LE VENT
Quand la nuit sombre étend ses voiles sur la plaine, J'aime à prêter l'oreille au murmure du vent, Souffle mystérieux qui, tantôt s'élevant, Gronde, éclate, et tantôt comme un soupir se traine.
Quelquefois il est doux comme un chant de Sirène, Comme une voix plaintive il gémit plus souvent. On croirait, à l'entendre, ouïr une âme en peine Pleurant sous les arceaux brisés d'un vieux couvent.
D'où vient-il? on ne sait. Où va-t-i! ? on l'ignore. Il court du nord au sud, du couchant à l'aurore ; Il soufflera demain s'il se tait aujourd'hui.
Comme le temps, il passe emportant toute chose, L'orgueil du chêne altier, le parfum de la rose, Et jusqu'à ces accents où je parle de lui.
(A Db Ségue.)
Le sonnet peut s'écrire en vers de douze, de dix et de huit sjWahes ; réduit à une mesure plus brève, il n'offrirait pas l'espace suffisant à une pensée valant la peine (1). Le grand art dans ce court poème, est d'amener artistement le trait final. " Le sonnet, dit M. Dorchain, a, par sa progression, sa marche vers le trait final, quelque chose d'une œuvre dramatique. Les deux quatrains en seraient l'exposition, le premier tercet le nœud, le dernier le dénoue- ^ ment." (2)
2" La ballade. On connaît cette scène des Femmes Savantes (Acte III) : Molière fait dire à Trissotin :
La ballade, à mon goût, est une chose fade,
Ce n'est plus de mode, elle sent son vieux temps.
Et Vadius de répondre :
La ballade pourtant charme beaucoup de gens.
Inventée par les troubadours provençaux du XII« siècle, ainsi nommée parce qu'alors elle était ballée, c'est-à-dire dansés, la ballade fut très cultivée, dans les deux siècles suivants ; Charles d'Orléans et François Villon, entre autres, lui donnèrent le tour le plus naif et le plus gracieux. Abandonnée au XVIP siècle, comme" une chose fade, " inconnue au XVIIP, elle est ressuscitée de nos jours sous une forme tout à fait nouvelle, et continue de " charmer beaucoup de gens."
La ballade se compose de trois couplets et d'un envoi, en vers égaux de dix ou de huit syllabes, avec un refrain qui ramène le retour du même vers à la fin des couplets, ainsi qu'à la fin de l'envoi. L'envoi n'a que la moitié des autres stances. Enfin les trois couplets reproduisent les mêmes
(1) Nous avons donné à la page 53 deux sonnets monosyllabiques, mais à titre de pures curiosités.
(2) Aug. Dorchain, VArt des Vers, p 378.