HO
microscope. Cette substance n'est pas uniformément déposée dans la longueur des canaux de la corne. Ainsi on la trouve souvent interrompue de distance en distance, de manière à figurer une corde noueuse ou un chapelet. De p'us, dans les points où elle existe, elle ne remplit pas toujours exactement le calibre du tube corné qui la renferme, on constate un intervalle entre la paroi intérieure de celui-ci et le dépôtintra-tubjlaire que cette substance constitue. Elle est décomposable en cellules arrondies ou irrégulièrement polyédriques, brillantes et nucléées, offrant des analogies avec les cellules médullaires des poils. Les lamelles épithéliales de la corne ne sont point agglomérées confusément les unes à coté des autres. Elles se montrent, au contraire, disposées d'une manière assez régulière et forment dans le sabot une véritable charpente intérieure qui concourt singulièrement à en assurer la solidité et la flexibilité. Dans les parois des tubes cornés, on les voit, en effet, groupées à plat autour du canal intérieur de ceux-ci, et stratifiées de dedans en dehors de manière à former des couches successives et concentriques. Dans, la corne intertubulaire, ces lamelles s'arrangent d'une manière toute différente. Leur stratification n'est plus parallèle à la direction des tubes, mais bien perpendiculaire a cette direction ; la corne intertubulaire est donc formée de lamelles épithéliales empilées les unes sur les autres, dans les intervalles qui séparent les tubes cornés. Il est évident que ce changement de direction ne s'opère pas brusquement, et qu'au pourtour des tubes on voit des lamelles épithéliales dirigées obliquement (1).
(1) Pour plus de détails, voir H. Bouley. Traité du pied du cheval. Pans, 1851 . — Chauveau el Arloing, Traité d'anatomiecomparée, '6^ édit. Pans, 1879.
La disposition que nous venons de rappeler existe avec de légères modifications dans Fonglon de tous les mammifères à sabot, dans les cornes frontales des grands ruminants.
Elle est beaucoup plus compliquée que celle de l'ongle de l'homme qui, en définitive, est une simple stratification de lamelles kératinisées. Mais on trouve, dans le sabot du cheval, les lames du kéraphylle, qui sont analogues morphologiquement aux crêtes de la face interne de l'ongle, et Cjui possèdent tous les caractères histologiques de ce dernier. Nous en parlerons bientôt.
§ II. — Organes producteurs ou membrane kératogène.
Le nom de cette membrane la définit; elle est, comme le derme périunguéal de l'homme, kératogène dans certains points, kératophore dans d'autres. Elle présente donc une matrice pour le sabot proprement dit, laquelle prend le nom de bourrelet, au-dessus de la paroi, de tissu velouté audessus de la sole et de la fourchette ; la matrice du périople reçoit celui de bourrelet périoplique.
La partie kératophore est représentée par le tissu cjui s'étend de la matrice de la paroi au tissu velout4.
Un simple coup d'œil jeté sur la figure ci jointe indiquera au lecteur les homologies que nous croyons pouvoir établir entre les organes sous-ongulés de l'homme et des solipèdes. Mais s'il y a homologie et identité fonctionnelles dans lenserable, les détails difi"èrent, et la membrane kératogène des animaux se ressent de la complication plus grande de la corne.
Les matrices, par exemple, au lieu d'être à peu près lisses, sont hérissées d'un nombre considérable de pro'ongements
filiformes, légèrement étranglés à la base nommés villo -papilles. Le lit de la paroi, appelé tissu podophylleux à cause de son aspect présente à sa surface cinq à six cents feuillets de tissu dermique, parallèles entre eux, séparés par des sillons
^'iv
FiG. i6.
Monfrant la comparaison de la membrane sous-ungéale de l'homme (A) et du cheval (B). Figures schématiques dans lesquelles les proportions n'ont pas été observées.
1, matrice du manteau ou périonyx.
2, matrice de l'ongle.
3, lit de l'ongle.
1', matrice du périople (bourrelet périoplique). 2', matrice de la paroi (bourrelet pariétal). 3', lit de la paroi ou podophylle.
4, ViLlo-papilles les plus externes du tissu velouté.
profonds, dansjlesquels s'engrènent les feuillets analogues de la face interne de la paroi, s'étendant du bourrelet pariétal au tissu velouté, où ils se terminent par cinq ou six pro-
longements villeux fort développés. Jusque là nous trouvons la disposition humaine simplement amplifiée ; mais voici la complication : -J
PiG. 17.
