lie dialogue oratoire on ptiilosopliiqae. — Le
dialogue oratoire ou philosophique, ainsi nommé pour le distinguer du dialogue dramatique, est en général un entretien de deux ou de plusieurs personnes, dans lequel on expose, ou une question qu'on veut discuter et résoudre, ou une vérité qu'on veut faire connaître et solidement établir. Il peut donc convenir à tous les sujets, graves ou badins, littéraires ou scientifiques. Platon et Lucien, chez les Grecs; Cicéron et Tacide» chez les Latins ; Fénelon, Fontenelle, Montesquieu, de Maistre, etc., chez les modernes, l'ont employé avec le plus grand succès pour traiter toutes sortes de matières.
La beauté du dialogue oratoire ou philosophique résulte de l'importance du sujet, et du poids que la raison donne aux opinions opposées. Si pourtant le dialogue est moins une dispute qu'une leçon, l'un des deux interlocuteurs peut être ignorant ; mais il doit l'être avec esprit, son erreur ne doit pas être lourde, ni sa curiosité niaise. Les Soirées de Saint- Pétersbourg, du comte de Maistre, sont un modèle en ce genre.
(1) Nous supposons que cette étude accompagne nécessairement celle de la Rhétorique.
ARTICLE II
L'histoire.
1, Définition et importance de l'histoire au point de vue moral, intellectuel et littéraire.— 2. La philosophie de l'histoire. — 3. Conception antique et conception moderne de l'histoire. — 4. Les sources de l'histoire ; sciences connexes : la critique historique. — 5. Qualités d'un bon historien. — 6. La composition historique.— 7. Les divisions de l'histoire.
1. Définition et importance de l'iiistoire an point de Tue moral, intellectuel et littéraire. — L'histoire est le récit raisonné des faits vrais, importants, intéressants ou curieux qui se sont passés dans les temps antérieurs aux nôtres, et ce récit doit être fait en vue de l'instruction des hommes. " C'est, dit Cicéron, le témoin des temps, la lumière de la vérité, la vie de la mémoire, l'école de la vie, la messagère de l'antiquité : Historia est testis temporum, Lux veritatis, vita memoriœ, magistra vitœ, nuncia vetustatis."
Cette définition montre toute l'importance de l'histoire, soit pour agrandir le talent, soit pour donner aux lettres de la variété, soit pour fortifier les leçons de la morale. C'est en efifet dans l'histoire que sont marqués les rapports si variés des sociétés policées ; là sont présentées, avec leur activité toujours excitée, les vanités et les ambitions, les rivalités et les vengeances ; et l'observateur apprend, par la comparaison de tous les temps, à faire, dans l'examen des variations qu'éprouvent les mœurs publiques, la part des faiblesses de chaque homme, et de l'entraînement universel des opinions. Il distingue chaque nation par ses habitudes, chaque époque par ses goûts, chaque révolution par sa cause, chaque siècle par ses erreurs ; et cette sagesse de discernement contribue puissamment à l'ensemble qui doit se retrouver dans les compositions de l'esprit.
Ainsi l'érudition, trop souvent dédaignée, sert même à perfectionner les simples fictions de la poésie. Le talent créateur du poète domine mieux ses sujets, lorsqu'il se trouve placé au milieu du monde avec une sorte d'autorité imposante qui lui soumet tous les événements passés et tous les grands personnages de l'histoire, et que la connaissance
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profonde de tout ce qui est survenu dans l'univers agrandit encore pour lui la pensée du possible et du vraisemblable.
Ajoutons que l'histoire, par l'exemple toujours présent des actions généreuses, des contrastes sublimes, des grands efforts de génie dans tous les genres, élève naturellement l'esprit de l'homme, et fait naître des méditations fécondes pour le talent. Ceci est également vrai de l'orateur qui nourrit sa pensée de la contemplation des grands événements politiques des temps reculés, et du poète qui peint les mœurs antiques des nations, et du moraliste qui compare les passions des hommes et qui sonde les mystères de la corruption humaine. (1)
3. liB pbilosopbie de l'histoire. — Le physicien tire par induction d'une suite d'expériences, d'une succession de faits particuliers, une loi générale. De même procède l'historien : il " généralise " et recherche les lois ou rapports nécessaires entre divers ordres de faits, par exemple : idées et institutions, — administration politique et richesse publique.
Premier cas : " L'homme s'agite, et Dieu le mène." (Bossuet.)
" Les peuples n'ont que les gouvernements qu'ils méritent." (Bonald.)
Second cas : Réflexion du baron Louis au roi Louis XVIII : " Faitesmoi de la bonne politique et je vous ferai de bonnes finances."
Voilà en quoi consiste proprement la philosophie de l'histoire (2), si bien définie par Montesquieu dans une phrase célèbre :
" Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent ou la précipitent : tous les accidents sont soumis à des causes ; et si le hasard d'une bataille, c'est-à-dire une ca,\iBe particulière, a ruiné un Etat, il y avait une cause générale qui faisait que cet Etat devait périr par une seule bataille : en un mot, l'allure principale entraîne avec elle tous les accidents particuliers."
(1) Lefranc, Bhétorique.
(2) La philosophie de l'histoire cherche à lire dans les faits eux-mêmes
Voir
Cependant les lois de l'histoire sont des lois morales et, partant, sujettes à des exceptions : elles n'ont pas la rigueur des lois physiques, et ne s'appliquent qu'à la plupart des cas.
" Pour que l'histoire soit véritablement instructive, dit Lefranc, deux choses lui sont particulièrement nécessaires : la première, c'est une profonde connaissance de la nature, pour expliquer la conduite des individus et donner une idée juste de leur caractère ; la seconde, ce sont de grandes lumières sur les sociétés humaines, sur la nature des gouvernements, pour expliquer les révolutions qu'éprouvent les Etats et l'influence des causes politiques sur les affaires. A cet égard, les anciens ne jouissaient pas des mêmes avantages que les modernes.
•' Le monde ancien était autrefois d'un accès moins facile qu'il ne l'est aujourd'hui ; moins de communications existaient entre les Etats voisins, et par là même chacun d'eux connaissait moins tous les autres. Il faut remarquer aussi qu'ils n'écrivaient que pour leurs compatriotes ; il ne leur venait pas en pensée de composer une histoire pour des étrangers qu'ils méprisaient, encore moins pour l'instruction des hommes en général. C'est par cette raison qu'ils ont traité si superficiellement les détails de leur politique intérieure, on qu'ils ont donné des idées peu nettes sur l'enchaînement des faits. En lisant les historiens grecs, on n'acquiert que des notions imparfaites sur la force, la richesse, les revenus des diflFérents Etats de la Grèce ; sur les causes de plusieurs révolutions survenues dans leur gouvernement ; sur leurs alliances et leurs relations particulières ; sur leurs intérêts opposés, etc. Il en est de même chez Tite-Live par rapport à la constitution romaine. Salluste, dans l'histoire d'une conspiration politique, s'est plus occupé de narrer avec élégance et de peindre avec énergie, que de dévoiler les ressorts secrets des événements.
" Toutefois Thucydide, Polybe et Tacite font exception : l'un excelle dans la connaissance des affaires civiles (1) ; le second, dans celles des opérations militaires ; le troisième, dans celle du cœur humain."
3. Conception antique et conception moderne de l'histoire. — L'histoire, chez les Grecs et chez les Latins, fut
(1) " Il ne s'agite aucune question dans les Chambres, a dit lord Chatam, sur laquelle on ne trouve des lumières dans Thucydide."