M A LUE H HE
leurs fades el inintelligibles rêveries. Sans être poète clans toute l'e'teutlne de l'expression, il enrichit la France de cette gloire litte'raire dont elle s'enorgueillit de nos jours, e'pura le goût des e'crivains , donna de sages lois à l'intelligence, et raviva toutes les sources privile'giêes d'où coula bientôt à flots ine'puisables la véritable poe'sie.
Si ce n'est là ce qui rendit Malherbe illustr'e , c'est à ce titre du moins qu'il est immortel.
J..F. D K !>) T B G TV Y (de Cacn).
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
Plusieurs des poésies de Malherbe parurent d'abord séparément dans divers recueils publiés de son temps, mais ce n'est qu'après sa mort que l'on songea à réunir ses œuvres. La première édition (in-4°) fut publiée en 1630 et suivie de plusieurs autres, jusqu'en 16GG, que ces poésies parurent avec les Observations de Ménage (in-8°, réimprimé in-12 en 1689 et en 1722;.
Nous nous bornerons à citer les meilleures éditions.
J. L'une des plus estimées, malgré les fautes typographiques qui la défigurent, est celle ayant pour titre : Poésihs de Maluerbi;, rangées par ordre chronologique, avec un Discours sur les obligations que la langue et la |)oésie françaises ont à Malherbe, quelques Remarques historiques et critiques, et une Table raisonnée. Elle fut éditée par Saint-Marc et sortit des presses de Barbon (in-8', tiré sur papier ordinaire, sur papier fort, sur papier de Hollande); Paris, 1757.
II. Poésies de Mvliierbe, rangées par ordre clironologique, avec la vie de l'auteur tirée des mémoires de Racan, et de courtes notes publiées par Meusnier de Guerlon; in-8", Barbou; Paris, 1764; réimprimé en 1776.
Cette édition, imprimée avec soin et sur beau papier, est recherchée des amateurs. Cependant l'éditeur n'a pas assez respecté le style du poëte, et le vernis moderne qu'il lui a donné lui enlève son cachet d'originalité.
III. Poésies de Malherbe, précédées d'une notice historique par Meusnier de Guerlon, ornée d'un portrait gravé par Dien; d'un fac-similé de son écriture, et de la gravure de la médaille publiée par M. P. -A. Lair ; in-8o. J.-J. Biaise ; Paris, de l'imprimerie de Didot aîné-, 1822.
Cette belle édition fut tirée sur papier d'Annonay, sur papier vélin, sur grand raisin et sur grand raisin vélin.
16 f-KS NORMANDS 1LI,U.STR?:S.
IV. Les Lettues dk IVhMiKiiBF. (jusqu'alors iiiédiles, , ornées du fac-similé (\^ son écriluiv, avec une vue de la ville de Caen et de la maison de Malheibe, publiées par J.-J. Biaise fin-8") dans les mêmes conditions (|ue l'édition des poésies ci-dessus menlionnée, el dont ces lellrcs formaient je deuxième volume; imprimerie de Didot aîné; Paris, 1822.
V. Les PoÉsnis de Maliierak, avec une notice liisloii([iie des variantes et des noies, et un clioix de lettres et pensées de Mallierbe (in-8»), publiées par Janet et Colelle; Paris, imprimerie de P. Didot aîné ; 1822 et 1824.
Celte édition avec portrait, fut faite, quant aux poésies, sur celle de Meusnier de Guerlon (177(5), avec la même notice et les mêmes notes; mais le texte est plus pur que dans l'édition modèle.
VI. Les OEl'vues de Malherbe , avec des observations de Ménage et des remarques de Chevreau sur les poésies, publiées par AnI. -Urbain Coustellier; Paris, 1723 (3 vol. in-12).
Le 1*^'' volume de celte édition contient les Poésies; le 2^ des Lettres et les oeuvres en prose, le Traité des bienfaits, de Sénèque, et le 33*^ livre de Tile- Live; le 3^ volume, les Observations de Ménage, telles qu'elles avaient été imprimées dès 1666.
VIL Les OEl'vues choisies, avec les notes de tous les commentateurs, édition publiée par L. Parelle; Paris, Lefèvre (A. -André), 1825; 2 vol. in-S" grand cavalier vélin , satiné, avec portrait.