Union de la paroi et de son lit (cheval).
A, A, A, lamelles du lit de l'ongle, munies de crêtes latérales. — B, membrane du lit de l'ongle (base du podophylle. — C, vaisseaux des lamelles deimiques. — D, B, lamelles de corne de la face interne de la paroi (kérnpbylle). E, E, couche de Malpighi entre le podophylle et le kérapliylle. — F, corne de la paroi montrant des tubes coupés transversalement.
(Empruntée au Traité de pathologie chirurgicale des animaux duniestiques, par Peuchet Toussaint. Paris, 1S78\
Le bord libre des feuillets est découpé en denticulations très petites qui, sous l'influence d'une cause inflammatoire, prennent un grand développement et se transforment en
véritables papilles; déplus, leurs faces sont parcourues par des plis au nombre d'une soixantaine qui s'étendent sans interruption de l'extrémité supérieure à l'exl rémité inférieure. Ces plis secondaires ou lamelles sont insérés obliquement sur les faces de la lame principale, comme les barbes d'une plume sont attachées sur leur rachis (voy. fig. 47 A).
Enfin, entre letissu podophylleux et letissukéraphylleux existe une masse de cellules molles, elliptiques, toujours dépourvues de pigment, s'imprégnant facilement de carmin et semblant hérisser les ramifications des feuillets du premier tissu ; elle représente la couche génératrice et le corps muqueux dulit de l'ongle. La figure ci-jointe en montre les détails. Je ne connais riende surprenant comme une coupe transversale de l'union du sabot avec le tissu podophylleux, traitéepar le carmin ou l'hématoxyline ; elle rappelle à l'esprit une rangée de feuilles de fougère ou d'accacia de Judée qui seraient enfoncées entre les lames kéraphylleuses ; la nervure principale et les nervures secondaires des feuilles étant représentées par la lame et ses replis latéraux, lelimbe des folioles par les cellules répandues autour de ces derniers replis (voy. fig. 17 et 18).
Les feuillets de la membrane podopliylleuse forment donc une immense surface de contact obtenue par un procédé de multiplication supérieur d'un degré à celui qui existe dans le lit unguéal de l'homme. Chaque face de chacun des feuillets du cheval est exactement disposée comme le Ht de l'ongle humain.
Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à regarder la fig. 18, laquelle en situation verticale représente l'union d'un feuillet du kéraphylle avec l'une des faces d'un feuillet du podophyllesurxin pointcirconscrit et qui, examinée dans le sens
horizontal, pourrait très bien passer pour une coupe transversale du derme sous-unguéal, de la couche de Malpighi et de la partie profonde du limbe de l'ongle humain, vue à un fort grossissement.
FiG. 18.
Conpe horizontale montrant une partie des rapports d'une lanas kérap'ayl'euse avec une lame podophylleuse, dans le sabot du clieval (fort grossissement).
1, lam3 principale (podophylleuse) du lit da l'ongle.
2, lame secondaire, id.
3, cellules f^iliiitiques (couclie génératrice) du corps muqueux de Malpighi,
4, cellules dî|à coméas du ra^mese teignant en rouge par le carmin.
5, lame de corne (kéraphylleuse).
En poursuivant notre comparaison, nous arrivons à cette conclusion que Ja paroi du cheval représente une série de 5 à 600 ongles humains, avec leur lit, implivntés dos à dos sur la périphérie de la 3" phalange suivant des plans méridiens, tous reliés extérieurement par un cylindre de corne tubulée.
Article VI. — Nature de l'ongle. — Signification de SES différentes parties.
D'après Blancardi, les ongles seraient des poils agglutinés. D'où l'on pourrait tirer comme induction que les poils sont des ongles divisés.
Cette opinion est fausse pour l'ongle humain; elle ne me paraît pas sans fondement pour la plupart des productions cornées des animaux et certaines productions accidentelles de l'homme.
Quelques organes, tels que la corne nasale du rhinocéros, présentent une texture éminemment fibrillaire ; le microscope y décèle la présence d'une multitude de petits cylindres épidermiques. Ces organes deviennent filamenteux sous l'influence àc.s actions mécaniques. L'ongle du cheval, dont nous avons donné une idée, se compose de tubes volumineux, juxtaposés parallèlement, entre lesquels est coulée une substance unissante ; ces tubes ont pour éléments constituants les éléments]des poils; rien n'y manque pour établir l'analogie, pas même la substance médullaire : de sorte que les tubes cornés sont comme d'énormes productions pileuses qui deviennent libres et flottent au bord inférieur du sabot, si l'humidité, le sable et la boue des chemins, détruisent la matière intertubulaire. Quanta cette dernière, elle possède la structure delà substance des tubes. Ainsi donc, grosses productions piloïdes agglutinées par un amas de cellules épidémiques inter-tubulaires, telle est l'idée que l'on peut se faire de la constitution du sabot et des cornes des animaux.
