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HISTOIRE

principalement une œuvre d'art, une œuvre littéraire. Si on se préoccupait de la vérité historique, c'était pour donner carrière à l'éloquence et pour faire valoir les faits à l'aide de toutes les ressources littéraires. Nihil est 'magie oratorium quant historia, disait Cicéron. De là, ces harangues prêtées dans les moments solennels, à des personnages qui ne les ont pas prononcées : précieux hors-d'œuvre où brille le talent de l'artiste trop souvent aux dépens de l'exactitude historique.

Les modernes ont fait avant tout de l'histoire une œuvre de science ; l'art ne vient qu'en second lieu, pour faire revivre dans un style animé, dramatique et empreint de la couleur locale, les hommes et les choses d'autrefois, avec la physionomie qui leur est propre.

Pour quelques uns, et les plus récents, c'est même une science purement objective, au même titre que la chimie, ou tout au moins la géographie : l'historien ne doit pas chercher à plaire, ni émouvoir, ni s'émouvoir, ni signaler la leçon qui se dégage des faits : " C'est depuis cinquante ans que se sont dégagées et constituées les formes scientifiques d'exposition historique, en harmonie avec cette conception générale que le but de l'histoire est, non pas de plaire, ni de donner des recettes pratiques pour se conduire, mais simplement de savoir." (l)

" L'histoire, dit Fustel de Coulanges, est la science des sociétés humaines. Son objet est de savoir comment ces sociétés ont été constituées. Elle cherche par quelles forces elles ont été gouvernées, c'est-à-dire quelles forces ont maintenu la cohésion et l'unité de chacune d'elles. Elle étudie les organes dont elles ont vécu, c'est-à-dire leur droit, leur économie publique, leurs habitudes d'esprit, leurs habitudes matérielles, toute leur conception de l'existence. Chacune de ces sociétés fait un être vivant; l'histoire doit en écrire la vie.. „ L'histoire est la science des faits sociaux, c'est-à-dire la sociologie même."

4. IaCs sources de l'bistoire ; sciences connexes : la critique liistorique. — L'histoire est donc la reconstitu-

(1) Langlois et Seignobos, Introd. aux éttid. hist., p. 258.

tion scientifique du passé par la mise en œuvre des documenta.— Les documents sont les sources de l'histoire ; ce sont " les traces qu'ont laissées les pensées et les actes des hommes d'autrefois, " à savoir : les correspondances, chartes, diplômes, chroniques, relations, écrits quelconques; inscriptions, monuments, œuvres d'art, etc. — Les sciences auxiliaires de l'histoire sont l'archéologie, l'épigraphie, la paléographie, la chronologie et la géographie ; elles ont pour but de fournir des matériaux à l'historien et de l'aider dans ses recherches.

La critique historique a pour objet la constatation scientifique des faits particuliers attestés par des documents. On distingue : 1" la critique externe, examen de la provenance et de l'authenticité des documents, leur classement, épuration de leur texte ; 2" et la critique interne de ces documents : Quelle a été la pensée de l'auteur ? qu'a-t-il voulu dire ? était-il bien sincère, et bien informé ? — " L'historien doit être doublé d'un moraliste sagace. N'ignorant pas que Yesprit est souvent la dupe du cœur, il cherche à démêler les causes d'erreurs, parfois involontaires, de ses devanciers ou d'un témoin. Il est aidé, dans cette enquête, par les détails biographiques sur ceux qui le renseignent, sur un Salluste, un Tacite, un Saint-Simon." (Vincent.)

5. Qnalités d'un bon historien. — 1" L'information. Pour arriver à la vérité dans l'histoire, il faut que l'écrivain ne craigne point de faire les recherches les plus minutieuses. Feuilleter les auteurs où se trouvent racontés les mêmes événements, remonter aux sources originales, compulser les bibliothèques et même les archives, soit publiques, soit particulières, telle doit être sa première occupation. Ce travail est ingrat, mais il est indispensable.

2° Le sens critique. Les matériaux une fois réunis, il faut en apprécier le mérite. Il y en a qui sont plus ou moins dignes de foi ; quelques-uns ont été dictés par la passion ; d'autres sont inexacts, écrits par des gens mal informés, etc. L'historien a donc besoin d'un jugement sain et d'une raison

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