Celte édition contient des notes de Ménage, de Balzac, de Chevreau et de Saint-Marc, un extrait du Commentaire inédit de Malherbe sur les Poésies de Desporles, un choix de maximes que Malherbe a imitées de Sénèque, des observations sur le 33^ livre de Tite-Live, et quelques lettres restées inédiles.
Les Poésies de Malherbe ont aussi été publiées dans un grand nombre de collections, dont nous indiquerons les principales :
Collection des classiqles français (in-4°); Paris, Didot l'alné; 1797; — Collection des poètes français (14 vol. in-18); Paris, Délerville, Debray ; 1801; — Collection DES meilleurs ouvrages de la langue française (in-4"); Paris, P. Didot; 1815; — La Bibliothèque française (in-18 et in-12); Paris, Ménard et Desenne; 1821, etc. etc.
Les œuvres poétiques de Malherbe n'ont pas eu moins de trente éditions.
l'yris. — Imprinicrit; fit Fonderie Ac Rir.,\Olix, luc Monsieur-lc-I'iinco. 29 hU
»U PERROIN'
Né à Sainl-Lo ( Manche 1 en 1556, Mort en 1618.
Jacques Davy Du Perron naquit à Saint-Lô, faubourg île la lîelle- Croix (Manche), le 15 novembre 1556, ainsi qu'il apperl d'une histoire manuscrite de cetle ville, composée par l'abbé Toussin Boisville.
Ce ne fui qu'après sa naissance que ses parents se réfugièrent eu Suisse pour échapper aux persécutions contre les calvinistes. 11 est avéré, d'après les panégyristes qui se sont occupés de lui, (ju'il sortit de la maison Du Perron et fut un des rejetons de l'alliance de deux des plus anciennes familles de la Basse-Normandie : les Languerville et les (]relleville.
Julien Davy, son père, avait al)andonné la médecine, qu'il prali(]uait avec succès, pour se faire ministre de la religion protestante ; c'élail un hom.me de grande science, comme le dit Guillaume Du\al, hisloriographe de ce temps, et c'est à lui (|ue le jeune Du Perron dut ses premières notions de langue latine et de malhémaliques.
Ses heureuses disj)osilious naturelles permirent à Du Perron de se passer de maître dès l'âge de dix ans; seul, il apprit le grec et l'hé- ])reu. « Virgile et lîoi'are faisaient ses délices. Il avait une mémoire si ]»rodigieuse, qu'en une heure il apprenait cent vers de Virgile. » Après avoii' fait sa philoso[)liie, il s'ap[)li«|ua avec ardeur à l'étude de la physique. Nous lisons dans son Pc'roniana : « J'ai trouvé la raison du croissemenl et décroissemeni de la mer; c'est moi qui l'ai trouvée le premier. » Nous lui laissons le mérite de cette découverle. bien ([ue nous n'en ayons trouvé la preuve nulle part.
Vers l'an 1562, Du Perron revint en Fi-ance avec sfui père et sa mère: mais une nouvelle [x-rséculion l'orra lii(Milôl ct'iîe fniulle à
chercher un rcl'u^c dans Tile de Jersey, d'où elle vinl enUu se hxer en Normandie. Là, Du Perron, par son amour de l'élude et par ses progrès dans les sciences, ne tarda pas à appeler sur lui l'attention des honmiesles }dus considérahles. Il avait à {)eine vingt ans, (ju'ii fut présenté au roi Henri III j)ar le comte de Matignon, qui l'avait pris en allection et (pii lui fit faire la connaissance précieuse de Desportes, ahhé de Tiron, célèhre par ses poésies, et de Touchard, ahhé de Bellozane, ancien précepteur du cardinal de Vendôme. Ce fut Desporles (jui le détermina à ahjurer la religion protestante, lui représentant que tout le mérite qu'il pouvait avoir ne le mènerait à rien, s'il n'embrassait le catholicisme.
Une lecture assidue, un examen approfondi des Pères, et principalement de saint Thomas et de saint Augustin, le portèrent bientôt vers la théologie ; le Traité de V Eglise, par Duplessis-Mornay, vainquit ses derniers scrupules. Renonçant dès lors au calvinisme, dont la doctrine, ainsi qu'il le confesse, lui sembla remplie de mauvaises raisons et de citations fausses, il abjura dans le cours de sa vingt et unième année .
Tout obstacle à son avancement fut levé : Desportes s'empressa de le présenter au roi, connue un jeune honnne qui iimail point (Xégal dans le monde du côté de la science et de l'esprit. Ti'ois mois après, il était lecteur de Sa Majesté, et pourvu d'une pension de douze cents écus.
