CÉSURE
se met à volonté, ou après la 4®, ou après la 5® syllabe. Mais / comme, dans le vers alexandrin, elle est invariablement ( placée à la 6® syllabe, elle le coupe toujours en deux parties^ égales, appelées pour cela hémistiches.
Deux vers de Boileau donnent de la césure, à la fois, le précepte et l'exemple :
Que toujours dans vos vers | le sens, coupant les mots, Suspende l'hémistiche, | en marque le repos.
Dans la plaine blonde | et sous les allées, Pour mieux faire accueil | au doux messidor, Nous irons chasser | les choses ailées, Moi, la strophe, toi j le papillon d'or.
(François Coppéb, Le Reliquaire.)
Il n'est pas nécessaire que la césure soit marquée par un signe de ponctuation, mais il faut que la suspension qu'elle exige soit autorisée par le sens.
Je n'épargnerai rien | dans ma juste colère.
(Racine, Andromaque.)
2. Règles concernant la césnre. — l** L'hémistiche doit tomber sur une syllabe sonore, et non sur Ve muet, qui est trop faible pour servir d'appui à la voix. Ainsi ce vers ;
C'est dans l'infortune qu'on connaît les amis,
est défectueux (1). Par suite Ve muet qui se trouve à l'hémistiche doit être élidé.
Le sang de nos rois crie et n'est pas écouté.
(.Athalie.)
Le bec de la cigo^'nc y pouvait bien passer, Mais le museau du sire était d'autre mesure.
(La Fontainb.)
2" La césure est évidemment vicieuse lorsqu'elle tombe au milieu d'un mot :
(1) Il faudrait mettre : V adversité.
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Les ténèbres ne j?o«rront jamais te comprendre.
Elle l'est encore, en principe, lorsqu'elle sépare des mots étroitement unis par le sens. Mais les poètes de génie ont souvent, avec bonheur, négligé ce détail.
Et le jour a trois fois | chassé la nuit obscure.
(Racine.)
Immobile, les yeux | fixes, les bras tendus...
(MiLLEVOYE.)
' Vous qui pleurez, venez | à ce Dieu, car il pleure...
(V.HXTGO.)
En somme, le goût et l'oreille, formés par la lecture des bons modèles, peuvent seuls apprendre à juger de la sufiSsance ou de l'insufi&sance de la césure.
3. L.es conpes mobiles.— La fixité de la césure rendrait bientôt le vers monotone : aussi les grands poètes ont-ils su introduire d'autres repos qui rompent l'uniformité de la mesure par des coupes variées. La déclamation, nous l'avons fait remarquer (1), doit en tenir compte, sous peine de défigurer les plus beaux modèles.
'' Dans les dix vers suivants, par ezemple, d'une Si caressante mélodie, les places diverses assignées aux accents rythmiques suffisent à créer huit cadences différentes, quoique toutes soumises au balancement de la césure médiane :
Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire, Et ces -profonds reapects que la terrcwr inspire, A leur -pompeux éclat, mêlent peu de douceur, Et fatiguent souvent leur triste possesseur. Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et Jamais ne me lasse. De l'aimable vertu doux et puissants attraits ! Tout respire en Es^Aer l'innocence et la. paix. Du cha^rrin le plus noir elle écarte les ombres, 'Etjait des jours sereins de mes jours les plus sombres.
(Racine, Usther.)
..." A présent, par contraste, lisons dans le Sertorius, de Corneille, une fière et virile réponse de la reine Viriathe :
(1) 'L'Art d'écrire, pp. 10-15. ^ ■