Cette disposition, nous tenons à le faire remarquer, se
lie directement à la présence de villo-papilles à la s'irface de la matrice unguéale. Or, ni la texture tubulée de l'ongle, ni l'état villo-papillaire de la matrice n'existent chez l'homme ; rien, chez lui, ne rappelle la structure du poil, et si on le supposait divisé en filaments très fins, aucun d'eux ne figurerait un poil, fût-ce de très loin. Par conséquent, l'ongle humain doit recevoir une autre interprétation.
Les progrès de l'histologie nojs permettent de glisser rapidement aujourd'hui sur l'opinion de Breschet et Roussel de Vauzème (1). Ces auteurs admettaient que la substance cornée s'écoulait d'un appareil blennogène, situé dans la profondeur du derme, sous forme d'un mucus qui se mélangeait, après sa sécrétion, à une matière colorante, puis s'étalait et se desséchait à la surface du derme. L'appareil blennogène de Breschet et Roussel de Vauzème, était une partie des glandes sudoripares. Or, nous savons maintenant : 1° que ces glandes ont une fonction autre, et qu'au surplus le derme sous-unguéal et la matrice de l'ongle n'en renferment aucune ; 2° que le tissu de l'ongle n'est pas amorphe, comme du mucus solidifié, mais présente des cellules très nettes et parfaitement isolables.
Cette hypothèse est donc ruinée, et, depuis longtemps déjà, l'ongle est regardé comme] une dépendance du svstème épidermique. Mais quelles relations existe-t-il entre les couclies de l'ongle et celles de l'épiderme?
Deux opinions principales sont en présence : l'ongle reproduit l'épiderme, c'est-à-dire que les cellules du lit répondent au corps muqueux de Malpighi (Kôlliker, Frev),
(1) Recherches anatomiques et physiologiques sur les appareils tégumentaires des animaux. In Ann. des se. nat., 1834, t. II.
Arloing, 8
ou bienl'ongle tout entier appartient à la couche muqueuse (Sappey, Heynold).
Les partisans de la première opinion font observer que les cellules de la couche profonde se continuent sans interruption avec le corps muqueux de l'épiderme général, qu'elles retiennent la matière colorante , tandis que le limbe de l'ongle est compacte, strié, jaunâtre et translucide, comme la couche cornée. Les défenseurs de la seconde invoquent la présence de cellules, à noyau dans toute l'épaisseur de l'ongle (Sappey), ou bien l'abserce, à la face inférieure de l'ongle, du stratumgranulosum[iîeyno\^) qui s'interpose, dans l'épiderme ordinaire, entre le corps muqueux et la couche cornée.
L'observation attentive des faits démontre que la vérité est entre ces deux opinions.
Dans ces dernières années, on a subdivisé l'épiderme de la manière suivante : 1° couche génératrice; 2" corps muqueux de Malpighi ; 3° couche granuleuse; 4° zone transparente (sfatum lucidum) ; 5° couche cornée ; 6" couche desquamante,
Ranvier a fait voir que les granulations qui remplissent les cellules de la troisième couche, et qu'il appelle granulations à'cléidine, transforment ces éléments en cellules cornées, déterminent l'atrophie de leur noyau et j)réparent le phénomène ultérieur de la desquamation épidermique.
On sait très bien que l'ongle ne s'exfolie pas, que ses cellules sont solidement soudées et de plus translucides. Ces différences tiennent à la disparition au niveau de la matrice et du lit de l'ongle de la couche granuleuse d'Œhl (Unna, Heynold, Renaut). En effet, pas de couche granuleuse, pas d'éléidine; pas d'atrophie du noyau des cellules, pas d'opacité, pas de tendance à la desquamation.
Mais cela ne suffit pas, à notre avis, pour admettre que la. couche muqueuse constitue la totalité de l'ongle ; car l'ongle est véritablement formé de cellules cornées, dont les propriétés histo-chimiques sont différentes de celles des cellules du corps muqueux ; seulement ces éléments sont kératinisés par un processus spécial, sans le secours de l'éléidine.