Sa fortime va désormais croissant ; il est admis dans les plus hautes intimités. Rien que laïque, il est appelé à prêcher au couvent de Vincennes, devant le roi et ses confrères lliéronindles ; il prononça, sur l'amour de Dieu, un discours dont le roi accepta la dédicace (1505). Cette même année, il fut chargé de faire l'oraison funèbre du fameux Ronsard, qu'il appelait le prince des poètes' •. le plus brillant auditoire couvrit d'applaudissements cet éloge, dont l'auteur ollVit la dédicace
' 11 s'exprime ainsi dans son Perrouiana : « Nous n'avons point eu de poëie vraiment « poëte que Ronsard, et jamais poêle n'a eu un genre aussi beau que le sien... Prenez de « lui quelque poëme que ce soit, il i)aye toujours son lecteur, et quand la verve le prend, « il se guindé en haut, il vous porte jusque dans les nues, il vous fait voir mille belles «choses. Que ses saisons sont bien faites! que la description de sa lyre à Berlaut est <( admirable ! que le discours au ministre est excellent ! Tous ses hymnes sont beaux. Celui « lie riïiernilé est admirable, etc.. »
il Desporles, coniinc ayant été, dil-il, ^< le principal aitleur, non-seulenwnl de le lui faire entreprendre, jnais aussi de lui persuader de s'exposer au jour et à la lumière de Vimpression . >>
Eiilrc dans les ordres, il fut choisi pour prononcer l'éloge de Marie Sluarl, celte infortunée victime d'Elisabeth, à laquelle Henri III fit rendre de magnifiques honneurs funèbres. Dans cette conjoncture, Du Perron, se pressant trop de faire de la courlisanerie, et connaissant les sentiments haineux du roi contre Elisabeth, crut se mettre plus avant dans sa faveur en composant, sur cette mort tragique, une satire où l'on remarque ces vers :
Ce vieux monstre conçu d'inceste et d'adultère, Qui sa dent acharnée au meurtre va souillant, Et le sacré respect des sceptres dépouillant, Vomit contre les cieux son fiel et sa colère. L'impie Elisabeth, furie inexorable, Consacre aux ans futurs ce sanglant monument ; Et du chef d'une reine occie innocemment Dresse à sa cruauté ce trophée exécrable.
Ce passage, bien que dans les vues de Henri HI, n'en fut pas moins iuiutenient désap[)rouvé par lui ; Du Perron vit qu'il avait fait, en politique, un dangereux écart, et, croyant pallier une odieuse vérité par un mensonge plus odieux encore , il fait l'éloge de Catherine de Médicis!...
Celle qui fut sur terre en vertu sans pareille, De nos ans rornement, des futurs la merveille,
Itéprima des mutins l'injuste frénésie,
El sous ses pieds vainqueurs abattit l'hérésie.
Celle qui des autels prit le soin tutéiaire, Celle qui fut l'appui du simple populaire, Celle qui tint des i^rands le pouvoir limité, La terreur des mauvais, des bons la sûreté.
Tout l'honneur de notre âge, et tout ce que l'histoire Des vieux siècles passés consacre à In mémoire, De grand, de généreux, de louable et de beau. Repose dans l'enclos de cet étroit tombeau.
4 LES iN<>KMAM)S ILLlSir.KS.
!)ii IN'i'i'uii se ronrvoya fort tluiis iiiu; aiilrc occuireiicc, cl cclii pai' le crédit qu'il avait dans la l'acililc de sa coiilroversc, comme on le voit dans ce passage lexluellcmeiit exlrait du Journal de Henii III. « Du Perron élant au dîner du l'oi, le 25 novemlire I5t]ô, iil un excellent discours contre les alhéistes, et comme il y avait un Dieu : ce qu'il prouva par belles raisons ; à quoi le roi prit gi'and plaisir et l'en loua. Mais Du Perron dit au roi : J'ai prouvé aujourd'hui qu'il y a un Dieu ; s'il plaît à Votre 3Iajesté me donner audience, je lui prouverai par raisons aussi bonnes (pi'il n'y en a point du tout. Sur quoi le roi entra en colère, chassa Du Perron, l'appela méchant, lui défendant de se plus trouver devant lui. »
Nous aimons à croire qu'il n'y a dans ceci qu'un bruit de gazette, et cette croyance pourtant est terriblement ébranlée par l'autorité même du pape Paul V. Il était question des troubles survenus à Venise^: ^^ Prions Bien, à\l\e pontife, qu'il éclaire le cardinal Du Perron, car il nous persuadera loul ce qu'il coudra.
