LES STANCES
fixe de vers offrant toujours la même disposition de rimes et de mètres. Nous en avons donné précédemment des exemples.
L'arrangement en strophes peut se faire de trois manières : 1° La même combinaison rythmique se poursuit du commencement à la fin de la pièce : André Chénier, dans la Jeune Captive, Lamartine, dans BonapaHe ; 2^ Ou bien deux strophes différentes se suivent alternativement: Victor Hugo, Pour les pauvres ; 3" Le même V. Hugo, dont l'œuvre lyrique fournit le plus merveilleux répertoire de rythmes de toutes sortes, — partage souvent ses odes en plusieurs parties ; pour chacune de celles-ci, il adopte des strophes d'espèces différentes, afin que le mouvement rythmique réponde d'une manière plus parfaite au mouvement des idées et des sentiments : Napoléon II, Les deux îles.
Le nombre de vers dont les stances et les strophes se composent, fait désigner celles-ci sous les noms de tercets (strophes ternaires), quatrains, sixains, huitains, dizains. Aux groupements indiqués par ces cinq termes, il faut ajouter la strophe de deux vers (le distique), et celle de douze, qui sont possibles ; mais il est difficile de pousser une période rythmique au-delà de cette dernière étendue, la mémoire ne pouvant en retenir pleinement le dessin.
Quoique les stances soient susceptibles des combinaisons les plus variées, — les formes de strophes sont innombrables — on doit cependant tenir compte des règles suivantes :
1" Chaque stance doit avoir un sens complet ou, si le sens est suspendu, il faut qu'il soit assez complet pour motiver un repos. Mais, ici encore, rien d'absolu :
La liberté de ne plus boucler le sens avec le dernier vers de la stropbe, d'enchaîner, au contraire, très étroitement les strophes les unes aux autres, a été, pour Lamartine et Hugo, le moyen d'une puissante exaltation de l'essor lyrique. Lisez, par exemple, ce chefd'œuvre des Recueillements de Lamartine, la Cloche du Village; vous y trouverez une période qui s'élève, avec des battements d'ailes de plus en plus larges, pendant sept strophes de six vers, plane durant la huitième et la neuvième, pour ne s'arrêter, comme un aigle qui se pose, que sur la dixième.
Et y. Hugo, a su quelquefois, non plus se contenter, comme Cor-
neille (œuvre lyrique), d'employer des strophes de plusieurs rythmes dans une même ode, mais relier entre elles ces strophes diverses pour tirera la fois de leur enchaînement et de leur diversité, des beautés extraordinaires. {Napoléon II, Les deux îles.)
2° Si la stance finit par une rime masculine, celle qui la suit doit commencer par une rime féminine, et réciproquement. La raison de cette loi a été indiquée plus haut.
3" On doit éviter de faire paraître les mêmes rimes dans deux stances consécutives, ou seulement rapprochées.
4" La stance a nécessairement les rimes croisées ; avec des rimes plates, elle serait monotone.
4. Cooplet et refrain. — Dans la chanson et la romance, la strophe prend le nom de couplet. Les couplets se terminent le plus souvent par un refrain, c'est-à-dire par un ou plusieurs vers, que l'on répète, soit invariablement, soit en le modifiant un peu. (1)
Il y a, dit Chantrel, une remarque importante à retenir pour le cas où les stances, strophes ou couplets, doivent être chantées sur le même air: c'est qu'il faut avoir soin de placer les syllabes accentuées dans le même ordre. Sans cette attention, la mesure musicale qui convient au premier couplet ne convient pas aux autres, et produit des effets cacophoniques fort désagréables.
5. Poèmes â forme flxe. — Voici comment Vauquelin de la Fresnaye (1535-160(3) raconte, au V^ livre de son Art poétique, l'origine de la poésie française :
Des troubadours Fust la rime trouvée en chantant leurs amours ; Et quand leurs vers rimes ils mirent en estime, Ils sonnaient, ils chantaient, ils hallaient sous leur rime. Du son se fist sonnet, du chant se fist chanson Et du bal la ballade, en diverse façon : Ces trouvères allaient, par toutes les provinces. Sonner, chanter, danser leurs rimes chez les princes.
On donne le nom de 'poèmes à forme fixe à de petites pièces, où. le nombre des vers, le croisement des rimes,
(1) Voir le premier "chansonnier" venu, ou même ua recueil de cantiques.