LA POÉSIE DANS SON ESSENCE ET DANS SA FACTURE
1. — Le beau et les beaux-arts.— 2. Définition de la poésie considérée comme un art.— 3. Nature de la poésie. — i Le génie poétique : imagination et inspiration. — 5. Caractères de la poésie.— 6. Avantages des vers sur la prose.
1. L.e beau et les beanx-arte. — Il nous faut rappeler ici en peu de mots des notions déjà esquissées dans notre premier volume (1). Le beau, avons-nous dit, est ce qui, par sa vérité et par son excellence, plaît à l'esprit et au cœur. Le beau vient de Dieu, c'est un reflet, une manifestation de sa beauté infinie dans les spectacles de la nature ou dans les œuvres du génie humain, qu'il a créé. On se reconnaît en sa présence à une impression de charme profond, transmise à l'âme, il est vrai, par l'intermédiaire des sens, mais essentiellement désintéressée, intellectuelle et morale : charme, en y réfléchissant bien, de vérité pour l'esprit, de bonté pour le cœur. Cette jouissance, privilège de l'âme raisonnable, que procure le beau, a nom plaisir esthétique. " L'émotion esthétique, dit le P. Verest, est le ravissement qui s'empare de nous à la vue de certains spectacles ou à Vaudition de certains sons ou de certaines combinaisons de sons, et qui nous fait pousser, au moins intérieurement, ce cri : " Ah ! que c'est beau ! " (1)
Les AHs, ou plutôt les Beaux-Arts, ont pour objet de représenter le beau au moyen de formes sensibles. L'artiste est celui qui possède à quelque degré le don de créer des œuvres belles, c'est-à-dire, des œuvres qui causent le vrai plaisir esthétique. Cette condition, l'œuvre d'Art ne la remplira parfaitement, que si elle éclaire, émeut et élève l'âme, et jamais si elle s'arrête à la troubler ou la bouleverser : le plaisir esthétique est noble, calme et pur.
Les Beaux-Arts s'adressent donc tous à l'esprit, quoique par l'intermédiaire de la vue et de l'ouïe. Ils se partagent
(1) L'Art d'Ecrire, pp. 16-20.
(1) Le P. Verest, Manuel de Littératur;, p. 34.