Ajouterons-nous que Servin, l'avocat général, traité d'ignorant par Du Perron, lui répondit : « Il est vrai. Monsieur, <jue je ne suis pas assez savant pour prouver qu'il n'y a point de Dieu. «
Henri III mourut assassiné, ou sait dans quelles circonstances et pour quelle cause. Du Perron, })résenté parTouchard, entre dans la maison du cardinal de Vendôme, connu depuis sous le nom de Bourlion. Il rédige, de concert avec ses patrons, une requête au roi Henri IV, dans laquelle le nouveau monarque est nienacé de défection s'il ne se fait catboli<|ue. Voici ce ([ue dit Sully dans ses Mémoires: « Du « Perron, par son caractère, sa réputation, son éloquence, pouvait « beaucoup auprès du cardinal. Nous nous connaissions depuis long- « lenqjs, et il m'avait quelque obligation. Je concertai mon discours, « couime ayant alfain' à un honuiie pour leipu'l rélo(juence, les « graiules idées et les raisomunuents profonds avaient de jiuissants « charmes. I! fut supposé, dans celle conféreiu^e, qu'il était néces- « saire que le roi fit abjurati(»n, et que l'intérêt de la France était <[ue « Henri fût reconnu avec les mêmes ])rérogatives que ses pi'édéces- « seurs. »
1 îiilonlit (lo Venise; biillo ihi 17 nvii! IC.Ki.
La rocommaiulation de Tiabrielle d'EsIrées acquit à Du Perron La faveur de Henri, qui le promut à l'évêché d'Evreux. Cet avancement ne serait-il pas dû à celte strophe si gracieusement polilique de l'ode adressée par le poëte au roi :
Heureuse mille fois l'angélique beauté Qui voit dessous ses pieds tant de gloire captive, Et dompte avec les yeux ton esprit indompté ; Qui, pour chérir ses fers, do liberté se prive ! L'or de ses blonds cheveux, fdets semés d'appas, Dos peuples prisonniers tient les âmes ravies. Tous les traits de ses yeux sont autant de trépas, Et tous ses doux soupirs donnent autant de vies.
11 avait tellement su s'insinuer dans les boimes grâces du Béarnais, qu'il était admis justpi'à son chevel, et l'enlrelenait avec la plus grande familiarité \
Le nouvel évèquc d'Evrcux s'occupa avec insistance de la conversion du roi, et le détermina enfin à se fain; instruire. 11 en parle en ces termes dans sa fameuse harangue au tiers état : « J'ai suivi la fortune « du roy Henri le Grand au fort de ses affaires ; il me faisait l'honneur « de conférer en secret avec moi des points de notre foi, pour se pré- « parer à sa conversion. Je le ramenai par la grâce de Dieu, ou plutôt « la grâce de Dieu par moi, à la religion catholique ^. »
L'abjuration de Henri IV devait susciter entre les pasteurs dissidents d'implacables animosités. Un ministre, nommé Rotan, arrive de La Rochelle à Paris, et le premier jette le gant. Il s'offre à confondre, sur les matières de religion, tout docteur catholique. Une conférence est décidée ; c'est l'évoque d'Evreux qu'on oppose au calviniste. Du Perron accepte la conférence, dont les conditions sont ainsi posées :
1 Monsieur de Bnrigny, de l'Académie des inscriplions cl belies-letlres, nous apprend que celle familiarilc allait parfois si loin, que « Du Perron, jouant aux échecs avec, « Henri IV, laissa ccliapper un venl, cl que, sans se démonlcr, il dil : Du moins il n'csl « pas pan! sans irompcllc. »
'2 C'est lui qui sollicita et obtint à Rome l'absulution du roi; mais à quel prix? D'Aubigné rend ainsi compte de celle cért'monie : « Il a fallu ([uc Henri IV, se prosternant aux « pieds du pape, ail reçu des gaulades en la personne de monsieur le converlissonr cl <hi
6 LES NORMANDS ILLrSTRES.
Que tout se ferait avec modestie et sans inçeclives ;
Que la conférence se ferait par syllogismes;
Qu'il ne se proposerait rien que par la parole de Dieu;
Qu'on écrirait tout ce qui se dirait, et qu'on en ferait part au roi ;
Que le gouverneur de Manies aurait soin que tout se passât dans le plus grand ordre.