Si parfois, la couche granuleuse se montre çà et là et pour un temps à la surface de la matrice unguéale, l'ongle formé à ce niveau et pendant ce laps de temps en emporte une tache blanche, opaque, plus ou moins étendue. M. Bazin appelle cette légère difformité achromie des on- ^Zes; il serait plus exact de la nommer leucochromie. Ancel (1) l'attribue à une modification spéciale des cellules.
J'ai eu l'occasion d'observer un cas remarquable de leucochromie générale sur un jeune homme d'une vingtaine d'années. Tous les ongles, aux mains et aux pieds, étaient blancs et opaques, rayés longitudinalement et un peu rugueux. Remarque intéressante : le père de ce jeune homme présente la même anomalie; son aïeul n'avait que des aches. Le derme péri-unguéal étaitsain ; ce jeune homme n'éprouvait aucune souffrance, ni aucune sensation anormale au bout des doigts. Sur des coupes transversales minces pratiquées près de l'extrémité libre des ongles, j'ai trouva, intercalées entre des rangées de cellules cornées ordinaires, des strates de cellules remplies de granulations ou d'amas qui fixaient énergiquement les réactifs colorants (piro carmin et hématoxyline) comme le font les granulations d'éléidine. Je suppose que, dans ce cas, le stratum granulosum était représenté en permanence sur la matrice unguéale.
(1) In thèse citée.
Il me reste à dire quelques mots de la lamelle cornée desquamante qui s'étend du repli sus-unguéal et qui monte du fond des gouttières unguéales latérales, du manteau, comme la désigne M. Renaut.
Cette lame, chez l'adulte, est peu développée, quelquefois, elle semble manquer; aussi plusieurs auteurs négligent-ils d'en parler. En réalité^ elle ne manque jamais ; seulement elle est détruite au fur et à mesure de sa production par les frottements ou refoulée par les soins que l'on apporte à la toilette des doigts. Est-ce simplement le prolongement de la couche cornée du pli sus-unguéal, ou est-ce une production épidermique spéciale, différenciée pour des usages particuliers?
J'ai lait remarquer précédemment qu'à nos yeux cette lamelle avait un représentant dans l'ongle du cheval (le périople) et que ce représentant, parvenu ici à son maximum de développement, était un organe spécial pourvu d'une matrice spéciale (bourrelet périoplique). he périonyx de l'ongle humain, pour être plus petit, n'en est pas moins un organe indépendant du reste du système corné, qui mérite de- fixer l'attention.
Anatomiquement, il est facile de démontrer l'individualité du périonyx. Effectivement, pendant l'état fœtal, on distingue dans le germe de l'ongle, une petite masse de cellules tenant la place du futur manteau ou périonyx. En outre, si l'on étudie une coupe mince longitudinale de la rainure unguéale, on voit les cellules du périonyx partir du fond du Sillon compris entre la racine de l'ongle et le pli sus-unguéal (voir fig. J3); là, il touche au corps muqueux de cette région, et ce corps muqueux est appliqué sur une portion dermique qui possède tous les caractères d'une matrice unguéale ; elle est dépourvue de papilles et son ré-
seau capillaire est planiforme comme dans la lunule qui est, on le sait, la véritable matrice du limbe unguéal (voir fig. 45).
J'ajouterai que le périonyx et sa matrice ont des affections distinctes de celle de l'ongle. Le D'' Vérité a communiqué à la société d'hydrologie médicale de Paris, en 1876, l'observation d'un cas de psoriasis unguéal, qui par ses caractères spéciaux, a été distingué par l'auteur du psoriasis unguéal ordinaire décrit par Bazin, sous le nom de psoriasis sus-iinguéal. Cette maladie était caractérisée, entre autres symptômes, parla présence de coques épidermiques qui coiffaient l'extrémité des orteils à la manière de doigts de gant. A la suite d'un traitement, ces coques sont tombées laissant en place des ongles un peu atrophiés, mais complets. Ne s'agit-il pas, dans ce cas, d'une maladie particulière du pli sus-unguéal que nous proposons d'appeler mafWce du périonyx et sur lequel nous nous efforçons d'appeler l'attention des anatomistes et des cliniciens? Nous sommes d'autant plus ferme dans l'espoir qu'une observation attentive démontrera l'individualité clinique de cet organe, que celle-ci est évidente en médecine comparée.
ARTICLE vil. ONGLES ANORMAUX ET PRODUCTIONS CORNEES