compagnie de son frère. Le charme de la musique agissait toujours puissamment sur son âme, et il a composé lui-même les deux airs chantés dans Louis XI.

Mitis au mili(Hi des souftrances physiques qu'il supportait avec une sainte résignation, l'œuvre qui absorbait le plus sa pensée, c'était Mcliisine, tragédie conçue dans des idées tout à fait neuves, cl sur laquelle il fondait de grandes espérances. Casimir en avait conqiosé quatre actes; mais, selon riiabilude par lui contractée, il n'en avait écrit qu'un et la moitié d'un autre. Les progrès du mal qui le conduisil au tombeau l'empêchèrent de transcrire ce qui était dans sa mémoire et ce qui ne devait plus en sortir \

Il ne voyait pas sans une secrète terreur s'approcher l'hiver de 1845, et, pour se soustraire à la pi'évision de ses rigueurs, il se décida à quitter Paris et à se rendre dans le midi de la France, alin d'y passer la mauvaise saison. Le 2 décembre, accompagné de sa fennne et de son fils, il dit à sa famille un adieu qui devait être le dernier, et partit pour Montpellier, voyageant à petites journées par un tcnqis froid et brumeux. Arrivé à Lyon dans un grand état de faiblesse, il s'établit dans un hôtel de cette ville, comptant recouvrer quelques forces pour se rendre au terme de son voyage. Mais le 11 décembre, dans la soirée, à la suite d'une lecture d'un roman de Waller Scott que lui faisait sa femme agenouillée devant son Ht , il laissa tomber sa tête sur son

1 Sous le litro de DiT/aV/'i C//«/(<v, hi famille de Casimir Delavigiie a public en 1845, avec les poëmes «ju'il composa sur l'Italie, le seul fragment qui nous ail élé conservé de la n-ag ;die de Mélusine.

16 LES NOUMANDS ILLLISTUES.

oroiiler, prononça quelques mois, el s'endormit pour nepliissorévcillfr. Sa dépouille mortelle fut transportée à Paris, qui fit de magiiitiqucs funérailles à celui « qui avait obtenu la double palme, l'une bien éclatante, l'autre bien douce : comme poëte la renommée, comme liomme le bonbeur. » La ville du Havre lui a voté une statue, qui bientôt s'élèvera sur une de ses places publiques.

J. MORLEIVT.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

I. Charles XIIàNarva, épisode épique. Paris, Éverat, 4813, in-S", 16 pages.

II. Découverte [la] de la vaccine. Paris, Éverat, 1815, in-4», 12 pages.

III. Discours d' inawjuralion pour l'ouverture de la sallede spectacle du Havre. Chapelle, in-8°, 12 pages.

IV. Discours prononce le jour de sa réception à l'Académie française, suivi de la réponse de M. Auger. Paris, Ladvocat, 1823, 48 pages.

V. Dithyrambe sur la mort de Jacques Delitle. Paris, Éverat, 1813, in-4°de 4 pages.

VI. Dithyrambe sur la naissance du roi de Rome. Paris, 1811, in-i".

VII. Épître à M. de Lamartine, en réponse à une autre de ce dernier. Paris, Ladvocat, 1821, in- 8", 24 pages.

VIII. Epître à l'Académie française sur cette question: « L'étude fait-elle le « bonheur dans toutes les situations de la vie? » Paris, Delaunay ; Éverat, 1817, in-S", 16 pages.

IX. Poésies diverses, précédées d'un poëme sur la vaccine. Paris, Ladvocat,

1823, in-8'.

X. Messénienncs et poésies nouvelles. Paris, dix-neuvième édition. Ladvocut,

1824, in-8''.

XI. Messéniennes [sept) nouvelles. Paris, le même, 1827, in-8". (Il y a eu précédemment un grand nombre d'éditions.)

XII. Théâtre (son). Paris, Ladvocat; Barba, 1825, 2 vol. in-S", ou 4 v. . in-IS.

XIII. Théiitre (son). Charpcnlier; Paris, 3 vol. gr. in-18, 1840-41. Un quatrième volume contient les Messéniennes et les Chants populaires.

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