Le combat s'engage (7 dérembre 1595) en présenre des principaux seigneurs de la cour. Du Perron, après sept jours de dispute, sort victorieux de l'arène, laissant à son principal adversaire un grand mal de tête ', et à ses tenants, la honte de n'avoir osé le dt'fendre'^.
Exalté par ce premier succès, Du Perron se livra avec ardeur aux luttes de la chaire. Le monde clirélien fut bientôt rempli de sa re- Jiommée comme prédicateur. Sortant un jour d'entendre un de ses sermons, l'avocat général Marion s'écria : Ce n'est pas un homme qui a prêché, c'est un ange. D'Aubigné, de son côté, prétend que le frère de Du Perron, (pii, plus tard, lui succéda à l'archevêché de Sens, et quelques autres de ses apôtres, avaient à l'église, devant la chaire, un banc chargé de beaux livres qu'ils ouvraient à la citation des pasci cardinal d'Ossat, lesquels deux furent couchés sur le ventre comme maquereaux sur In <i gril depuis le /«««rere juscju'à vilulos. »
On lit à ce propos une pièce de vers où nous remarquons ceci. L'auteur s'adresse au pape :
D'un si loger balon ne doit être battu
Du Perron à vos pieds lâchement abattu :
Sa coulpe envers son roi est par trop criminelle,
Si la verge de fer que Christ tient en sa main,
Vous tenez en la vôtre, ô vicaire romain,
Rompez-lui tout d'un coup les reins et la cervelle.
Si tibiqvœ Chrisli communis terrca virga, Dchueras sacrum hoc comminidsse capnt.
' l\i)tan abandonna le terrain, sous prclexle qu'il avait m:d à la tôle. [Janmal de JhnriU', l.I, p. 433.)
2 Pour être fidèle à l'histoire, nous devons transcrire ce passage : « L'avantage que « Du Perron remportait dans toutes les disputes faisait dire aux minisires qu'il pratiqua « mieux (jue |)ersonne le secret d'embarrasser exprès son discours de paroles obscures, « d'entasser une pile de distinctions en termes philosoplii(|uos, et d'y répandre un nuage de « poussière, avec un style capricieux et imposteur, lorsqu'il se trouvait empêtré et pressé « Je J'èvidence de la vérité. » [Confessions de Sancy, note 23.)
sagos, el qu'ils refermaient ensuite avec le plus de bruit possible, afin de réveiller Tassislance. Nous pensons, d'après la lecture sérieuse que nous avons faite des sermons de Du Perron, qu'il y a exagération et dans le jugemeul de Marion et dans l'anecdote de d'Aubigné.
Les triomplies de Du Perron lui valurent, de la part de ses adversaires, un grand uombre d'épigrammes; celle-ci entre autres:
Celui qui hautement caquette, Blâmant notre vocation, Parlait plus bas sur la sellclfe, Lorsqu'il eut l'absolution.
Il est vrai de dire qu'il se préoccupa for: ,)eu de toutes ces attaques, auxquelles il eût pu, au besoin, opposer l'amitié du roi el l'estime du pape (ilément VIIL Tout entier à ses ouvrages de controverse et aux soins de son diocèse, il semblait avoir oublié les agitations de la coiu", lorsqu'il y fut rappelé pour combattre les doctrines de Duplessis-Mornay, ce célèbre réformiste qui avait écrit contre la messe et sur l'cucbaristie un ouvrage que le prélat d'Evreux avait publiquement déclaré être rempli de citations tronquées. Sur la demande des deux adversaires, le roi ordonna une conférence, qui en effet eut lieu à Fontainebleau le 4 mai 1600. Les commissaires catboliifues étaient : MM. le président de Thou, Pitboii, et Martin médecin de Sa Majesté ; pour la religion réformée, Dufresne, Canaye et Casaubon. Henri IV avait voulu, accompagné de l'élite des seigneurs de sa cour, eaiholigue on protestante, assister à cette conférence, d'où, ainsi que Sully lui-même en convient, Duplessis-Mornay sortit à sa boute. Le roi, surpris de la mauvaise contenance de ce dernier en présence de son terrible antagoniste, dit à Sully: « Eh bien! que vous semble de votre pape? — Sire, répondit le ministre, il me semble qu'il est plus pape que vous ne pensez, puisque, dans ce moment, il donne le bonnet rouge à monsieur d'Evreux '. »
1 T.p poi'lo Berlaut, t*vêqiie (lo Socz, dans un discours en vers sur la Confcrcncc icnne u FimtaiiiehJean, peinl ainsi la joie du roi :
A qui ne parut point l'ordour deoctie (lamine Qu'un zèle lonl cclesle allumait en votre ûme,
