liCs parties dn discours.—Qu'est-ce qu'un discours
C'est le développement oratoire d'une pensée, lia d^Tq^Bi^^tion logique d'une thèsQ^ortifiée par tous le arguments qui la peuvent appuyer, embellie par tous les ornements du ^tyle. L'on pourrait, en tenant compte des procédés ordinaires dont s'accompagne la composition du discours, définir autrement, et dire : ..''-Le discours, c'est une idée nettement 'proposée et exposée dès le début, confirmée par un certain noiùbre (1) d'arguments ou de raisonnements principaux^ progressivement liés, renforcés de preuves secondmree, et menant à une même conclusion, qui est la proposition affirmative, négative ou conditionnelle énoncée d'abord : le tout embelli par les moeurs, animé par les passions et enrichi par le stylet'
Logiquement, le discours est donc un syllogisme développé, un épichérème.
(1) Disons trois, parce que dans la pratique ce chiffre n'est guère souvent dépassé, et il peut être moindre.
Soit, par exemple, cette affirmation : " Dieu existe" Argument :
Le monde est une œuvre où éclatent partout l'ordre et l'intelligence. (Vérité de fait, confirmée chaque jour par l'expérience et par les découvertes des sciences.)
Or toute œuvre où apparaît l'intelligence suppose nécessairement une cause intelligente. (Vérité a priori ou axiome.)
Donc le monde suppose nécessairement une cause intelligente, ou, autrement dit : il est une intelligence suprême qui a créé cette harmonie que nous admirons dans l'univers.
Telle peut être la base d'argumentation de tout un discours ; et telle est, en fait, l'argument que Fénelon a développé dans les pages admirables de son Traité de l'existence de Dieu.
U- Ainsi le discours comprend trois parties : Proposition, Confirmation, Conclusion. Cette dernière, amplifiée comme le reste, s'appelle plutôt Péroraison, et comme, avant d'exprimer son avis, l'orateur doit faire savoir à quel propos il prend la parole, sa Proposition est généralement précédée d'une brève entrée en matière où il se présente à ses auditeurs, ^s'insinue dans leur esprit, et qui porte le nom à'Exorde.
2) " Faire un discours, dit Taine, c'est distribuer exactement un sujet en ses parties, appuyer chaque raison principale sur un grand nombre de preuves secondaires, unir les arguments par des transitions régulières, annoncer la conclusion dans l'exorde, réunir toutes les preuves dans la péroraison."
Lacordaire nous offre le modèle d'un discours réduit à cette distribution élémentaire, dans la harangue qu'il prête à Spartacus devant les esclaves assemblés, pour les persuader de prendre les armes et de reconquérir leur liberté.
Chers et misérables compagnons d'infortune, avons-nous résolu de porter jusqu'au bout les injures du sort qui nous a été fait? L'humanité n'existe pas pour nous ; rebut du monde, saisis dès nos premiers jours par la main de fer de la destinée, nous n'avons servi jusqu'à présent qu'à récréer nos maîtres par des spectacles barbares, ou à nourrir par nos travaux leur faste, leur mollesse et leur volupté.
Il est vrai, mais nous avons fui, nous sommes libres ; mais vous comprenez bien que cette liberté n'est encore que la servitude j tout l'empire, toute la terre est contre nous : nous n'avons pas d'amis, pas de patrie, pas d'asile. Mais avons-nous besoin d'autres amis, d'autre patrie, d'autre asile que nous-mêmes ? Considérons qui nous sommes, et comptons-nous d'abord. Ne sommes-nous pas
le plus grand nombre ? Qu'est-ce que nos maîtres ? Une poignée de patriciens dont nous peuplons les maisons, qui ne respirent que parce que nous n'avons pas le courage de poser la main sur leur poitrine pour les étouôer. Et si la chose est comme je dis, si nous avons la force du plus grand nombre, si c'est l'humanité presque entière qui esi esclave d'une horde jouissant de tout et abusant de tout, qui est-ce qui nous empêche de nous lever, d'étendre nos bras une fois en ce monde, et de demander aux dieux qu'ils décident entre nous et nos oppresseurs ?
Nous n'avons pas seulement le nombre, nous avons l'intelligence aussi ; beaucoup d'entre nous ont enseigné à leurs maîtres ou enseignent à leurs enfants les lettres humaines ; nous savons ce qu'ils savent, et ce qu'ils savent, ils le tiennent de nous ; c'est nous qui sommes leurs grammairiens, leurs philosophes, et qui leur avons appris cette éloquence qu'ils portent au forum, pour y opprimer tout l'univers.
Enfin, nous avons plus que le nombre et que l'intelligence, nous avons le droit : car, qui nous a faits esclaves ? qui a décidé que nous n'étions pas leurs égaux ? Où est le titre de notre servitude et de leur souveraineté ? Si c'est la guerre, faisons la guerre à notre tour ; essayons une fois la destinée, et méritons par notre courage qu'elle se prononce pour nous. (1)
f ^ Cependant il peut arriver que la Confirmation soit très . longue et renferme plusieurs chefs de preuves. Pour permet- I tre à l'esprit de l'auditeur de les suivre plus facilement, on coupe la confirmation en deux, trois, quatre parties bien distinctes, et l'on annonce qu'elle aura deux, trois, quatre parties. Cela s'appelle la Division.
. Quand, d'autre part, le discouis a pour objet un fait, il 1 faut, nécessairement raconter ce fait : de là une nouvelle \ partie appelée X(^ration.
' Si, enfin, l'orateur n'a pas seulement à développer ses idées, mais à renverser celles d'un adversaire, il devra commencer ou finir par là, et ce sera la Réfutntion.
Un grand discours comprend donc dans tout son développement ;
l** VExorde ; 2° la Proposition ; 3° la Division ; 4P la Narration ; 5^ la Réfutation ; 6" la Confirmation ; 7° la Péroraison.
Ces différentes parties sont bien dans la nature ; elles se
(1) Lacordalre, Conf. de Notre-Dame, t. II
succèdent si logiquement que Gérusez a eu raison de conserver cette charmante observation qu'il disait tenir de son père :
" Un enfant a-t il quelque chose à demander à ses parents, il les abordera d'un air gracieux et soumis, il leur adressera quelque parole agréable et flatteuse, il s'informera de leur santé. Après cet exorde, il hasardera sa proposition ; il demandera un congé, une promenade, une exemption de travail. Pour peu que la réponse se fasse attendre ou paraisse hésitante, il fera valoir sa bonne conduite, son application, ses succès; il promettra de redoubler de diligence : telle sera sa confirmation. Si on lui fait quelque objection, il ne manquera pas de la réfuter. Enfin, si l'on parait encore indécis, il rassemblera ses motifs dans une péroraison ; il leur donnera plus de force par ses caresses et par ses larmes. 11 suivra la même marche que l'orateur, parce que cette marche est naturelle." (1)
le sermon de Massillon sur la VMUde la Religion offre l'eMPaple d'un plan parfaiteme nt régulier ;