‹ Poétique et rhétoriqueChapitre 71 sur 92 · RÉFUTATION 27Ô · texte numérisé non relu

RÉFUTATION 27Ô

c'est-à-dire qu'on doit ne pas multiplier les mots sans rien ajouter à la pensée, ne point épuiser un sujet de manière à ne faire grâce à l'auditoire d'aucun détail, éviter d'élever ou de rabaisser les choses outre mesure, et ne pas passer sans ordre d'une idée à une autre jusqu'à faire perdre de vue l'objet et le but principal du discours.

4** Liaisons des preuves ; transitions. Quelle que soit la nature des preuves, elles doivent être jointes entre elles de telle sorte qu'elles ne forment qu'un corps. Si elles naissent les unes des autres, elles conduiront l'esprit d'un degré à un autre : " les pierres bien taillées, dit Cicéron, s'unissent d'elles-mêmes sans ciment." Il y a cependant des cas où la transition est nécessaire. On appelle ainsi une phrase, et quelquefois un simple mot intermédiaire entre deux parties d*un discours, deux raisonnements, deux idées.

Mais la victoire (qu'il va décrire) va devenir plus terrible pour le duc d'Enghien que le combat (qu'il a raconté). (Bossuet.)

Si l'humanité envers les peuples est le premier devoir des grands (ce qu'il a prouvé), n'est-elle pas aussi Vusagele plus délicieux delà grandeur (ce dont il va parler) ? (Massillox.)

4, L.a réfntation. — La réfutation contient la réponse aux objections déjà faites ou prévues de l'adversaire ; elle combat les moyens qu'on a opposés ou qu'on peut opposer au succès de la cause. Sa place dans la disposition n'est pas constante, car elle peut précéder, accompagner ou suivre la confirmation. — Elle emploie, comme celle-ci, les moyens logiques : négation, excuse, compensation ; et les moyens 'pathétiques ; dédain pour l'accusateur, plaisanterie, sarcasme.

Lally-Tollendal récuse la véracité des témoins qui ont déposé contre son père :

Quels témoins, Messieurs ! Je suis las de le lire, et vous devez l'être de l'entendre. Ce qu'il y avait de plus vil et de plus coupable : des gens roulés dans la fange et dans le crime ; des" gens que mon père avait été chargé de châtier, dont il avait puni les uns et dénoncé les autres ; des gens qui ne respiraient que la haine et la vengeance ; qui, s'armant contre lui de la récrimination, s'étaient portés pour sa partie, qui avaient demandé un tribunal pour le

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poursuivre, qui avaient écrit " qu'ils étaient en instance contre lui ", qui avaient crié publiquement qu'il fallait que M. Lally perdit sa tête ou qu'ils perdissent la leur.

l () 5. Récapital ation et péroraison. — La péroraison * est cette dernière partie du discours où l'orateur, réunissant, comme en un faisceau, les principaux arguments, s'efforce par un coup de vigueur, d'enlever l'assentiment des volontés encore hésitantes.

Comme c'est d'elle surtout que dépend l'impression définitive, il faut, autant que possible, qu'elle résume toute la force de l'argumentation et qu'elle produise une émotion profonde ; elle doit maîtriser tout ensemble la raison et le cœur.

On peut donc distinguer deux parties dans la péroraison : la récapitulation vive et rapide des principales preuves, et la mise en œuvre de toutes les ressources qu'offrent les passions oratoires. Ces deux parties se trouvent habituellement dans le genre judiciaire ; les autres genres n'offrent le plus souvent que la seconde, destinée par l'emploi du pathétique à émouvoir et entraîner la volonté.

" Eéservez pour la péroraison, dit Quintilien, les plus vives émotions du sentiment ; c'est alors ou jamais qu'il nous est permis d'ouvrir toutes les sources de l'éloquence, de déployer toutes les voiles. Il en est d'un ouvrage oratoire comme d'une tragédie, c'est surtout au dénouement qu'il faut émouvoir le spectateur."

La péroraison ne doit être ni brusque, ni banale, ni traînante. Si on termine d'une manière trop brusque, on a l'air de vouloir finir par un coup de théâtre, et rarement cela réussit. Si la péroraison est banale, ou si elle traîne en longueur, elle ennuie et détruit la bonne impression déjà produite.

On a justement remarqué la simplicité et la brièveté des péroraisons de Démosthène. L'immortelle harangue de la Couronne se termine par ce vœu patriotique adressé aux dieux contre les traîtres ;

Kejetez tous, dieux immortels, leurs coupables vœux ! Corrigez, corrigez, leur esprit et leur cœur 1 Mais, si leur méchanceté est

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