8 LI'.S NOHMANDS ILLl" ST!'.Eî=;.
(Icito prrdiclion (levait bientôt s'arcomiilir. (Ih'iiicnl \'III. avant appris la victoire; de l)n Perron, lui écrivit, le 21) mai. un bief de lV'li<ilation, et, b; 17 jnin 1()04, il lui envoya le bonnet par l'ini de ses cainéricrs, Alexandre Strozzi : lui faisant dire « (jiie la clgnite de cardinal elail due de[)uis longtemps à sa piéle cl à sa i'erlu. »
Qiu3bpies mois api'ès, Du Perron fut envoyé à Rome comme cbargé des affaires de France.
Il était à [)eine arrivé à sa nouvelle destination, que la mort de (llément VIII lit assendiler le conclave. Son esprit remuant, l'autorité de son éloquence, contribuèrent puissamment à l'élection d'Alexandre de Médicis, frère de la reine de France, connu comme pape sous le nom de Léon XI, et qui régna vingt-cinq jours. Un nouveau conclave fut convoqué, et la faction française, représentée par Du Perron, y prévalut encore par la nomination de Camille Borghèse (Paul V).
La récompense de ce double triompbe ne se fit pas longtemps attendre. Vers le milieu de l'année 1600 , le nouveau cardinal fut promu à l'arclievècbé de Sens, à la place de grand aumônier et à la dignité de commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Un an plus tard, rien ne le retenant plus à Piome, il revint en France et prit inmiédiatement possession du siège de Sens, où (d'après l'abrégé de sa vie, par Pelletier), // apprit aux laïques à respecter les prêtres , el aux prêtres à bien servir Dieu.
C'est à lui, comme grand aumônier et conseiller de la régence, qu'on doit les améliorations apjiortées au collège royal de France. Il en fit rebâtir l'enceinte après la mort de Henri IV, qui avait adopté son plan, et ce fut Louis XIII qui posa la première pierre du nouvel édilîce (28 août 1010).
Quand ce docle jM-élat en (jui luil le pouvoir Qu'a rexlrêmc éloquence el l'cxlrcme savoir, Comballail devant vous des armes de l'Ê^'llse, Pour la foi dont la garde en vos mains est soun>ise ! A'ous sembliez du désir combattre avecquc lui : Chaque mot vous comblait ou de joie ou d'ennui, 1,'honneur qu'il s'acquérait paraissait votre gloire, Et tout autant de fois qu'il gagnait la victoire Soudain le feu de joie en luisait dans vos yeux, Élincelants alors comme étoiles descieux.
Il fil condamner le fameux livre de Riclier : De ecchsiastira et polilica poleslale. Le pape lui en adressa des remercîments. Dans le même lemps se passait une scène assez curieuse, et qui honore également les deux personnages qui y ont pris part :
« Le cardinal Du Perron étant à Paris, où il demeurait sur la paroisse Saint-Paul, envoya un gentilhomme dire au curé ' de cette paroisse de le venir trouver pour une affaire qu'il avait à lui communi([uer. Le curé répondit qu'il irait, et n'en fit rien. Du Perron, après l'avoir attendu assez longtemps, l'envoya quérir une secomlc fois. Le curé répondit encore comme auparavant, et ne s'en remua pas davantage. Enfin Du Perron, indigné de l'incivilité de cet homme, lui fit dire qu'il trouvait son procédé fort mauvais, et que, sans tarder, il eût à venir. Le curé répondit froidement au gentilhomme : Allez dire à monseigneur le cardinal qu'il est curé à Rome, et que je le suis à Paris; qu'il est sur ma paroisse, et que je ne suis pas sur la sienne. Du Perron, ayant entendu cette vigoureuse réponse, dit : Il a raison, je suis son paroissien, c'est h moi de l'aller trouver ; et il partit aussitôt. Dès que le curé l'aperçut, il courut le recevoir jusque dans la rue. Le cardinal, très-content, l'emhrassa et lui donna son estime et son amitié. » Du Perron, fatigué des tracasseries continuelles dont il était le hut, laissa le champ lihre à ses adversaires terrassés, sauf à eux à se relever comme ils pourraient. Use retira dans sa maison de Ragnolet'^, où il se prit à controverser, tant hien que mal, avec Montaigne et Rahelais, ses auteurs favoris ( peut-être parce qu'ils lui offraient ses derniers arguments de controverse). Il était tout entier à son ouvrage contre le roi delà Grande-Bretagne, quand il fut pris d'une rétention d'urine qui détermina son retour à Paris, où il mourut, après quinze jours de souffrances, le 5 septembre 1618.
