‹ Poètes normands;Chapitre 8 sur 63 · MAI.11E51BK · texte numérisé non relu

MAI.11E51BK

vous me feites brûlei- ici pour cinq sous de tlanibeaii , et tout ce que vous me dites ne vaut pas six blancs, »

Quoiqu'il fît de ses vers métier et marchandise , il prétendait que la poésie n'est qu'un amusement, qu'elle ne mérite aucune récompense, et «qu'un bon versificateur n'est pas plus utile à l'État qu'un bon joueur de quilles. » Mais dès qu'il s'agissait de lui-même . son langage était tout autre. N'a-t-il pas dit dans une ode au roi :

Quelle sera la hauleur De l'iiymne de la victoire , Quand elle aura celle gloire , Que Malherbe en soil l'auleur !

Et ces vers d'un soimet à Louis XUl , connnent s'accordent-ils avec l'opinion qu'il a des poêles 1^

Mais qu'en de si beaux fails vous m'ayez pour témoin , Connaissez-le, mon roi , c'esl le comble du soin Que de vous obliger ont eu les destinées.

Tous vous savent louer, mais non également. Les ouvrages communs vivent quelques années ; Ce que Malherbe écrit dure élernellement.

L'abbé Desportes , qui , ainsi que Bertaut , n'a pas peu contribué à introduire dans notre langue et dans notre poésie l'importante réforme dont Boileau attribue , avec sa partialité ordinaire , tout le mérite au seul Malherbe , Desportes, oncle de Régnier, avait invité notre poëte à dîner chez lui, en compagnie de son neveu. Les deux convives, arrivés fort tard trouvèrent le potage servi. Cependant Desportes , se levant de table, reçut Malherbe avec une politesse exquise et voulait, avant de reprendre sa place , aller dans son cabinet chercher un exemplaire de sa traduction des Psaumes qu'il désirait lui offrir. Le poëte normand lui dit , avec son impertinente rudesse , « qu'il l'avait déjà vue , que cela ne méritait pas qu'il prît cette peine , et que son potage valait mieux que ses psaumes. » Desportes , justement blessé par cette brusquerie , ne lui adressa pas un mot dui-ant tout le dîner ; au lever de table , ils se séparèrent et ne se revirent jamais.

L'historien Balzac appelait Malherbe le tyran des mots et des syl-

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lahcs. «La mort, dit-il, l'attrapa sur l'airoiidisseinciit d'une période, et dogmatisant sur la vertu des particules. » Kttectivement il poussait si loin la sévérité granmiaticale, qu'une heure avant d'expirer , interl'ompant son confesseur qui l'entretenait en termes [)eu corrects des félicités éternelles , il s'écria : « INe m'en parlez plus , votre mauvais style m'en dégoûterait. '>

Indépendamment de ses poésies, dont le nombre connu s'élève à cent vingt-neuf pièces , Malherbe écrivit aussi quelques ouvrages en prose, la traduction du Trailé des bienfaits de Sénèque , des Observation^^ sur le xxxm*^ livre de Tite Live , et des Lettres que l'on peut considérercomme des mémoires sur les cours de Henri IV et de Louis XIII ; on y trouve des détails précieux sur ces deux règnes , des anecdotes piquantes et une peinture vive des personnages et des mœurs de l'époque. Ces Lettres, restées en manuscrit à la bibliothèque royale, n'ont été publiées pour la première fois qu'en 1822.

Malherbe était plus homme de jugement que de génie, plus correct qu'inspiré , plus réformateur que poète ; ce n'est qu'à ce titre qu'il est véritablement grand. A-t-il étendu le domaine de l'imagination? Non; il s'est contenté de tracer des voies régulières dans ce champ qui n'avait encore été sillonné que de sentiers capricieux et perdus. Le vit-on jamais, dans le feu sacré de l'inspiration, faire jaillir de sa verve quelques-uns de ces traits inattendus, si naturels et si puissants, qu'ils saisissent l'âme et la transportent ; de ces larges et brillantes pensées qui , tout à la fois simples et sublimes , sont moins des étincelles d'esprit que des éclairs de génie ? Non : Malherbe ne coulait rien d'un seul jet ; il versait lentement dans le moule la matière déjà refroidie , l'en retirait pièce à pièce , ajustait , soudait l'une à l'autre toutes les parties de son travail, et quand la lime n'y ti'ouvait plus de saillies à mordre , il proclamait éternelle une œuvre qu'il n'avait rendue corl'ecte qu'en la dépouillant souvent de son originalité , de son caractère et de sa puissance.

Malherbe ne ressentit pi'esque jamais ces nobles ardeurs qui seules distinguent la vraie poésie de la versification aux allures froides et compassées , mais il rendit à notre langue d'inappréciables services , en la débarrassant de ces expressions ridiculement composées de grec et de latin d(mt les rimeurs de son temps drapaient (»rgueilleusement

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