On dit que, près de sa fin, il s'écria : « Je changerais tous mes
1 Antoine Faycl, doclcur en tiiéologie, prévôt et notaire du saint-siose. Il devint cnsuilp conseiller au parlement.
2 Là Du Perron, qui n'épargnait ni soins ni dépenses pour ses livres, avait fait monter une imprimerie spéciale. Il commençait par un premier tirage destiné à ses amis particuliers, pour qu'ils pussent lui envoyer leurs observations. Après avoir fait son profit de chaque conseil, il livrait au public un second tirage en la dernière forme qu'il avait résolu d'adopter.
iO LES NORMANDS ILLUSTRES.
« iKMiéfires, l(tnl(^ mn sciciico, loiile ma réjHilalion, pour la sanlé du « ciinî (1(! UagiKilcl. »
liacan a fail, sur la niorl du cardinal, les vers suivants :
Quoi ! ces rares vertus dont Ariste fit voir Des largesses des dieux sa belle âme chargée ; Quoi ! les justes regrets de la France afiligée. Ne purent à pitié les destins émouvoir !
lis ont mis au tombeau ce démon du savoir, Dont la terre semblait être aux cieux obligée; Et, sans aucun respect, la Parque s'est vengée De celui dont le nom méprisait son pouvoir!
Arisle, favori des filles de Mémoire,
Fut ici-bas un dieu, dont l'immortelle gloire
A mérité d'avoir des vœux et des autels,
0 souverains auteurs des lois inviolables ! Quelle foi maintenant pour vous croire immortels, Puisque l'on voit la mort attaquer vos semblables?
Voyons mainlenant le poêle. Mêlant le sacré au profane, il place à roté d'une hymne une ballade ; une oraison funèbre auprès d'une satire; des traductions de psaumes en regard d'imitations de Virgile et d'Horace ; de l'ode héroïque il descend à la chanson, et partout se révèle, avec un même bonheur, son admirable fécondité.
Religieux, il paraphrase ainsi \e Benedic anima mea Domino :
0 Seigneur! seul auteur des œuvres nonpareilles, Dont le pouvoir s'égale avec la volonté ; Ton être et tes effets sont tout pleins de merveilles, Et d'un si haut sujet mon style est surmonté.
La gloire aux ailes d'or ton saint trône environne; Tu fais seoir à tes flancs la pompe et la grandeur; I. 'auguste majesté de rayons t'environne, Et, comme d'un manteau, tu te vêts de splendeur.
Les vents aux pieds ailés que Ion seul frein arrête Servent à tes décrets d'agiles messagers; Et les foudres armés de flamme et de tempôte Sont de tes mandements les ministres légers.
Dans nos prés embellis d'un tapis délectable, A longs plis argentés se traînent les ruisseaux, Qui portent murmurant leur onde souhaitable Au pied du coteau vert ombragé d'arbrisseaux.
Pour rafraîchir le sein de la terre embrasée,
Du ciel sur les hauts monts tu fais couler les pleurs ;
Aux herbes des \allons tu dépars la rosée,
Et le miel et le lait distilles sur les fleurs.
Malherl)P, que Du Perron mettait tant au-dessus de lui, qu'il ne voulait plus, disait-il, faire de vers en présence d'un adversaire aussi redoutable. Malherbe n'a rien fait de pluspoélique que ces strophes. Du Perron seul s'est surpassé dans la traduclion du psaume : Super flumina liabylonis, dont nous allons essayer d'extraire les plus beaux passages :
Quand loin de Palestine, etc.
Nos yeux furent changés en fontaines de larmes Pour apaiser le ciel contre nous animé , Et pour pleurer Sion, que la fureur des armes Dévorait comme un feu nuit et jour allumé.
Ceux qui nous conduisaient vers un triste servage. Où l'ire du Seigneur nous allait confiner. Voyant pendre nos luths aux saules du rivage. Nous pressaient de les faire encore résonner.
Récitez, disaient-ils, dessus vos luths d'ivoire, Les hymnes qu'autrefois vous avez tant chantés, Cependant que Sion jouissait de sa gloire El s'allait élevant sur les autres cités.
42 LES NORMANDS ILIJ'STnES.
L;is! commenl (]iroiis-noi;s, nous à qui la voix Iremhle, Les liyinnes du Seigneur en ces profanes lieux? Et comnnenl pourrons-nous laisser sortir ensemble Des chants do notre bouche et des pleurs de nos yeux?
0 fille de Sion ! si douce a ma pensée, Pour qui je coule en pleurs et les jours et les nuils, Pourrâis-je bien te voir de mon âme effacée, Ou t'aller oubliant au fort de mes ennuis?
Non, que plulôt ma main lan.iuisso de paresse, Oubliant de son lutli le doux ravissement; Non, que seule tu sois ma joie et ma tristesse ; Que rien ne me console en ce bannissement 1
Voici bif^nlol les intérêts du ciel sacrifiés aux vanilés mondaines. Le cardinal va soupirer pour Chloris :
Adieu, bel œil brillant armé de flamme claire, Superbe roy des cœurs de rayons couronné, Dont le lustre m'offense à force de me plaire. Et par trop de bonheur me rend infortuné.
Adieu, constants liens des volontés esclaves, Cheveux blonds, filets d'or par ondes agitez. Qui captivez ror;j;ueil dos courages plus braves. Et dans les nœuds d'amour leurs desseins arrestés.
Adieu, bouche d'oeillets et de roses vermeilles, Qui respirez sans cesse un printemps gracieux, Où mille et mille amours voUétent comme abeilles, Cueillant de vos beautez le miel délicieux.
Mais, que dis-je, ô mon tout! quel trouble me transporte? De tes beaux yeux vainqueurs vouloir rompre la loy. Et briser tant de nœuds dont restreinte est si forte, Comme si mon vouloir estoil encore à moy ?
Qui l'ecouDaîIrnil, dans ces vers si parfumés d'érolisme, la plume
srvèiT (lu poète (jui, toiil à l'heure, célél)rait la inajeslé des (•ieiix^.. Jl pciiil, entre deux sermons, le temple de l'Inconstance :
Je veux bâtir un temple à l'Inconstance ; Tous amoureux y viendront adorer, Et de leurs vœux jour et nuit l'honorer, Ayant le cœur touché de repentance.
De plume molle en sera l'édifice, En l'air fondé sur les ailes du vent ; L'autel de paille, où je viendrai souvent Offrir mon cœur par un saint artifice.
Tout à l'entour je peindrai mainte image D'oubli, d'erreur et d'infidélité, De fol dcsir, d'espoir, de vanité, De fiction et de penser volage.
Du Perron veut-il s'élever dans les régions pindari(|ues, il prouve (jue ses ailes sont assez fortes pour le soutenir à cette hauteur. Nous prendrons nos exemples dans les fragments de ses stances à Henri IV :
AU nO!, POUR SES ÉTUENNES.
Grand roy, dont les malheurs eslèvent la vertu Et servent de devrez à l'autel de la frloire, Qui pins as d'ennemis, moins te vo's abattu, Aussi fier au péril que doux à la victoire.
Prince en tout accident par le soi t esprouvé, ■Fiiste ornement futur des histoires fidèles, Qui, par un art royal à toy seul réservé, t'anlonnes aux vaincus et domptes les rebelles.
Quand au sort des combats pleuvent mille hazards. Chacun, pour s'assurer, regarde ton visage. Et ton œil flamboyant est l'étoile de Mars, Dont les tiens, au péril, emprunlent le courage.
IT LES NOHMANDS ILLUSTUKS.
Puissent de leurs cités, et de leurs forts encor, Trobuclier devant toi les rebelles murailles, El Falegre Victoire, avec ses ailes d"or. Voler dessus ton chef au milieu des batailles.
Puisse Ion ample État, sauvé de tous dangers, Aiïermir tellement le poids de ses colonnes, Que ton fer s'aille teindre au sang des étrangers, Et que tous tes combats soient autant de couronucs!